Jésus Christ, sommelier de nos amours

Paroisse Saint-Jean-Baptiste – Ottawa https://sjb-ottawa.org

Je serais tenté tout d’abord de vous souhaiter bonne fête de l’Épiphanie ! Oui, l’Épiphanie, puisque depuis les premiers siècles de l’Église, l’on a toujours associé les noces de Cana au baptême de Jésus et à la visitation des Mages. Trois événements fondamentaux qui inaugurent à la fois le début de la vie publique de Jésus ainsi que sa manifestation au monde. Le miracle de Cana, premier miracle dans l’Évangile de Jean, est considéré à juste titre comme le premier dévoilement de qui est Jésus. D’ailleurs, n’est-il pas dit de lui à la fin du récit des noces de Cana : « Il manifesta sa gloire, et ses disciples crurent en lui. »

C’est là un récit que nous ne connaissons que trop bien, et cela peut nous empêcher de l’entendre avec tout le retentissement et le poids que porte cette bonne nouvelle pour nous. Car elle est vivante la Parole de Dieu, toujours neuve si nous savons lui prêter l’oreille. Alors, qu’en est-il de ces noces célébrées à Cana, il y a près de deux mille ans déjà ? Pour comprendre la portée incroyable de cet événement, je nous propose de nous éloigner du tableau, comme on le fait lors d’une visite au musée.

Pour ce faire, je vais vous surprendre, mais permettez-moi de vous ramener à notre époque. De fait, à Noël dernier alors qu’à la base de Kourou, en Guyane française, la fusée Ariane 5 emportait dans le ciel le télescope spatial géant James Webb pour une mission destinée à scruter l’univers comme on ne l’a jamais fait auparavant. Un exploit qui va encore plus loin que le télescope Hubble.

Le télescope James Webb est l’observatoire spatial le plus puissant jamais construit, qui devrait permettre d’observer les confins de l’Univers, encore plus loin que jamais auparavant, en recherchant les premières étoiles et galaxies créées après le Big Bang, qui serait peut-être le moment initial où le monde tel que nous le connaissons a commencé.

De découverte en découverte, le mystère de notre monde ne fait que s’épaissir, se déployant d’une manière telle que l’on ne peut que rester ébahi, comme étourdi, devant l’immensité et la complexité de l’Univers. Lors d’une entrevue, une astrophysicienne impliquée dans la conception du télescope James Webb, affirmait que si jadis l’on croyait que la Terre n’était qu’une goutte d’eau dans l’océan en comparaison de la grandeur de l’Univers, l’on sait maintenant, disait-elle, que la Terre ne serait qu’une goutte d’eau dans des trillions d’océans. Ce qui donne une idée à couper le souffle de l’immensité de la création ! Les superlatifs ne sont pas de trop ici et donnent envie de nous écrier comme le psalmiste : « Mais qu’est-ce que l’homme pour que tu penses à lui, le fils d’un homme, que tu en prennes souci ? » (Ps 8, 5)

Si je vous raconte cette histoire, c’est afin de dresser la table du banquet et nous représenter la salle des épousailles, où Dieu vient à notre rencontre, et qui est cet univers infini que nous habitons.

Car l’évangéliste Jean, avant de nous raconter le miracle de Cana, commence son évangile de manière on ne peut plus solennelle, posant lui aussi son regard sur notre monde avec ces paroles inoubliables : « Au commencement était le Verbe… Tout fut par lui, et rien de ce qui fut, ne fut sans lui… Et le Verbe s’est fait chair, et il a habité parmi nous et nous avons vu sa gloire. »

C’est avec cet arrière-fond du dévoilement de Dieu et son projet de création que le miracle de Cana nous est raconté. Ce Verbe fait chair, qui vient changer notre eau en vin, tout a été fait par lui, et voilà qu’il se tient au milieu de nous, créatures insignifiantes échoués dans un monde qui nous dépasse.

Le Dieu que l’humanité s’est toujours représenté comme étant au-dessus d’elle, loin d’elle, absent du monde, le voilà à nos pieds, tel le sommelier de nos amours, qui vient inaugurer nos épousailles avec Lui. Voilà frères et sœurs le sens profond du miracle de Cana ! C’est Dieu qui vient nous offrir un bonheur durable qui porte l’empreinte de l’éternité et de la grandeur de son amour.

Ce thème des épousailles de Dieu avec l’humanité va revenir constamment dans la bouche des prophètes, et c’est le prophète Isaïe, que nous avons entendu en première lecture, qui l’exprime de la manière la plus belle qui soit et où Dieu s’adresse à nous :

« Toi, tu seras appelée “Ma Préférence”, cette terre se nommera “L’Épousée” […] Et comme la jeune mariée fait la joie de son mari, tu seras la joie de ton Dieu. » C’est le romancier Dostoïevski qui souligne dans son roman Les frères Karamazov que le premier miracle du Christ a consisté à apporter la joie aux hommes. Mais il ne faut pas s’y méprendre, il s’agit de la joie des fiançailles avec Dieu !

C’est pourquoi notre foi nous invite à regarder notre monde à la lumière de cette révélation incroyable que nous apporte Jésus Christ, lui en qui Dieu confie au monde sa dernière parole, la plus belle et la plus profonde ; lui qui nous livre un langage et des promesses qui viennent d’ailleurs et que nul télescope humain à lui seul ne peut capter ? Comme l’exprimait si poétiquement mon confrère dominicain Jacques Marcotte dans un éditorial : « Et s’il existait un autre monde ? Totalement spirituel. Inaccessible à nos sens ? Parfaitement libre et autonome ? Qui n’aurait pas besoin de nous, à vrai dire ? Mais qui aurait voulu, un bon jour, prendre l’initiative de nous rejoindre dans notre état d’humanité ? Non pas pour envahir notre monde et le terroriser, mais pour le bonifier, pour l’aimer, l’habiter avec nous, le purifier, le racheter, le libérer, en l’illuminant d’un sens nouveau et d’une finalité augmentée à l’infini du surnaturel. »

Frères et sœurs, la joie chrétienne a sa source et son enracinement dans la réalisation de cette nouvelle incroyable que le Créateur du ciel et de la terre, et de tous les univers, jusqu’aux galaxies les plus éloignées, nous aime d’un amour infini et que nous sommes son bien le plus précieux. À Cana déjà, il vient guérir nos blessures, combler nos manques, bénir nos amours et nous redonner le goût de la fête, cette fête qui a goût d’éternité.

Voilà le grand mystère que nous n’aurons jamais fini de contempler et qui dépasse infiniment tous les cieux rassemblés ! Bonne fête de l’Épiphanie !

 

  1. Yves Bériault, o.p.

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