Attendre l’inattendu de Dieu

Paroisse Saint-Jean-Baptiste – Ottawa https://sjb-ottawa.org

À chaque fin d’année arrive le temps des visites. Période propice aux rencontres familiales ou amicales, même si cette année, comme l’an dernier, est marquée par les contraintes et les incertitudes face à une pandémie qui ne finit plus. Des visites humaines dont nous ressentons le profond besoin. Goûter à la joie de se retrouver et d’échanger, de fêter et de rire ensemble. Visites que nous anticipons avec empressement pour partager les bonnes nouvelles des événements qui ont marqué la dernière année.

C’est ce type de visite que nous relate l’évangile aujourd’hui. Marie se rend chez sa cousine Élisabeth. Elle apporte une grande nouvelle qu’elle désire partager au plus vite. L’ange vient de lui annoncer que Dieu l’a choisie pour porter son Enfant. Une nouvelle qu’on ne peut garder pour soi et qu’il faut partager au plus vite pour en multiplier la joie. Mais Marie connaît également une autre nouvelle : l’Ange lui a aussi annoncé que sa cousine Élisabeth est enceinte de six mois. On peut imaginer la joie que Marie a dû ressentir en apprenant cela, alors que sa cousine devait désespérer de ne pouvoir concevoir d’enfant. Double réjouissance : celle de la promesse de l’Ange de mettre au monde l’enfant de Dieu et celle de la naissance prochaine d’un enfant au cœur d’une situation de stérilité.

Le récit de l’évangile nous retrace la simple et pourtant étonnante visite de Marie à Élisabeth. Car quelque chose d’inouï va se produire lorsque les deux femmes se rencontrent. L’enfant que porte Élisabeth, Jean le futur Baptiste, tressaille en présence du Fils de Dieu tout juste conçu que Marie porte en elle. Comme si Jean in utero faisait lui-même l’expérience de la visite du Seigneur.

Cet événement, la Visitation, est donc loin d’être anodin! On n’est pas ici en face d’une simple visite, mais d’une double rencontre : celle des deux futures mères, et celle de leurs enfants qu’elles portent chacune. La rencontre visible de Marie et d’Élisabeth révèle une rencontre invisible entre Jean-Baptiste et Jésus. C’est aussi ce qui se passe dans nos vies. Dieu vient nous visiter en habitant nos rencontres, nos relations, notre quotidien le plus banal. C’est son mode de présence. Et c’est le sens profond de la Nativité que nous célébrerons dans moins d’une semaine.

Dieu s’incarne dans notre chair humaine et vient habiter notre monde. Et ce qui se passe à cette grande échelle de l’histoire de l’humanité se déroule aussi à la petite échelle de chacune de nos vies. Dieu vient visiter et habiter, de l’intérieur, nos histoires humaines. C’est lui, par son Esprit, qui leur donne tout leur sens et tout leur souffle. Plus encore, c’est à travers nos rencontres qu’il agit en offrant aux autres l’hospitalité de nos cœurs et de nos mains lorsque nous nous laissons saisir par son Esprit; comme ce fut le cas pour Marie se portant avec empressement au service de sa cousine Élisabeth.

Ce temps de l’année nous rappelle avec force que le Dieu de Jésus Christ est un Dieu visiteur, un Dieu qui vient constamment à notre rencontre pour nous demander de l’accueillir afin de nous rendre accueillant pour les autres. Visite divine qui vient s’entrelacer au cœur de nos visites humaines. Amour de Dieu qui vient féconder nos amours humains. Temps de Dieu qui vient vivifier notre temps humain.

« D’où m’est donné que la mère de mon Seigneur vienne jusqu’à moi ? » s’écrit Élisabeth devant Marie en ressentant l’enfant tressaillir d’allégresse en elle. D’où nous est donné que Dieu vienne jusqu’à nous, à travers toutes ces visites qu’il opère chaque jour dans nos vies ? « Tu es bénie entre toutes les femmes, et le fruit de tes entrailles est béni. » Élizabeth dans sa bénédiction nous rappellent que ce Dieu visiteur est un Dieu de fécondité. Comme pour Marie, son action dans notre humanité et dans notre vie a pour fin de « porter du fruit ». Et Dieu est fécondité car il est Amour.

Ce passage de la Visitation nous montre Élisabeth accueillant cette manifestation imprévisible de Dieu : une joie toute simple et spontanée. Ainsi, en plus de révéler que Dieu se rend présent en habitant l’invisible de nos rencontres humaines, la liturgie aujourd’hui souligne un autre trait de cette visite de Dieu : l’inattendu. Le Messie que tous attendent depuis si longtemps, et dont la venue est annoncée par tant de prophètes, comme Michée, se manifeste de manière complètement déroutante. Son arrivée n’aurait jamais dû surprendre : depuis le temps qu’il était attendu! Et pourtant, Dieu est capable de faire de cet événement attendu un inattendu : une naissance dans la plus grande discrétion et pauvreté; une vie cachée pendant trente ans à Nazareth comme simple artisan; une vie publique courte et déconcertante; une fin tragique au goût d’échec irrémédiable; et finalement une résurrection porteuse d’une promesse de vie inouïe…

Oui, Dieu se manifeste souvent dans l’inattendu. L’Histoire Sainte est parsemée des imprévus de Dieu qui ont permis petit à petit de mieux le connaître et de s’approcher de son Mystère. Et nous aujourd’hui, quel accueil réservons-nous aux imprévus de Dieu ? Sommes-nous capable, comme Élisabeth, de nous réjouir spontanément de la bonne nouvelle qui nous est annoncée ? Avons-nous un cœur assez hospitalier pour y recevoir, avec la même allégresse, l’événement de la venue de Dieu dans notre monde ? Dans notre vie ?

Frères et sœurs, à l’exemple de Marie et d’Élisabeth, ouvrons notre cœur au travail de l’Esprit Saint et accueillons, dans la joie, l’inattendu que provoque la visite de Dieu dans nos vies. Car c’est bien la joie qui est suscitée lorsque nous savons reconnaitre la présence du Seigneur. Une joie ressentie et partagée. Une joie intérieure et profonde qui éclate dans la toute première béatitude des évangiles adressée à nous comme elle le fut à Marie : « Heureux ceux et celles qui ont cru à l’accomplissement des paroles qui leur sont dites de la part du Seigneur! » Des paroles qui n’annoncent rien de moins que la visite toute prochaine du Seigneur!  Le temps de l’Avent qui s’achève nous aura permis de préparer notre cœur à le recevoir. Il nous reste encore un peu de temps pour nous disposer à cette rencontre. Gardons l’espérance et attendons dans la confiance. Attendons-nous à l’inattendu de Dieu.

Fr. Didier, o.p.

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