« L’Esprit de paix et de joie en nous »

Paroisse Saint-Jean-Baptiste – Ottawa https://sjb-ottawa.org

Les départs des personnes qui nous sont proches ne sont jamais des moments joyeux. Ils sont source de tristesse et d’inquiétude, avec le sentiment parfois d’être abandonnés ou désemparés par l’absence de celui ou celle qui occupait notre quotidien, et dont on avait fini par prendre la présence pour acquise. Et on a beau se dire que la distance ne changera rien, l’adage « loin des yeux, loin du cœur » se vérifie plus d’une fois dans nos vies.

Le discours de Jésus à ses disciples porte précisément sur son départ prochain. Un discours d’adieu comme on le désigne et qui pourtant résonne avec les accents d’une promesse de plus grande présence. Paradoxe difficile à comprendre et même impossible à saisir humainement. Jésus le dit lui-même à ses disciples : « ces choses que je vous dis maintenant vous ne pourrez les croire que plus tard ».

Il va donc devoir se passer quelque chose pour que cela se réalise. Pour que l’absence devienne une présence encore plus pleine. Ça prend le don de l’Esprit! Ça prend la foi! Et c’est précisément ce que Jésus promet aujourd’hui à ses disciples. Mais il faut pour cela qu’il parte d’abord, qu’il les quitte pour être en mesure d’être encore plus présent à eux, non pas comme un esprit fantôme, mais comme une force et une présence intérieure. Jésus a vécu entièrement de cette force qui n’est d’autre que l’Amour de Dieu son Père.

Cet Amour qu’il promet d’envoyer dans le cœur de ses disciples a deux effets : la paix et la joie. Jésus le rappelle : « je vous donne ma paix » ; « si vous m’aimez, vous serez dans la joie »! Paix et joie, comme nous le rappelle saint Thomas, sont les deux grands fruits de la charité.

Ainsi, au moment où Jésus annonce son départ, qui a de quoi inquiéter et attrister ses disciples, c’est de l’Amour produisant la paix et la joie dont il leur parle. Il les assure que l’Amour du Père leur sera donné, tout comme lui-même a reçu et vécu entièrement de cet Amour. Don de l’Esprit que nous avons à accueillir. C’est la seule condition pour pouvoir en vivre.

Recevoir ce don et laisser notre cœur être conduit par l’Esprit dans notre adhésion au Christ, c’est laisser Dieu venir habiter en nous, comme Jésus nous le rappelle dans le passage de l’évangile de Jean : « Si quelqu’un m’aime, il gardera ma parole; mon Père l’aimera, nous viendrons vers lui et, chez lui nous ferons une demeure. »  C’est tout simple : « si quelqu’un m’aime ». Il n’y a pas d’autre exigence que l’amour.

Tout comme le passage de l’Apocalypse décrit une cité céleste au cœur de laquelle Dieu lui-même est devenu sanctuaire, c’est nous, dans notre union au Christ, qui devenons la demeure de Dieu, grâce à l’Esprit d’amour qui nous habite. Quelle grande destinée nous est ainsi ouverte par le Mystère de Pâques! Mystère par lequel Dieu nous fait communier à la vie du Ressuscité et nous fait déjà partager, aujourd’hui même, sa propre Vie.

« L’Esprit Saint que le Père enverra en mon nom, lui vous enseignera tout, et il vous fera souvenir de tout ce que je vous ai dit. ». Accueillant Dieu dans notre vie, nous sommes à notre tour envoyés pour porter et témoigner cette Bonne Nouvelle du salut à nos frères et sœurs autour de nous. Acte de l’Esprit qui agit en nous. Acte d’amour qui nous conduit avec d’autres et pour d’autres, à l’expérience de la joie.

C’est fort de cet Esprit, rempli de cet Esprit, que les premiers apôtres discerneront et prendront des décisions décisives pour l’Église naissante : « L’Esprit Saint et nous-mêmes avons décidé … » déclarent les Apôtres et les Anciens dans la missive qui sera remise à leurs frères envoyés à Antioche. La décision qu’ils prendront à Jérusalem est loin d’être banale. Il s’agit de décider de l’ouverture du salut à tous, alors qu’il était jusqu’alors canalisé par l’observance de la loi juive. L’adhésion au Christ et à son Évangile de salut, et non plus l’inscription dans une tradition reçue par héritage, est dorénavant le critère déterminant pour vivre l’Alliance avec Dieu. C’est cette décision des premiers apôtres qui fait que vous et moi sommes aujourd’hui croyants, réunis en cette Église du Christ.

Les Apôtres sont bien conscients qu’une telle décision ne peut simplement être l’expression de leur propre volonté, mais bien de celle de Dieu. Ils savent qu’ils doivent s’en remettre à l’Esprit pour discerner le projet de Dieu pour son Église, issue de la venue de son propre Fils dans les méandres de l’histoire humaine. Une décision qui ne peut donc se prendre qu’en étant ouvert à l’action de l’Esprit. C’est le sens véritable et profond de l’expression « l’Esprit Saint et nous-mêmes avons décidé … ».

Qu’en est-il pour nous dans notre vie personnelle, familiale, communautaire ? Sommes-nous portés à faire appel à l’Esprit Saint au cœur de nos délibérations sur les choix et les engagements important de notre vie ? Cherchons-nous à bien discerner, avec l’aide de l’Esprit, le projet que Dieu a pour chacun et chacune de nous, pour notre communauté ? Faisons-nous assez de place à l’Esprit, ce Défenseur comme le nomme saint Jean dans l’évangile, qui nous aide à saisir ce que Dieu attend de nous, qui plaide pour que Dieu occupe une plus grande place dans notre vie, qui nous rend apte à comprendre et à parler des choses de Dieu autour de nous ?

L’Esprit que Jésus nous promet a le pouvoir d’apaiser notre cœur si souvent inquiet : « Je vous laisse la paix, je vous donne ma paix. » Ces mots résonnent au sein du discours d’adieu de Jésus à ses disciples, alors même que toute la violence et la haine du monde se déchaineront bientôt sur lui. Mystère d’une paix donnée au cœur même du désarroi que vivront sous peu les disciples, par sa mort et par son départ.

Et nous, dans les moments d’inquiétudes et face aux craintes qui marquent notre vie, sommes-nous capables de nous laisser apaiser par l’Esprit de paix ? Sommes-nous disposés à nous faire nous-mêmes ambassadeur de cette paix par nos gestes et par nos paroles ? Laissons-nous cet Esprit nous conduire sur les pas de l’Évangile de la Paix ; nous pacifier pour que résonne en nous cette parole de Jésus au seuil de sa Passion : « Que votre cœur ne soit pas bouleversé ni effrayé » ?

L’Esprit qui éclaire notre intelligence dans le discernement de ce qui est bon et est aussi celui qui guide notre cœur vers ce qui apporte la joie et la paix véritables.

L’Esprit Saint en nous-mêmes.

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