Il décolle comme une fusée

Paroisse Saint-Jean-Baptiste – Ottawa https://sjb-ottawa.org

Je me demande si la vie n’aurait pas été plus simple si le Christ n’était pas monté au ciel. Vous ne pensez pas ? Si l’ascension n’avait jamais eu lieu, le Christ serait toujours présent parmi nous. Nous pourrions le rencontrer, monter avec lui dans sa barque, le voir, l’écouter, toucher son corps ressuscité, mettre nos doigts dans ses plaies et son côté transpercé. Il serait bien plus facile de croire, n’est-ce pas ?

Mais voilà, aujourd’hui, Jésus monte au ciel et nous laisse ici-bas. Il le dit : « Maintenant, je quitte le monde, et je pars vers le Père » (Jn 16,28). Comme les apôtres un peu hébétés, nous nous demandons pourquoi il ne nous prend pas avec lui, pourquoi il nous abandonne.

La réponse est claire, c’est parce qu’il le devait. Jésus devait absolument monter au ciel. Il l’avait dit d’ailleurs lors de la Cène: « Il vaut mieux pour vous que je parte, car si je ne pars pas, le Paraclet ne viendra pas à vous, mais si je pars, je vous l’enverrai » (Jn 16, 7). L’ascension est un événement nécessaire de la vie de Jésus. Elle ne pouvait pas ne pas avoir lieu. C’est dire qu’elle doit être très importante pour nous.

Pour comprendre ce qu’est l’ascension, commençons d’abord par dire ce qu’elle n’est pas, en trois points : elle n’est ni un décollage, ni une désertion, ni une désincarnation.

On s’imagine naïvement le décollage de Jésus à la manière du lancement de la fusée SpaceX, depuis la plateforme de lancement de Béthanie, dans un grondement et une nuée de poussière dignes des plus grands films hollywoodiens : 5, 4, 3, 2, 1… décollage ! Et les disciples regardent Jésus qui monte dans le ciel, tel un ballon gonflé à l’hélium qui dépasse le plafond des nuages, avec cette question que tout le monde se pose : jusqu’où va-t-il monter ? Ne soyons pas naïfs, le ciel dont il s’agit ici n’est ni l’espace, ni le cosmos. Dieu n’habite pas au-dessus des nuages. L’ascension, c’est Jésus ressuscité qui s’élève jusque dans son Royaume, le Royaume des cieux, le Royaume de Dieu.

L’Ascension n’est pas un décollage, elle n’est pas non plus une désertion ou un abandon. Le Seigneur ne nous laisse pas seuls ou orphelins. S’il s’élève jusque dans son Royaume, c’est pour nous envoyer son Esprit, le Paraclet qui signifie notre protecteur, notre intercesseur ou encore notre consolateur. C’est par l’Esprit que désormais, Dieu se rend présent parmi nous, et plus fort encore, en nous. Le mystère de noël, l’incarnation, c’est Dieu qui vient habiter parmi nous. Le mystère de la pentecôte, rendu possible par l’ascension, c’est Dieu qui vient habiter en nous, à l’intérieur de nous, jusque dans nos corps, jusque dans nos cœurs.

L’ascension n’est pas un décollage, ni une désertion. Elle n’est pas non plus une désincarnation. Jésus n’est pas ressuscité en fantôme. La résurrection, ce n’est pas l’esprit de Jésus qui sort du tombeau, mais c’est son âme et son corps. Jésus est ressuscité avec son corps, encore marqué par les traces des clous et de la passion. C’est avec ce corps que Jésus s’élève dans un ciel non matériel, son royaume où il siège à la droite du Père. Désormais la nature humaine est associée à la gloire de la sainte Trinité qui règne sur tout l’univers. Aujourd’hui, nous fêtons le triomphe de notre humanité : Jésus vrai Dieu et vrai homme associe notre humanité à la vie de Dieu.

Ni décollage, ni désertion, ni désincarnation, la mystérieuse ascension de Jésus est cause de notre salut. Cela pour trois raisons.

La première raison, c’est que Jésus dans son humanité s’élève dans son Royaume pour nous préparer une place (Jn 14, 2). Il nous prépare un endroit pour habiter l’éternité. Cet endroit, c’est le jardin des origines, le jardin d’Éden dont l’humanité avait été exclue depuis le premier péché de la Genèse. Les portes avaient été fermées. Les morts qui nous ont précédé avaient perdu la clé. Il nous fallait un sauveur qui s’élève dans les cieux pour ouvrir les portes du jardin et rendre à nouveau possible l’accès à ce paradis originel.

La deuxième raison, c’est que Jésus dans son ascension nous ouvre le chemin. Désormais la route du ciel est ouverte, un premier homme est passé, tous suivront ! Jésus au ciel nous attire à lui, il nous aspire vers son Royaume. Il nous l’a dit : « Lorsque j’aurai été élevé de terre, j’attirerai à moi tous les hommes ». Nous disons souvent que l’Église est le corps du Christ. Le Christ est la tête, et nous sommes le corps. Si le Christ tête est déjà au ciel, alors c’est tout le corps qui suit et qui est attiré dans sa montée vers le ciel. En réalité, nous sommes déjà au ciel, en espérance. C’est exactement comme pour un accouchement. Tous les obstétriciens ne savent, ce qui est le plus difficile, c’est la tête. Une fois qu’elle est passée, tout passe. Si la tête sort, les membres suivent. Jésus est la tête, nous sommes les membres de son corps.

La troisième raison, c’est que l’Esprit qu’il nous envoie depuis le Royaume est nécessaire à notre salut. Il ne suffisait pas que Jésus nous sauve puis qu’il retourne chez lui, nous laissant seuls avec son salut déjà donné. Nous avons besoin de la présence de l’Esprit en nous pour accueillir le salut que Jésus donne. Si l’on me donne un cadeau que je n’ouvre pas, je ne fais rien, il est alors un cadeau inutile. Le cadeau du salut, Jésus nous le donne, mais il nous appartient de le recevoir, de l’ouvrir (ou plutôt de s’ouvrir à lui), de l’accueillir et de se l’approprier. Pour cela, nous avons besoin de l’Esprit de Pentecôte. Nous avons besoin de l’Esprit pour conduire nos vies et pour nous conduire dans la vie. Seuls, nous ne pouvons pas nous sauver nous-mêmes.

L’ascension, c’est Jésus qui nous prépare une place, qui nous ouvre les portes du Royaume et qui nous envoie son Esprit. Nous ne sommes donc pas des hommes et des femmes abandonnés de Dieu. L’ascension n’est pas une désertion. Au contraire, Dieu est toujours présent et je dirai encore plus présent qu’avant : il n’est plus parmi nous, il est désormais en nous. Il habite chacune de nos vies, il habite chacun de nos corps. « Ne savez-vous pas que vous êtes le temple de Dieu, et que l’Esprit de Dieu habite en vous ? » (1Co 3, 16). Le Christ lui-même revient sans cesse nous visiter, à chaque eucharistie, sacrement de son corps qui construit le corps de l’Église. C’est pour cela qu’il disait : « Je m’en vais, et je reviens vers vous » (Jn 14, 28). «Et moi, je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin des temps » (Mt 28, 20).
L’ascension de Jésus était la condition nécessaire pour qu’il soit partout présent. Il règne dans la gloire, il est partout présent comme un roi est, de quelque manière, partout présent en son Royaume. Ce n’était donc pas à Jésus de rester dans le monde, mais c’est à nous maintenant de le rejoindre.

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