Célébrer la beauté du plan de Dieu

Paroisse Saint-Jean-Baptiste – Ottawa https://sjb-ottawa.org

Ceux et celles parmi vous qui êtes parents ou grands-parents savent à quel point il importe d’aider les enfants à apprécier la beauté. L’enfant, en effet, apprend vite à distinguer ce qui est beau et ce qui est laid ; il est attiré vers le beau et il a un mouvement de recul face au laid. Par exemple, n’est-ce pas tout à fait plaisant de regarder les tout-petits admirer les tulipes ces jours-ci ? Et en ce qui concerne aussi bien les adolescents et les adultes que les enfants, comment ne pas se réjouir en contemplant les feuilles au vert tendre du printemps ?

En contraste, nous sommes actuellement horrifiés devant les images de laideur qui nous parviennent de l’Ukraine : hôpitaux bombardés, maisons rasées, élégants édifices et monuments détruits, innocents mutilés, corps de morts traînant dans les rues, etc. Par contre, nous trouvons beaux et admirons tous les gestes de solidarité et de générosité que suscite la tragédie ukrainienne.

Nous ne pouvons pas nous empêcher de voir le mélange de beauté et de laideur dans le monde. Je me rappellerai toujours ma dette à Jean Vanier qui, lors d’une retraite, nous avait fait observer la beauté des handicapés à la bouche et au sourire pourtant difformes. Cette beauté éclatait dans leurs yeux – des yeux communicatifs, amoureux, paisibles et joyeux.

Pensons également au contraste entre Jésus flagellé, couronné d’épines, insulté et crucifié le Vendredi saint, et Jésus glorifié dans la lumière du matin de Pâques. C’est pourquoi, dans l’évangile d’aujourd’hui, Jésus déclare : « Maintenant le Fils de l’homme est glorifié, et Dieu est glorifié en lui. » Être glorifié, n’est-ce pas être reconnu comme moralement et spirituellement beau ? Ceux qui ont visité la cathédrale de Chartres ont sans doute remarqué le « Beau Dieu », comme on l’appelle, c’est-à-dire la sculpture du visage si noble du Christ majestueux.

Notre deuxième lecture de ce matin, tirée du Livre de l’Apocalypse, compare l’Église, la « Jérusalem nouvelle », à une femme « prête pour les noces, comme une épouse parée pour son mari ». Comment ne pas admirer la beauté des nouvelles mariées ?

Le dominicain Jean-Pierre Jossua disait que Chateaubriand était « le plus grand écrivain de son temps » – au début du XIXe siècle français – et il suffit de lire ses Mémoires d’outre-tombe pour en être convaincu. Or, à propos d’une autre de ses œuvres, Le génie du christianisme, Chateaubriand faisait remarquer qu’il avait voulu montrer la beauté du christianisme, outrepassant ainsi les vaines controverses étroites du siècle précédent. Le genre de beauté qu’il avait en tête était spirituel ; il dépassait la simple beauté matérielle. Il est encourageant de constater que, ces années-ci, même des agnostiques et des athées – pas tous hélas ! – reconnaissent la beauté du christianisme. Que c’est noble de reconnaître publiquement la beauté d’une foi religieuse qu’on n’a pas !

Dostoïevsky avait écrit : « La beauté sauvera le monde. » Cette phrase si souvent citée est cependant ambiguë. Ce n’est certainement pas la beauté purement esthétique que des officiers nazis appréciaient quand ils écoutaient de la musique classique dans des camps de concentration. La beauté dont parlait Dostoïevsky, c’était d’abord et avant tout la beauté morale et spirituelle.

En ce temps pascal, il me semble que nous avons besoin de célébrer la beauté du plan de Dieu, la beauté de la vie de Jésus, ainsi que la beauté de la foi et de l’amour de ses disciples. Comme l’affirme l’évangile de ce jour, « À ceci, tous reconnaîtront que vous êtes mes disciples : si vous avez de l’amour les uns pour les autres. »

Oui, dans cette eucharistie, célébrons la beauté sous toutes ses formes : physique, morale et spirituelle.

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