‘’Le Défenseur, l’Esprit-Saint que le Père enverra en mon nom, lui, vous enseignera tout, et il vous fera souvenir de tout ce que je vous ai dit.’’
Dimanche prochain, nous fêtons l’Ascension et le dimanche qui suit, la Pentecôte. Il convenait donc qu’en ce dimanche qui précède immédiatement ces deux grandes fêtes, nous entendions une annonce de la Pentecôte qui vient, suivant sur les traces de l’Ascension de Jésus.
Dans le chapitre 15 des Actes des Apôtres dont nous avons entendu deux extraits, nous voyons un des moments capitaux de l’accomplissement de la promesse de Jésus relative à l’envoi de l’Esprit-Saint et de son œuvre.
L’heure était en effet très grave. L’enjeu était immense, la question difficile. Les disciples hébraïques s’étaient rendus à l’idée que des païens pouvaient devenir chrétiens, mais une question importante demeurait non-résolue. Ils peuvent devenir chrétien, mais pour devenir chrétiens, doivent-ils aussi devenir juifs? Plus précisément doivent-ils suivre la loi de Moïse? Très précisément et concrètement, doivent-ils être circoncis?
La question a été soulevée à Antioche, mais elle s’est réglée à Jérusalem. Barnabé et Paul s’y sont rendus pour débattre cette question avec les anciens et les apôtres qui étaient encore dans cette ville.
La discussion s’engage. Paul et Barnabé racontent tout ce que Dieu a fait avec eux en Asie Mineure, chez les juifs et les gentils. Certains croyants du parti des pharisiens insistent pour que les païens soient circoncis et qu’on leur enjoigne d’observer la loi de Moïse. Enfin, Pierre prend la parole, lui qui le premier a baptisé et confirmé des païens, la famille de Corneille, le centurion. Il leur rappelle le critère qui indique qu’il avait raison : ils ont reçu, ces païens, l’Esprit-Saint, exactement comme nous. Puis il avance deux arguments en faveur de l’exemption de la loi de Moïse pour les païens. Le premier, très franc, très Pierre, pourquoi leur imposer un joug que nous ne sommes même pas capables de porter nous-mêmes? Puis un deuxième, plus puissant? Pourquoi leur imposer l’observance de la Loi de Moïse, puisque pour eux tout comme pour nous, c’est par la grâce du Seigneur Jésus que nous sommes sauvés, et non pas par l’observance de la Loi. Avouons-le, aurait-il pu ajouter, elle est devenue désuète, la loi de Moïse.
Puis c’est au tour de Jacques, grand apôtre de Jérusalem. Il signale que les événements racontés par Paul et Barnabé, la conversion des païens, est conforme aux paroles des prophètes. Puis il propose très exactement ce qui est contenu dans la lettre aux païens que nous avons entendu dans la première lecture : qu’on leur mande seulement de s’abstenir de ce qui a été souillé par les idoles, des unions illégitimes, des chairs étouffées, c’est-à-dire des chairs qui n’ont pas été saignées, et du sang.
Tous se rallient à la proposition de Jacques, puis la lettre est rédigée et envoyée à Antioche,portée par Paul et Barnabé, ainsi que deux témoins, Jude et Silas, qui attesteront auprès des païens que cette lettre a bel et bien été envoyée par la direction de l’église de Jérusalem.
La direction de l’église de Jérusalem est consciente que bien qu’elle a traité de cette question comme si la décision ultime dépendait d’elle seule, c’est l’Esprit-Saint qui a infléchi leurs esprits, leurs cœurs, et leur volonté dans le sens de ce que Dieu veut. ‘’L’Esprit-Saint et nous’’ précise la lettre, ‘’avons décidé’’…
Et voilà bien l’accomplissement de la promesse de Jésus de l’envoi de l’Esprit-Saint. Nous savons encore une fois par son fruit, que cette décision jouissait du sceau de l’Esprit-Saint. Les chrétiens païens d’Antioche l’ont accueillie avec joie. Mais surtout, on voit dans les chapitres qui suivent dans les Actes des Apôtres, que libérée de l’inertie causée par l’incertitude sur une question aussi fondamentale, la mission de l’église prend un essor et un élan nouveau. Dans le chapitre qui suit, Paul, avec Silas et Timothée, retourne vers les églises déjà établies dans ce qui est la Turquie actuelle et leur annonce la bonne nouvelle de la délivrance des chrétiens païens de la loi de Moïse. ‘’Les églises s’affermissaient dans la foi et croissaient en nombre de jour en jour’’. Puis c’est le grand saut vers la Macédoine. On voit l’évangile et la foi jeter des racines à Philippe, à Thessalonique, et à Corinthe.
C’est, sous l’impulsion de l’Esprit-Saint, le printemps heureux, la lune de miel de l’église. Il y a aussi des ombres au tableau, des persécutions par-ci, par-là. Mais Jésus leur avait dit tout cela d’avance. ‘’Je vous ai dit ces choses maintenant,’’ dit-il dans l’évangile d’aujourd’hui, ‘’avant qu’elles n’arrivent; ainsi, lorsqu’elles arriveront, vous croirez.’’ Il leur avait aussi dit que l’Esprit-Saint leur ferait souvenir de tout ce qu’il leur avait dit.
Et voilà, dans l’Esprit-Saint ils se sont souvenus des paroles de Jésus, et ils les voient s’accomplir dans leur vie en tant qu’église. Voilà donc un motif de plus pour croire, pour faire confiance à Jésus, à son enseignement.
Et ce qui est tout aussi merveilleux, c’est que c’est le même Esprit-Saint qui est à l’œuvre en nous et qui fait de nous son Église dans le monde de ce temps qui est le nôtre. Il nous enseigne tout. Il nous fait souvenir de tout ce que Jésus a dit. Il nous procure une paix et une joie que ce monde ne peut pas comprendre, encore moins nous donner.
D’ici la fête de la Pentecôte et bien au-delà, rendons-en grâce à Dieu.