Vous-aimez les nouveautés ? Nouveaux plats, nouveaux souliers, nouveaux voisins ? — Pas toujours facile de s’y faire. Faut s’habituer au gout, casser les chaussures, apprivoiser les nouveaux venus. Ça veut souvent dire, changer soi-même en profondeur.
Ce dimanche pourrait s’appeler celui de la nouveauté. Les Actes montrent Paul et Barnabé qui vont sans cesse d’une place à l’autre, à la fois bien et mal reçus. Avec la grâce de Dieu, malgré échecs et rejets, ils font oeuvre nouvelle. Ils ouvrent la porte de la foi aux nations.
L’apocalypse universalise la nouveauté. Elle l’étend ciel, à la terre, à toutes choses, car Dieu sera à demeure, aura pour toujours sa demeure, chez les humains. Plus que ça. L’apocalypse donne à voir ce que sera ce monde inouï. Il sera sans larme, ni mort, ni deuil, ni cri, ni douleur…
Ce qui était avant… Ce qui est aujourd’hui, que nous connaissons trop bien. Inquiétude, peur du lendemain, tristesse, souffrance, violence et injustice de toutes sortes. Le pain quotidien du monde, de beaucoup de monde, la télé en déborde. Ce qui était avant, s’en est allé… disparu, laissant place à un monde nouveau.
Un monde, un règne comme ça. Le monde selon le cœur de Dieu, son règne. On voudrait bien que ce soit vrai. On veut bien l’espérer. Ne peut-on au moins l’imaginer ? Certains le disent utopique, insensé. Comme vous peut-être, je me prends souvent à en douter. Comment ce monde est-il possible ?
L’évangile selon saint Jean en donne la clé. On est au cours du dernier repas de Jésus avec ses disciples. Judas est sorti vers sa besogne. Le Fils de l’homme est au cœur de sa mission. Il va glorifier le Père, accomplir son commandement. L’heure est venue où il va donner sa vie par amour, pour que le monde ait la vie en abondance. En retour, le Père lui re-donnera la gloire qu’il avait auprès lui depuis le commencement.
Ceux qui étaient présents à la dernière cène ne pouvaient comprendre cet étrange échange de gloire, du Fils au Père, du Père au Fils. Paul y pensait surement quand il encourageait les disciples de la ville d’Antioche. Quand il les exhortait à persévérer dans la foi face aux épreuves par lesquelles il faut passer pour entrer dans le royaume de Dieu.
Voilà le commandement du monde nouveau. Il s’agit d’incarner le baptême, d’être témoin de la Pâque du Seigneur en y communiant par toute la vie *1). Avant d’être une directive morale, c’est l’ordre de mission de ceux et celles qui suivent le Christ. Sous une forme ou une autre, cette conviction se trouve dans toutes les lettres de Paul. Souviens-toi de Jésus Christ ressuscité d’entre les morts, si nous mourrons, avec lui nous vivrons avec lui, si nous souffrons avec lui, avec lui nous règnerons… *2)
Aimez-vous les uns les autres… En aimant comme, parce que, Dieu nous a aimés le 1er. Il a donné son Fils unique pour qu’en lui nous devenions ses enfants. Pour qu’en lui nous apprenions les voies de l’amour véritable. Voilà aussi le commandement du règne nouveau. C’est à l’amour que vous aurez les uns pour les autres qu’on vous reconnaitra pour mes disciples.
Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés… Un tel amour, à la manière de Jésus, inspiré guidé par son Esprit, donne, se donne au lieu de prendre. Il fait passer l’autre avant l’intérêt personnel. Voilà l’appel que nous avons reçu, l’incarnation de notre baptême dans la vie ordinaire. L’amour qui fait la communion, qui accueille l’étranger, qui habille, nourrit et visite le démuni. L’amour qui va au-delà des échecs, des blessures, l’amour qui pardonne sans compter…
Rendons grâce… Rendons grâce pour l’Église, épouse du Christ, tant de fois témoin au long des âges du monde nouveau par ses martyrs et ses chercheur.ses de Dieu. Rendons grâce pour tous les baptisés.es qui tendent vers l’incarnation de l’amour de Dieu dans leur vie. Qui se relèvent sans être écrasés par les doutes, les échecs et les rejets. Rendons grâce pour l’appel qui nous tient dans l’espérance et nous fait aujourd’hui témoins du règne de Dieu à la suite du Christ. Prions les uns pour les autres pour que nul ne se dérobe au don du Seigneur qui veut encore passer par nous pour faire du neuf…
F. Jean-Marc Perreault op
*1) 1 Pierre 3,21
*2) 2 Timothée, 2, 8.11
Actes des apôtres 14,21b-27 ; Psaume 144 ; Apocalypse 21,1-5a ; Jean 13,31.33a.34-35