La plupart d’entre nous, et peut-être tous parmi nous, avons eu la chance d’avoir appris, soit pendant notre enfance, soit plus tard, à bien nous comporter moralement. Cela fait que nous avons la capacité de bien nous conduire et d’agir avec bienveillance et justice. Il se peut cependant que nous ayons parfois la tentation de nous dire à nous-mêmes les paroles du pharisien : « Mon Dieu, je te rends grâce parce que je ne suis pas comme les autres hommes – ils sont voleurs, injustes, adultères –, ou encore comme ce publicain. »
Ainsi que plusieurs d’entre nous le savent, au temps de l’occupation romaine en Judée, les publicains étaient ceux qui collectaient les impôts ; ils devaient remettre à l’autorité romaine un montant fixé par cette autorité, et ils conservaient tout le reste de leurs revenus de taxation. Le résultat était qu’avec l’appui de la police, ils pratiquaient une certaine violence et des extorsions. Les collecteurs d’impôts étaient évidemment impopulaires et méprisés, surtout de la part des pharisiens, qui s’efforçaient, au contraire, d’être honnêtes.
Or Jésus fréquentait les publicains et il allait jusqu’à aller manger chez eux. D’où la parabole que nous venons d’entendre, dans laquelle un publicain disait : « Mon Dieu, montre-toi favorable au pécheur que je suis ! » Et Jésus de déclarer au sujet du publicain : « C’est lui qui était devenu un homme juste, plutôt que l’autre. Qui s’élève sera abaissé, qui s’abaisse sera élevé. »
Le vieux père Lavoie, professeur de philosophie – pas le jeune père Lavoie, notre ancien curé –, avait fait remarquer un jour qu’il pouvait arriver que le publicain se pense supérieur au pharisien et qu’il s’agissait alors du pharisaïsme du publicain…
Dans notre première lecture de ce matin, Ben le Sage affirme ceci : « Le Seigneur est un juge qui se montre impartial envers les personnes. Il ne défavorise pas le pauvre, il écoute la prière de l’opprimé. Il ne méprise pas la supplication de l’orphelin, ni la plainte répétée de la veuve. […] Le pauvre persévère dans sa prière tant que le Très-Haut n’a pas jeté les yeux sur lui, ni prononcé la sentence en faveur des justes et rendu justice. »
Il est donc clair que Dieu exauce et les justes, que Ben le Sage mentionnait, et les injustes, c’est-à-dire les publicains auxquels Jésus apportait la miséricorde de son Père. La bienveillance de Dieu, manifestée par Jésus, s’étend à tous les petits, parmi lesquels, selon la Bible, on doit compter les pauvres, les opprimés, les orphelins, les veuves, et même les publicains, qui, eux aussi, sont spirituellement et psychologiquement des petits.
Dans nos contacts avec les individus dont nous constatons qu’ils sont petits, c’est-à-dire en situation d’infériorité, comment faire pour éviter de les regarder avec condescendance, du haut de notre position de supériorité ? Quand ces individus s’en aperçoivent, ils se rendent compte qu’on les traite en inférieurs, pas en égaux comme êtres humains. Pensons aux propos répétés de notre pape Léon concernant les immigrants. Limiter le nombre des immigrants est peut-être nécessaire, mais il est répréhensible de mal les accueillir et d’aller jusqu’à les violenter physiquement, comme cela se fait actuellement aux États-Unis et même dans d’autres pays riches.
Demandons à l’Esprit Saint de faire de chacun et chacune de nous un publicain repenti.
Louis Roy, OP
Église Saint-Jean-Baptiste
Ottawa, 2025