Nous nous prêtons aujourd’hui à cette très belle pratique, de faire mémoire des fidèles défunts, de tous ceux, toutes celles qui nous ont quittés. Nous les confions à la miséricorde et à la bonté de Dieu. Nous nous réconfortons, à leur sujet, en nous inspirant des paroles abondantes de consolation qu’on trouve dans les Écritures.
Faisons nôtres les convictions exprimées par le livre de la Sagesse et par Paul dans sa lettre aux Romains, et appliquons-les directement à ceux et celles que nous avons connus et aimés, et qui nous ont quittés. Parce que ces paroles parlent vraiment d’eux et d’elles.
Du livre de la Sagesse : Leurs âmes sont dans la main de Dieu. Ils ont paru mourir, leur départ est compris comme un malheur, leur éloignement, comme une fin. Mais ils sont dans la paix. L’espérance de l’immortalité les comblait. Après de faibles peines, de grands bienfaits les attendent, car Dieu les a mis à l’épreuve et trouvés dignes de lui. Comme une offrande parfaite il les accueille. Au temps de sa visite ils resplendiront; comme l’étincelle qui court sur la paille ils avancent. Qui met en lui sa foi comprendra la vérité; ceux qui sont fidèles resteront, dans l’amour, près de lui. Pour ses amis, grâce et miséricorde.
Faisons nôtre aussi la conviction de Saint Paul : J’en ai la certitude. Ni la mort, ni la vie, ni le présent, ni l’avenir, ni aucune autre créature, rien ne pourra les séparer de l’amour de Dieu pour eux, amour que nous a fait connaître le Christ Jésus notre Seigneur.
Disons-nous enfin, inspirés par la promesse de Jésus dans l’évangile de S. Jean, que s’ils nous ont quittés, c’est que la demeure, la place que Jésus leur préparait dans la maison de son Père était prête, alors il est revenu, tel que promis, pour les emmener auprès de lui, afin que là où il est, ils soient, eux aussi, avec lui.
Prions donc pour nos défunts, oui, mais en sérénité, surtout lorsque nous prions pour nos défunts fidèles, croyants. Il n’y a que peu de place pour une prière inquiète lorsqu’étant croyant, nous avons connu la bonté de Dieu.
Cette prière pour les fidèles défunts a pour nous un effet consolateur, et même guérisseur du mal que nous fait leur absence.
Prions donc pour les fidèles défunts, mais prions aussi et surtout pour les autres, les infidèles, ceux qui contrairement aux fidèles défunts, n’ont pas eu le privilège de vivre leur vie et leur mort dans la foi et l’espérance chrétienne.
En ces derniers temps, pour la première fois dans ma vie, j’ai eu peur pour le salut éternel de gens qui me sont très chers. Parce que les uns ont fait profession très publique d’incroyance aux portes de la mort. Les autres ont fait profession d’incroyance pour ensuite se donner la mort. J’ai voulu prier pour eux, mais j’ai été bloqué par cette pensée : est-ce j’en ai le droit, la permission devant Dieu? J’ai hésité. Si on se tourne vers les Écritures, y compris le Nouveau Testament, c’est pas évident qu’on puisse et qu’on doive prier pour tous les défunts. Jésus et Saint Paul nous disent que certains péchés sont irrémissibles. J’ai donc hésité. Je ne veux pas demander des choses qui aillent contre la volonté de Dieu.
Mais voilà que je me suis souvenu que Jésus a dit aux disciples : Tout ce que vous lierez sur la terre sera tenu au ciel pour lié; et tout ce que vous délierez sur la terre sera tenu au ciel pour délié. Mt 18,18 Ce qui est vrai de l’Église en général est vrai a fortiori du magistère de l’Église. Or, l’Église a l’audace de nous faire dire, dans la deuxième prière eucharistique, ‘’Souviens-toi, dans ta miséricorde, de tous les défunts : accueille-les tous dans la lumière de ton visage.’’
Me voilà soulagé. Prions donc, sans hésitation, pour tous les défunts.
Et prions enfin pour le salut éternel de ceux et de celles pour qui personne ne prie, qui ne prient pas pour eux-mêmes, et qui ont pourtant besoin de prière pour être sauvés. Bien sûr, c’est Dieu seul qui sauve. Mais il se trouve que dans certains cas, il choisit d’avoir besoin de passer par notre prière. Rappelons-nous la victoire contre les Amalécites qui a été gagnée par l’intercession de Moïse.
Alors prions pour ceux et celles pour qui personne ne prie et qui ne prie pas pour eux-mêmes. En leur nom, disons au Seigneur : ‘’Je suis leur prière, sauve-nous.’’