Un bonheur qui dérange !

Paroisse Saint-Jean-Baptiste – Ottawa https://sjb-ottawa.org

Bien sûr, tout le monde veut être heureux. C’est le désir universel, fondamental. Ce qui fait risquer, oser, marcher. Pour une quête infinie : la quête d’infinie plénitude. Qui donc peut être heureux, vraiment heureux ? Comment peut-on l’être ?

Jésus sur la montagne communie à Dieu. Il y appelle les Douze. On s’attendrait que ce soit là qu’il se mette à parler de bonheur. À la façon de Jérémie : « Béni, heureux qui met sa foi dans le Seigneur. » À l’instar du Psaume : « Heureux qui se plaît dans la parole, la volonté du Seigneur, la murmure, la rumine jour et nuit. »

Jésus descend en terrain plat. Vers ceux et celles qui le suivent. Multitude des gens venus de partout, étonnés, admiratifs, simples curieux. De Judée : des Juifs, évidemment. De Jérusalem : sans doute quelques scribes et pharisiens. De Tyr, de Sidon : des païens. C’est dans la plaine de leur ordinaire que Jésus proclame les heureux et qu’il se désole.

Son discours étonne. Il nous prend à rebours. Vous connaissez des pauvres, des affamés, des gens qui pleurent, sont humiliés, haïs, exclus. Vous oseriez leur dire : “ Tant mieux ! ” ? Aux riches, qui jouissent de la vie, sont satisfaits et bien vus, vous diriez : “ Comme c’est donc triste ! ” ? Ça serait le monde à l’envers !

Du coup, on voit bien que le bonheur n’est pas une petite affaire. Simple question de pensée positive, de réussite sociale. Comme insiste le Psaume, il s’agit de ne pas se fourvoyer. De prendre le bon chemin, celui où on ne va pas se perdre. Celui qui mène à la vie. Celui où la vie prend tout son sens, devient féconde.

Jésus annonce un bonheur qui dérange. D’expérience, bonheur et malheur, pauvreté et richesse sont-ils si simples ? Tel est triste le matin, heureux le soir. Tel parait tout avoir pour être heureux, mais reste sombre comme la pluie. Tel autre qui a tous les maux vit en paix, serein. D’ailleurs, est-ce que tout un chacun n’a pas sa part de pauvretés et de richesses, matérielles, psychologiques, morales ou toutes ensemble, confondues ?

Jésus annonce un bonheur qui dérange. Le bonheur autre, solide et durable : la Bonne Nouvelle du royaume de Dieu. Il proclame le projet de Dieu, sa volonté, son amour pour tout le monde. À ceux et celles qui sont pauvres, tristes, exclus, humiliés il dit : “ N’ayez peur, relevez la tête ! ” À ceux accumulent richesses et plaisirs, il dit : “ Attention, n’allez pas vous égarez dans la forêt des illusions ! ”

Pour comprendre les béatitudes, il faut regarder Jésus. Il se fait pauvre, proche des petits, des exclus. Il montre le visage du Père. Pas Dieu qui rejette et condamne, Dieu qui aime et sauve. Dieu qui aime gratuitement, les sans-droits, les sans-ressources, comme une mère aime d’abord son enfant qui souffre. Heureux les pauvres qui ont faim et qui pleurent !

Pour comprendre et vivre les béatitudes, il faut regarder Jésus. Riche de Dieu, il se fait pauvre jusqu’à la croix, cet arbre mort, desséché par les fragilités humaines. Il en fait l’arbre aux fruits en abondance parce qu’il plonge ses racines vers la Source de vie. Jésus donne sa vie, il montre l’amour de Dieu. De sa mort, Dieu fait jaillir la vie surabondante. Paul le proclame sur tous les tons. Christ est le 1er ressuscité d’entre les morts : le 1er d’une longue lignée de bienheureux.

Le Christ Jésus accomplit dans sa personne l’Évangile des béatitudes. Il l’accomplit par le don qu’il fait de lui-même. Pour vaincre le mal, la tristesse, le péché qui blessent l’humanité à mort. Pour restaurer l’alliance brisée avec Dieu. Sa résurrection proclame qu’on trouve la vie la donnant pour libérer les autres de ce qui les empêche d’être heureux. Il n’y a de vrai bonheur que celui qu’on donne par amour !

Le baptême dans la foi, nous plonge dans le Christ, nous met sur son chemin. Il nous apprend à redire la prière de confiance qui ressuscite : « Père, ta volonté soit faite » – « je remets ma vie entre tes mains ». Ne cessons pas de murmurer en nos cœurs la promesse de bonheur qui s’est réalisée en lui. Même si la lutte contre le mal et la souffrance en nous, autour de nous, nous fait goûter à la croix avec Jésus.

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