Des pécheurs repêchés prêcheurs pêcheurs

Paroisse Saint-Jean-Baptiste – Ottawa https://sjb-ottawa.org

Un de mes neveux a un jour été illuminé alors qu’il était en train de prier le « Je vous salue Marie » en famille. Au moment où il prononçait les paroles « Sainte Marie, Mère de Dieu, priez pour nous pauvres pécheurs », son esprit s’éclaira. Il venait de comprendre soudainement quelque chose, et il le dit à son père : « Papa, j’ai compris pourquoi on dit pauvres pécheurs, c’est parce que toi, quand tu pêches, tu ne prends jamais aucun poisson ! »

La pêche est un travail difficile car elle est rarement miraculeuse. Quand les lignes sont installées dans l’eau, l’attente est longue, et quand on remonte les filets, s’il n’y a pas de poisson, la déception est grande. Après une nuit de travail, on prend conscience que l’effort a été vain. Le pêcheur qui ne prend jamais aucun poisson se décourage et finit par faire autre chose. Pauvre pêcheur ! On comprend la joie de Simon-Pierre quand il remonte les filets qui allaient se déchirer à cause de l’immense quantité de poissons. Tous ces poissons encore tout frétillants, il va pouvoir les vendre et nourrir les siens.

C’est avec ce pauvre pêcheur que Jésus fonde l’Église. Dieu choisit les simples pour confondre les forts. Depuis la Création, le projet de Dieu est de fonder son Église, son peuple, et pour cela il n’a pas choisi en premier des universitaires, des princes ou des notables, mais un pêcheur, un pauvre, un simple.

C’est Simon-Pierre, pauvre pêcheur, qui est capable, dans la foi, d’avancer au large et de jeter ses filets à la mer sur une parole de Jésus, alors qu’il avait peiné toute la nuit sans rien prendre.

C’est Simon-Pierre, pauvre pêcheur, qui est capable, dans l’espérance, d’attendre le résultat d’une pêche abondante, alors qu’il sait qu’il n’y a pas de poisson dans la mer.

C’est Simon-Pierre, pauvre pêcheur, qui est capable, dans la charité, de se mettre à la disposition de Jésus de manière inconditionnelle, sans négocier ses heures de travail et ses congés payés.

L’Église naît avec un pauvre pêcheur dans une pauvre barque qui peine à se maintenir sur l’eau et qui est prête à couler. L’Église n’est pas un navire de croisière ou un énorme cargo. L’équilibre de la barque de l’Église est instable, car son équipage est fait de gros, de maigres, de grands et de petits, de pêcheurs plus ou moins droits et parfois maladroits, et un énorme tas de petits poissons. Dans l’Église, on tombe parfois sur des gros poissons, surtout quand ça mord. Chacun doit trouver sa place pour garder l’équilibre et ne pas faire chavirer tout l’équipage. Tant que le Christ est laissé à la manœuvre, il n’y a pas de risque de couler. C’est pourquoi cette pauvre barque protège de la noyade, comme l’arche de Noé protégeait l’humanité du déluge. Le risque, c’est quand l’un des matelots se croit plus fort et plus puissant que les autres et qu’il veut se faire capitaine à la place du capitaine.

L’Église naît dans cette pauvre barque avec ce pêcheur qui est prêt à tout quitter pour suivre, sur une seule parole, celui qui lui dit : « Sois sans crainte, désormais ce sont des hommes que tu prendras ».

Il est bien différent d’être pêcheur de poissons et pêcheurs d’hommes. Les poissons sont prisonniers des filets, ils s’étouffent car ils sont tous entassés comme des sardines, les filets sont prêts à se déchirer. Les poissons sont destinés à être écaillés, éventrés, vidés, pour finalement atterrir dans la casserole de la ménagère ou sur les flammes d’un barbecue.

Rien de cela quand il s’agit de prendre des hommes. Quand on pêche des hommes, les filets se déchirent, il s’ouvrent et libèrent les vivants.

Prendre des hommes, ce n’est pas les enfermer ou les emprisonner dans une idéologie.

Prendre des hommes, ce n’est pas détruire leur culture pour imposer une Église ou un Christ.

Prendre des hommes, ce n’est jamais pour les cuisiner.

Quand les apôtres de l’Église naissante ont jeté leur filet sur le monde, ils ont annoncé la Bonne Nouvelle de l’Évangile à des hommes et à des femmes parce qu’ils savaient que cette parole est libératrice, qu’elle est porteuse de vie, de sens et de souffle. Si je n’étais pas convaincu au fond de moi que l’évangile peut libérer ceux qui l’entendent, alors il n’y aurait aucune raison de perdre son temps à devenir prêcheur, c’est-à-dire pêcheur d’hommes. L’évangélisation n’aurait aucun sens, et personne n’aurait donné sa vie depuis 2000 ans pour annoncer l’Évangile et le proclamer dans le monde entier. Le commandement de l’amour de Dieu, de l’amour du prochain et de l’amour de ses ennemis, aussi insensé que cela puisse paraître, peut libérer le monde, peut libérer celles et ceux qui le mettent en pratique et leur procurer la joie.

Mais frères et sœurs, n’oublions pas qu’avant de pêcher des hommes, Simon-Pierre lui-même a été repêché. Une première fois alors qu’il essayait de marcher sur les eaux : « Voyant la force du vent, il eut peur et, comme il commençait à enfoncer, il cria : Seigneur, sauve-moi ! Aussitôt, Jésus étendit la main, le saisit et lui dit : Homme de peu de foi, pourquoi as-tu douté ? Et quand ils furent montés dans la barque, le vent tomba » (Mt 14, 29-31). Simon-Pierre est repêché une seconde fois après avoir renié Jésus : « Le Seigneur, se retournant, posa son regard sur Pierre. Alors Pierre se souvint de la parole que le Seigneur lui avait dite : « Avant que le coq chante aujourd’hui, tu m’auras renié trois fois. Il sortit et, dehors, pleura amèrement » (Lc 22, 61-62). Le seul regard du Christ provoque des larmes de repentir qui sauve Simon-Pierre et le repêche. Nous aussi, nous sommes des pécheurs repêchés avant de devenir pêcheurs…

Nous sommes des pauvres pêcheurs, et j’allais dire, nous sommes tous des « pécheurs repêchés prêcheurs pêcheurs ». Pécheurs quand nous reconnaissons que nous ne sommes pas les meilleurs de la barque. Repêchés quand le Christ nous sauve de la noyade. Prêcheurs quand nous avançons au large pour annoncer l’Évangile qui fait vivre et procure la joie. Pêcheurs quand l’Église jette son filet sur les hommes pour leur proposer la liberté, la vie et la joie. Pour que la pêche soit bonne, il faut simplement accepter de faire partie de l’équipage de cette barque bien pauvre, parfois misérable, toujours à la limite de chavirer, cette barque qui parfois peut nous faire honte. Il faut trouver sa place pour maintenir l’équilibre et toujours laisser le Christ à la manœuvre. C’est lui le capitaine.

 

0 Comments

Add a Comment

Votre adresse courriel ne sera pas publiée.