Ce n’est pas votre premier carême. Vous le savez, un temps crucial de vie chrétienne depuis toujours. Un temps, pour re-choisir, accueillir à neuf la grâce de notre baptême. Vous en connaissez le but, la motivation et les moyens. — Revoyons-les un peu à la lumière de la Parole, à commencer par l’évangile.
Après son baptême, il est dit que Jésus est mené au désert par l’Esprit Saint. L’Esprit reçu au baptême dit à notre foi que nous sommes enfants de Dieu. Il nous mène à un semblable retrait. – Si tu es Fils de Dieu… Jésus est mis a l’épreuve dans sa relation filiale, sa fidélité à sa mission de donner la vie. – Si je suis enfant de Dieu… Où en est ma relation avec lui, ma confiance dans l’épreuve, mon obéissance à sa parole ?
Au dire de Luc, trois tentations résument toutes celles possibles pour Jésus. Se servir de sa relation unique au Père, la trahir en l’utilisant pour lui-même, pour son profit personnel, au lieu d’être au service des autres. Se nourrir de façon miraculeuse, se parer des gloires des royaumes de ce monde, épater par des exploits.
On peut dire que nos tentations sont exactement les mêmes. En un mot, vivre pour soi-même. Satisfaction des sens, domination sur les autres et vanité. Tout ça a aussi rapport à l’Esprit reçu au baptême. Il nous a fait renaitre dans la foi au Christ. Il nous fait participer à la victoire de Jésus mis à l’épreuve. Il guide nos choix et nos retournements.
La célébration des cendres a dénoncé notre fragilité, notre condition de pécheurs. Elle a rappelé le but de notre vie : notre retour à Dieu. Elle a invité avec insistance à se laisser réconcilier avec lui. Le jeûne, l’aumône et la prière sont offerts en moyens de conver-sion. Pour se décentrer de soi-même, se tourner vers Dieu et vers les autres. La Parole des liturgies en semaine y reviendra régulièrement pendant trois prochaines.
Nous pouvons être exempts de jeûne, mais pas de pénitence. C’est notre pain quotidien. Petites et grandes misères à subir et endurer. Les nôtres, celles des autres. Patience et bonté à répétition. Pas besoin d’en rajouter. Sortir de soi : ne pas s’appesantir sur ce qui me fait mal sur ce qui me blesse.
Pour l’aumône, il y a bien sûr le carême-partage au 5e dimanche. Mais ça peut aussi être au quotidien. Par l’attention aux autres : mots d’encouragement, de réconfort, petits gestes d’entraide, de pardon, de réconciliation. Sortir de soi : penser aux autres, à ce qui peut faire du bien… Sans exiger, ni même attendre de retour.
Suivant la lettre de Paul aux Romains, on peut dire que la prière a sa source dans la Parole féconde à laquelle nous donnons notre foi. Elle se nourrit de cette Parole qui habite notre coeur et que proclament nos lèvres . Elle nous unit à Jésus, Fils et Parole de Dieu, en qui nos devenons enfants du même Père.
Comme celle des Hébreux qui offraient les prémices de leurs récoltes, notre prière est d’abord une profession de foi. Elle fait mémoire de l »oeuvre de Dieu qui, en Jésus, nous a libérés de l’esclavage du péché et de la mort. Comme eux, nous rendons grâce Dieu le Père de qui nous tenons tout ce que nous sommes et serons. Tout ce que nous avons et aurons.
Les mots du Notre Père disent tout de la prière de Jésus. Que ta volonté soit faite et non la mienne… Je remets ma vie entre tes mains… – Habités par son Esprit, que ces mots orientent et soutiennent notre prière. Pardonne-nous comme nous pardonnons… Sortir de soi : s’éveiller davantage à la présence de l’amour de Dieu qui est avec nous dans l’épreuve. Notre sûr abri, dans les mises à l’épreuve que subissent notre confiance et no-tre charité, dirait le Psaume 90. Nous abandonner à lui qui est généreux envers tous ceux qui l’invoquent, selon Paul aux Romains. Amen ! Qu’il en soit ainsi tout au long de notre route de carême !
F. Jean-Marc Perreault OP
Deutéronome 26,4-10 ; Psaume 90 ; Romains 10,8-13 ; (Matthieu 4,3) Luc 4,1-13