Nous faisons mémoire, en ce dimanche, de quelques paroles prononcées par Jésus pour ses disciples, quelques heures avant sa mort.
Prenez, et mangez-en tous. Ceci est mon corps, livré pour vous. Prenez et buvez-en tous, car ceci est la coupe de mon sang, le sang de l’alliance nouvelle et éternelle, qui sera versé pour vous et pour la multitude, en rémission des péchés.
Vous ferez cela en mémoire de moi.
Des paroles brèves, mais combien étonnantes.
Quel n’a dû être l’étonnement des disciples. Quelle ne devait être leur réticence à lui obéir.
Par ces mots, il leur annonçait sa mort. Il leur annonçait qu’elle allait être violente. Et il leur en donnait le sens. Elle allait être le sacrifice de sa vie, librement consenti, pour le pardon de tous les péchés de tous les temps.
Si bien que dans ce merveilleux sacrifice de communion qu’est l’eucharistie, notre communion au corps et au sang du Christ est notre communion au sacrifice qui a été offert pour nos péchés, une fois pour toutes, sur la croix. En les recevant, nous nous approprions le sacrifice. Il s’applique à nous personnellement, à nos péchés. Il devient sacrifice offert pour moi.
Nous avons fêté la Pentecôte il n’y a pas si longtemps. Nous faisons bien de nous le rappeler. C’est l’Esprit-Saint qui fait en sorte que le pain et le vin de nos eucharisties deviennent le corps et le sang du Christ ressuscité. Et c’est l’Esprit-Saint qui nous donne d’y croire.
C’est pour moi une grande consolation que de me rappeler que nous ne sommes pas seuls, catholiques, à y croire. Toutes les églises orthodoxes du monde croient avec nous en l’eucharistie comme l’accomplissement très exact des paroles de Jésus.
Un peu partout aujourd’hui dans l’église catholique, il y aura des processions eucharistiques. Aux États-Unis, encore une fois cette année, il y a des processions avec le Saint-Sacrement qui traverse des milliers de kilomètres. Je vous avoue que je suis plus à l’aise avec l’attitude orthodoxe par rapport au Saint-Sacrement. Pour eux, il est une affaire privée, parce que sacrée, une chose qu’on n’expose pas au grand jour, et surtout pas au regard de ceux qui ne savent pas de quoi il s’agit. Pour parler un langage biblique, c’est une perle qu’on ne doit pas jeter aux chiens. Comme toute chose privée, sacrée, on la tient cachée dans un tabernacle, lui-même caché dans l’équivalent de nos sacristies, derrière le grand mur qui sépare la nef du sanctuaire dans les églises orthodoxes. On ne le sort que pour apporter la communion aux malades. J’aime beaucoup plus cette façon de faire parce qu’elle honore le caractère sacré, justement, du Saint-Sacrement.
Mais nous nous sommes laissé aller à une espérance plus grande encore dans les églises qui croient en l’eucharistie et qui la vivent. Nous nous sommes laissé aller à l’espoir qu’en communiant régulièrement au corps et au sang du Christ, nous sommes assimilés progressivement à lui. Nous devenons progressivement des parties de lui, des reflets de lui, des incarnations du Christ. Je le dis avec hésitation parce que je ne trouve d’affirmation scripturaire de cette espérance, mais j’ose l’avancer parce que je sais qu’il y a des Pères de l’Église, tant orthodoxes que catholiques, qui en ont dit autant. Ils disent dans leurs homélies qui sont parvenues jusqu’à nous, qu’alors que lorsque nous mangeons d’autres aliments, les aliments deviennent une partie de nous, au contraire, lorsque nous communions au corps et au sang du Christ, c’est nous qui devenons ce que nous recevons. Quel bel espoir.
Enfin, puisque l’eucharistie est la plus belle, la plus excellente prière d’action-de-grâce dont nous disposons en Église, offrons-la aujourd’hui, si je peux dire, pour elle-même. Pour la merveille de l’eucharistie. Pour cette possibilité toujours offerte de recevoir, par notre communion eucharistique, le pardon de nos péchés. Pour l’espoir fondé qu’en communiant au corps et au sang du Christ, nous devenons peu à peu quelque chose du Christ, une part de sa présence au monde.
Pour cette communion, qui avec la table de la Parole qui nous est toujours offerte en même temps, est la manne des chrétiens, une nourriture pour l’esprit et le cœur qui maintient vivantes notre foi et notre espérance pour la durée de cet exil qu’est notre vie sur cette terre.
Pour tout cela, rendons grâce à Dieu.