‘’L’homme bon tire le bien du trésor de son cœur qui est bon; et l’homme mauvais tire le mal de son cœur qui est mauvais. Ce que dit la bouche, c’est ce qui déborde du cœur.’’
Les paroles de Jésus me paraissent justes, mais elles ne me paraissent pas aidantes, pour être franc. Parce que l’homme bon, s’il est franc, va avouer que ce qu’il y a en lui de bon est le fruit des dons de la nature et de la vie, et des grâces de Dieu dans sa vie. L’homme mauvais n’a pas visé lui non plus à être mauvais. Il ne s’est pas fait mauvais. Avec un peu de lucidité, il va découvrir un jour qu’il l’est devenu. Il n’y a que peu de blâme, me semble-t-il, pour l’homme mauvais, et peu de mérite chez l’homme bon. Tout comme on ne saurait louer le bon arbre de ce qu’il ne donne pas de fruit pourri, ou reprocher à l’arbre pourrissant de ne pas donner de bon fruit. On ne saurait reprocher aux épines de ne pas produire des figues, et on ne saurait reprocher aux ronces de ne pas produire des raisins.
Les observations de Jésus, tout comme celle de Ben Sirac le Sage, sont justes, mais pas aidantes, si l’objectif est de me motiver, moi qui les entends, à porter de bons fruits.
Ça me prend autre chose. Il faut d’abord que je croie qu’il y a quelque chose que je puisses faire pour produire de bons fruits, et il faut que j’aime et par conséquent que je veuille essayer de faire ce qui m’est proposé dans l’espoir de produire de bons fruits.
Or, il se trouve que je découvre, dans une petite phrase cachée dans la deuxième lecture d’aujourd’hui, tirée de la lettre de Paul aux Corinthiens, justement ce dont j’ai besoin.
‘’Prenez une part toujours plus active à l’œuvre du Seigneur, car dans le Seigneur, la peine que vous vous donnez n’est pas perdue.’’
Voilà ce que j’avais besoin d’entendre.
Tout d’abord, je trouve dans le fait que S. Paul nous en fait l’exhortation, la conviction que ce qui est exhorté est possible, puisque cela est exhorté. Voilà qui me sort de mon déterminisme habituel. Et ce à quoi nous sommes exhortés est si simple, si beau, tellement exactement, me semble-t-il, ce à quoi nous sommes appelés, pour ne pas dire destinés, en tant que ses disciples : à prendre une part toujours plus active à l’œuvre du Seigneur. Qui peut ne pas vouloir être une part de l’œuvre du Seigneur? Vivre en nos vies quelque chose de sa personne, de sa vie humaine, de son ministère, de sa présence au monde, de son sort en tant que Serviteur de Dieu. Cela, ça me mobilise. Ça m’excite, pour parler familièrement. C’est une chose dont je suis en mesure d’apprécier la beauté, quelque chose que je peux vouloir être, vouloir faire. Dès lors qu’il a gagné mon vouloir, mon consentement, je me dis que tout est possible à Dieu, œuvrant en moi. Je suis capable de m’affairer à chercher à prendre une part toujours plus active à l’œuvre du Seigneur, tout en croyant et en espérant fermement, même joyeusement, que c’est Dieu lui-même qui verra à ce qu’advienne en moi la part de l’œuvre du Seigneur qu’il a voulue pour moi de toute éternité.
Mon consentement, mon vouloir, c’est tout ce dont je suis capable, mais c’est tout ce dont Dieu a besoin. Il est bon de penser, de croire et d’espérer que par la grâce de Dieu, nous serons vraiment la part de l’œuvre du Seigneur que Dieu a voulue de nous.
Que par la grâce de Dieu, nous passerons de l’état d’arbre pourrissant, d’épines et de ronces à celui d’arbres fruitiers.
Puisse cela être, par la grâce de Dieu, notre espérance et notre réalité, toujours davantage, de jour en jour.