La mère de toutes les Églises

Paroisse Saint-Jean-Baptiste – Ottawa https://sjb-ottawa.org

Inaugurée il y a 1700 ans, la basilique du Latran, appelée mère de toutes les Églises, est la cathédrale du pape Léon, l’évêque de Rome.    En elle, nous célébrons la mission apostolique du successeur de Pierre de même que l’Église et son mystère.    L’Église, visible par son essor universel, invisible par sa vie cachée en Dieu avec le Christ.    Église que Dieu construit depuis la Pentecôte de Jérusalem.    L’Église dont nous connaissions la grandeur et les faiblesses.    Aimée, jusqu’à vouloir donner sa vie pour elle et sa mission, mais si vite méprisée. Église à la fois familière et étrangère.    Église qui nous rassemble, nous ressemble, nous dépasse, nous pousse, nous tire en avant.

Pour célébrer l’Église, la liturgie multiplie les images.    D’abord celle de la maison.    Selon le prophète, il en jaillit de l’eau du côté du soleil levant : un fleuve immense qui guérit tout et rend tout féconde.    Vient ensuite, en saint Jean, l’image fondatrice du temple purifié, sanctuaire du Dieu vivant, rebâti en trois jours : corps du Christ véritable soleil levant.    Enfin, l’épître de Paul évoque les membres de ce corps, l’édifice spirituel fondé sur le Ressuscité comme seule pierre d’assise. C’est le sanctuaire de Dieu que nous sommes, pierres vivantes, multiformes et multicolores, unies, cimentées par l’Esprit-Saint.

Tout ça dit l’Église.    Bien qu’elle distribue la Parole et l’eau du baptême, l’Église n’en est pas la source.    C’est la Pâque du Christ qui est source de vie éternelle.    Bien qu’il y ait en elle des pasteurs, elle n’est pas le pasteur.    C’est le Christ la rassemble, l’enseigne et la garde par sa Parole.    L’Église n’est pas le temple.    C’est le Ressuscité qui est sanctuaire et demeure de Dieu au cœur du monde, Dieu-avec-nous jusqu’à la fin des temps.    Elle n’est pas l’eau vive qui purifie et féconde.    C’est l’Esprit Saint qui est l’eau vive, intarissable, jaillie en nos cœurs.    Il nous habite, sanctifie et renouvelle : l’Esprit fait l’Église, il crie en elle vers le Père la prière du monde assoiffé de justice et de paix.

L’Église est Corps du Christ, vivant de sa vie, animé, rassemblé, tenu ensemble par l’Esprit Saint.    L’Église est donnée : envoyée, au monde, pour y porter la lumière du Ressuscité.    Elle grandit et s’affermit par l’annonce de son Évangile, en paroles et en actes.    En étant lieu de conversion, de renaissance, de transfiguration constante par la miséricorde infinie du Père, par l’Esprit qui l’habite.    Soit pour le service ou le pardon mutuel.    Soit pour la science, l’enseignement, la guérison.    Soit pour la patience, la confiance…    Paul souligne avec force aux chrétiens de Corinthe, le réalisme des images par lesquelles il définit l’Église.    Que chacun.ne prenne garde à sa façon de contribuer à la vie, à la construction de l’Église.

Que chacun.ne prenne garde… les mots de Paul sont durs.    — Reste encore une image que nous ne pouvons passer sous silence.    Elle est particulièrement importante au regard de ce que nous vivons ici en Église.    Le lieu familier de nos assemblées vidé, dévasté, méconnaissable.    L’Église de notre pays marquée par tant d’abandons et d’indifférence jusque chez nos proches.    — Nous venons de célébrer la Toussaint.    Dès les premiers mots, au tout début, la célébration du jour, fête de la basilique du Latran dédiée au Christ Sauveur, nous tourne vers l’À-venir.    Elle nous fait voir la Jérusalem nouvelle, l’Église tout parée pour le Christ son époux.    L’Église notre mère dans la foi, l’assemblée des saints, descend du ciel, d’auprès de Dieu.

En face de la mise en garde acérée de Paul, l’Église est un rappel incontournable.    Au-delà de nos efforts, de nos paresses, de nos erreurs, de nos péchés, de notre mort    même, Dieu bâtit le sanctuaire de ses grâces.    Rendons lui grâce avec le psaume 45 qui chante l’amour miséricordieux dont le Père nous entoure comme par les bras d’un fleuve.    En Jésus, il s’est montré notre refuge et notre force au cœur des détresses et misères du monde du monde.    Il veut accueillir tous ses enfants, hommes et femmes de bonne volonté, que l’Esprit aura marqués de son sceau.    Nous qui prenons déjà part au festin des noces de l’Agneau, prions encore pour que nous puissions témoigner de la lumière qui guide notre vie.

F.    Jean-Marc Perreault O.P.


Ézéchiel 47,1-2.8-9.12 ; Psaume 45 ; 1 Corinthiens 3,9c-11.16-17 (2 Chroniques 7,16) Jean 2,13-22