Le carême a été bâti pour préparer les catéchumènes. On y accompagne encore ceux et celles qui seront baptisés dans la nuit de Pâques. Quel que soit notre âge, il nous envoie à notre propre baptême pour en ressaisir, en redresser l’engagement.
Vous avez vu que chaque année, les deux premiers dimanches sont pareils. Le 1er nous pousse au désert avec Jésus. Il nous met à l’épreuve pour refaire le choix décisif de notre vocation d’enfant de Dieu. Le 2e nous donne, sur la montagne avec les apôtres, un avant-gout de la transfiguration promise par notre communion avec le Christ.
Les trois autres montrent comment le baptême initie le processus de renouveau qui rend conforme au Bienaimé de Dieu. La tradition privilégie trois rencontres avec le Sauveur, rapportées dans Jn. Celle de l’insatiable samaritaine à qui il offre l’eau vive de l’Esprit. Celle de l’aveugle-né qu’il illumine. Celle de Lazare qu’il délie de la mort.
La liturgie de ce matin va dans le même sens. Elle illustre aussi le chemin de transfiguration où nous inscrit le baptême. Ce dimanche en parle d’abord en termes de conversion. À cause de multiples infidélités. Les nôtres, celles du peuple et de ses prêtres qui profanent l’Église de Dieu, le Corps du Christ, et discréditent la Parole.
Nos déboires dépendent de nous. Libérés des liens du mal, nous nous faisons facilement esclaves de nos convoitises. D’où, les bonnes oeuvres omises, suggère Ép. Les agir ténébreux et la peur de se voir en pleine lumière, dit Jn. L’imitation des manières orgueilleuses, cupides et lubriques du monde sans Dieu, reproche 1Ch.
Unanimes, Ch, Ép et Jn révèlent cependant la source de transformation de nos vies. Impossible de se tromper. D’un bout à l’autre, il est question de compassion, de miséricorde, d’amour surabondant, de bonté. Par deux fois, Ép proclame : c’est par grâce, gratis, que vous êtes sauvés. Et Jn, par deux fois aussi, que Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique.
Le carême ramène au baptême. C’est principalement du don de Dieu qu’il s’agit. Du don universel dans les âges futurs et dans l’espace. Don qui libère, qui rend à la vie, qui rend à la joie. Don pour lequel on ne peut trop remercier le Père. Il nous a aimés quand nous n’étions pas aimables à cause de nos péchés. Il nous ressuscite avec le Christ.
Baptême et conversion vont toujours de paire, tant pour les nouveaux que pour les vieux baptisés comme nous. Il s’agit toujours de croire en Dieu qui nous aime d’un amour inconditionnel et infini. En quelques lignes Jn y revient cinq fois : être sauvé, être éternellement et parfaitement vivant, par le moyen de la foi.
L’Évangile a maintes façons de dire la foi qui sauve. Faire confiance. Espérer contre toute apparence. Tenir ferme. Marcher comme en voyant l’invisible. Jn propose un autre synonyme : venir à la lumière. Faire la vérité, dans les deux sens : celui d’être vrai, celui d’être fidèle.
Se laisser prendre, guider, questionner par l’amour de Dieu. Ne pas avoir peur que soit démasqué le mal, le péché en nous. Manques d’amour, en paroles et en gestes, indifférences. Accueillir humblement le don, le pardon du Père. Vivre en paix et, autant que possible, joyeux. Pour qu’on voie bien que ce qui se passe en nous est l’oeuvre de Dieu, de sa miséricorde et de notre communion avec lui.
Nous avons la confiance fragile. Si la foi tient à nous, elle peut s’égarer. Prêter à Dieu qui est richesse surabondante d’amour gratuit des mouvements contradictoires. Colère, vengeance, volonté de punir: toutes choses très humaines. Mieux vaut s’en tenir à ce que Jésus montre du Père sur la croix. Ne pas perdre le souvenir de ce qu’il dit de lui et de nous. Dieu a donné son Fils, non pour condamner, mais pour sauver. Voilà la foi qui nous sauve. C’est par grâce que nous sommes sauvés. C’est Dieu qui rend juste : sa justice seule peut nous ajuster à lui. Tout est grâce, jusqu’à nos pauvretés et misères !
Fr. Jean-Marc Perreault O.P.
1Chroniques 36,14-16.19-23 ; Psaume 136 ; Ephésiens 2,4-10 ; Jean 3,4-21