Accouche qu’on baptise !

Paroisse Saint-Jean-Baptiste – Ottawa https://sjb-ottawa.org

« Bonjour, vous avez demandé Service Canada, ne quittez pas, un agent va vous répondre. Votre appel est important pour nous » (à répéter deux fois). Nous connaissons tous ces temps d’attente interminables au téléphone quand nous avons un problème administratif à régler : une attente qui n’en finit pas, et plus nous attendons, plus nous sentons la tension monter en nous. Deux réactions possibles : la réaction du français moyen qui va se défouler sur l’agent en le rendant responsable du temps d’attente, celle du québécois qui est plus courtois, plus patient et qui reste calme malgré le temps perdu. Les plus stoïques pourraient dire : « Tout arrive à qui sait attendre ». 

Il y a des attentes anxiogènes, qui provoquent agacement et colère, il y a des attentes impatientes, comme celles des enfants qui attendent leur cadeau de Noël au pied du sapin. Il y a des attentes terrifiantes, comme celle des parents qui attendent l’avis du médecin au chevet de leur enfant. Il y a des attentes heureuses, comme celles des parents qui attendent la naissance de leur premier enfant, ou celle des amoureux qui s’unissent au soir de leurs noces. 

Il y a aussi des attentes vides de sens. Nous pouvons passer notre vie à attendre. Petit, on attend d’être grand. Une fois étudiant, on attend le samedi soir pour faire la fête, on attend aussi la fin des études pour en finir avec les examens, on attend d’avoir un travail. Quand enfin on travaille, on attend la fin de semaine pour faire la fête ou se reposer, on attend la fin du mois pour avoir son salaire, on attend la retraite pour enfin en profiter. Une fois retraité, on attend pour finalement mourir.

L’Avent est un temps d’attente. Les juifs ont attendu le Messie. Ils l’attendent toujours d’ailleurs. Et nous, les chrétiens, nous attendons encore et encore, cet Avent qui revient chaque année. Cette attente pourrait paraître vide de sens, car nous attendons un Messie qui est déjà venu. Cette attente pourrait être anxiogène et terrifiante, pour ceux qui prédisent chaque année la fin du monde. Mais à la manière de Jean-Baptiste, il pourrait bien s’agir d’une attente heureuse. 

Saviez-vous que Jean-Baptiste était Québécois ? Ce qu’il criait dans le désert, c’est un proverbe québécois bien connu et très théologique : « Accouche qu’on baptise ! » Accouche qu’on baptise, voilà la clé de l’attente heureuse du chrétien.

Nous attendons un accouchement. Celui de Marie dans la nuit de Noël : « Au milieu de la nuit, un cri s’est fait entendre ». Nous attendons un accouchement, celui de Dieu qui vient, Dieu qui visite l’humanité. Dieu est infini, Dieu est immortel. L’homme est fini, l’homme est mortel. Dieu est autre que nous, c’est pourquoi la rencontre est impossible si Dieu ne vient pas à nous. Il vient à notre rencontre en Jésus. Dieu vient à l’homme et l’homme attend Dieu qui visite son peuple. Dieu est venu à l’humanité la nuit de Noël comme il vient chaque jour en nos cœurs pour s’incarner dans nos vies. Dieu nous visite à chaque instant, il accouche dans nos cœurs, c’est pourquoi nous devons préparer nos cœurs à sa venue. 

Accouche qu’on baptise. L’accouchement débouche sur un baptême, le baptême de conversion de Jean-Baptiste et le baptême dans l’eau et l’Esprit de Jésus. Durant l’attente, le chrétien ne se tourne pas les pouces. Il se prépare à la rencontre. Il y a donc une attitude chrétienne de l’attente. 

Jean-Baptiste nous montre le chemin, un chemin rempli d’humilité où il s’efface pour laisser la place à celui qu’il attend. Il est le fils du prêtre Zacharie, il est d’une famille sacerdotale. Selon la loi de Moïse, il est donc prêtre. Selon la tradition, il devrait porter un vêtement délicat, mais il s’habille « comme la chienne à Jacques » (comme diraient les québécois), comme les hommes du désert avec un manteau en poils de chameau. Comme prêtre, selon la coutume, il a droit aux meilleurs morceaux de viande provenant des sacrifices de communion offerts au Temple par les fidèles. Mais non, il mange des sauterelles comme on le fait en temps de famine. Jean-Baptiste montre ici qu’il ne croit plus dans les sacrifices. Il sait que les sacrifices n’ont aucun effet sur les péchés. Il marque ainsi une rupture radicale. Ce qu’il annonce par un cri dans le désert, c’est le baptême de conversion, l’appel à changer son cœur de pierre en cœur de chair pour en finir avec le mal, la méchanceté, l’hypocrisie et tout ce qui s’en suit. À son exemple, nous sommes invités à convertir nos cœurs pour que nous devenions de véritables témoins de Dieu dans le désert du monde. C’est aux chrétiens de faire voir le salut de Dieu à tous les hommes, et c’est ainsi que « Tout homme verra le salut de Dieu » par le témoignage des chrétiens, des saintes et des saints, des baptisés qui œuvrent dans le monde, qui crient dans le désert des cœurs qui ne connaissent pas Dieu. Il y en a des ravins d’ignorance à combler, il y en a des montagnes d’orgueil à abaisser, il y en a des vies tortueuses à consoler pour que Dieu soit accueilli dans tous les cœurs. 

Le chrétien n’attend donc pas pour rien : il sait ce qu’il attend, le salut, il sait qui il attend, le Sauveur. Quand vous appelez Service Canada, vous ne savez pas qui va vous répondre. Le chrétien, lui, sait très bien qui il attend, il attend une personne, le Christ, et il l’attend à chaque instant, pas uniquement durant le temps de l’Avent. Et ce temps d’attente est déjà rempli de la présence du sauveur qui est déjà venu « et qui revient encore pour nous sauver ». Le chrétien sait qu’il est déjà sauvé par le baptême, mais il sait qu’il doit toujours accueillir ce salut. Se savoir déjà sauvé donne un sens à notre attente.

Un scientifique a fait une expérience avec des rats. Il a mis des rats dans des verres remplis d’eau et il les a fait nager jusqu’à épuisement. Il s’est aperçu que les rats pouvaient nager 15 minutes la tête hors de l’eau, jusqu’à ce qu’ils renoncent et qu’ils finissent par se noyer. Il a refait la même expérience, mais au bout de 15 minutes, il retira le rat au moment même où il coulait au fond de l’eau. Leur laissant le temps de reprendre la respiration, il les replongea dans les verres d’eau. Savez-vous combien de temps les rats pouvaient nager ? 60 heures !

Qu’est-ce que cela signifie ? Quand on sait que l’on va être sauvé, on décuple nos forces (dans les passages tortueux de nos vies), on résiste à la chaleur du désert (sur les chemins rocailleux du désert de nos vies), on se bat pour sortir la tête hors de l’eau. Mais parce que nous avons été plongés dans l’eau du baptême, nous savons que notre Sauveur viendra pour nous prendre et nous sortir de l’eau. 

Jean-Baptiste attend son Seigneur comme un malade attend la visite du docteur. Il sait qu’il va venir pour le guérir, pour le sauver. Les chrétiens attendent leur Sauveur comme une épouse attend son époux au soir de leurs noces, dans l’impatience d’un amour passionné qui ne peut plus attendre pour féconder le monde, dans l’espérance du salut déjà donné et encore à accueillir. Qu’attendons-nous pour nous mettre en chemin ? 

Bonjour, vous avez demandé le Sauveur, ne quittez pas, il vient. Votre appel est important pour nous.

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