Fête de la dédicace de la Basilique du Latran

Paroisse Saint-Jean-Baptiste – Ottawa https://sjb-ottawa.org

Consacrés à Dieu, par Dieu et pour Dieu

Nous célébrons, ce jour, la dédicace de la basilique saint Jean du Latran. C’est la première église du genre, bâtie en 320. Elle est l’église du diocèse de Rome, de l’évêque. À cause de Pierre qui, dans le pape, est le gage d’unité de la catholicité et de la mission de l’Église universelle, cette basilique, en tant qu’église, fédère toutes les églises particulières, dans une perspective de communion.

Dédier une chose à Dieu c’est la lui consacrer. C’est la mettre à part pour le Seigneur. C’est dire que désormais la chose est faite pour Dieu et qu’elle Lui appartient. La dédicace c’est la consécration. Cependant, le Premier consécrateur est Dieu Lui-même. Nous Lui dédions nos maisons, nos églises, nos basiliques et tout nous-mêmes parce que Lui, le Premier, nous a choisis et mis à part pour Lui. De tout l’univers visible et invisible, Dieu nous a mis à part pour Lui, en nous créant à son image et à sa ressemblance (cf. Gn 1, 26-27). Beaucoup plus que les anges, Dieu nous a mis à part. « A voir ton ciel, ouvrage de tes doigts, la lune et les étoiles que tu fixas, 05qu’est-ce que l’homme pour que tu penses à lui, le fils d’un homme, que tu en prennes souci ? 06Tu l’as voulu un peu moindre qu’un dieu, le couronnant de gloire et d’honneur…» (Ps 8, 4-6 LIT)

La dédicace appelle et suppose notre dédicace, notre consécration personnelle. Nos maisons, nos avoirs, nos biens personnels, matériels ou spirituels, tout ce qui nous appartient sans exception doit être consacré à Dieu. Beaucoup de personnes font des consécrations à Dieu, au Cœur sacré de Jésus, au Cœur immaculé de Marie, etc. Comme dit le psalmiste, si le Seigneur ne bâtit la maison, en vain peinent les bâtisseurs (cf. Ps 127(126), 1).

Nous sommes les vrais basiliques

Nous sommes, comme dit Paul, la maison que Dieu construit (cf. 1 Co 3, 9). Cette affirmation me rappelle Robert Leblond, un des membres de notre conseil de pastorale paroissiale.

En effet, les frères dominicains avaient vendu leur couvent, avec l’église de Saint-Jean-le Baptiste qui y était attachée. C’était une église belle, priante et apaisante. Mais, le nouveau propriétaire du terrain l’avait détruite pour en faire une salle multifonctionnelle. Alors, certains paroissiens se lamentaient à propos disant : qu’elle était belle, l’église de Saint Jean-Baptiste. Mais, on l’a détruite. Robert Leblond répondit alors : Non, l’église Saint Jean Baptiste n’est pas détruite. Elle est là !

Nous sommes-là ! Nous sommes les vraies basiliques, cathédrales, paroisses, temples ou sanctuaires. Ce sont les chrétiens qui font l’édifice de l’église. Ce n’est pas l’édifice qui fait les chrétiens. On peut être chrétiens sans église-édifice. Car ce sont les chrétiens qui donnent sens au aux bâtisses. Mais, on ne saurait être église-édifice sans les chrétiens. La richesse ou la pauvreté, la force ou la faiblesse d’une église-édifice dépend de ses membres. L’édifice n’est que le signe de la communauté chrétienne. Qu’une église soit en or, en marbres, en argent ou en diamant et peut même être déclarée patrimoine mondial ou national. Là n’est pas l’important. C’est commode d’avoir un lieu de prière. Mais, le vrai lieu, la vraie église en marbre, en or, en argent ou en diamant ce sont les chrétiens. Nous sommes les vrais patrimoines du Ciel, des patrimoines sacrés.

L’humanité : un chantier divin en construction et reconstruction

L’humanité est comme un chantier divin en construction et en reconstruction, jusqu’à ce que nous puissions parvenir à l’humanité parfaite et intégrale. Ce chantier finira au Ciel, dans la gloire, par la sainteté complète. Pour cette construction, Dieu le Père est le Propriétaire à qui appartient la construction. Le Christ est notre Grand Architecte. Il nous bâtit, Il nous redonne la stature de l’Être humain parfait, créé à son image et à sa ressemblance (cf. Gn 1, 26-27). Il nous restaure en Lui, suivant que la première maison, que le premier être fut corrompu et même détruit par le péché. Nous sommes appelés à présenter au Seigneur, le Grand Constructeur des temples spirituels que nous sommes, les côtés fissurés, les mauvaises fondations de nos vies afin qu’Il les relève. L’Esprit Saint, dans la construction, nous aide à nous transformer, à nous sanctifier.

Appel à la conversion permanente pour la sainteté

Au fond, la dédicace doit nous rappeler, à chaque fois, notre baptême par lequel nous devenons des christiens, des consacrés, des mis à part pour Dieu. Elle nous appelle à la conversion permanente en vue de ma sainteté. Notre construction commence par notre conversion, notre foi, espérance et amour dans le Christ, la Pierre angulaire. Elle s’achèvera au Ciel, dans la gloire, par notre sainteté. Nous devons nous présenter à Lui, afin qu’Il nous purifie de la manière avec laquelle Il purifie le Temple. Qu’Il nous purifie par sa Parole de Vérité et par les sacrements.

Le prophète Ezéchiel parle de l’eau abondante dans le Temple avec, les arbres fruitiers dont le feuillage est un remède médicinal (cf. Éz 47, 12). Il faudrait y voir, ici, les sacrements de construction et de sanctification du Temple spirituel, de la Maison spirituelle que nous sommes et que Dieu construit. L’eau du baptême aide à la construction du temple spirituel que nous sommes. La confirmation permet à la maison de respirer l’air, l’oxygène de l’Esprit Saint, le souffle de Dieu. La communion nourrit la construction en y pourvoyant tout ce qui y manque. La confession et le sacrement des malades sont des sacrements de maintenance de la maison, quand il y a fissure ou cassure. Dieu soigne les parties malades, les briques vivantes malades par le sacrement des malades. Le sacrement de mariage et de l’Ordre nous donne de voir ceux qui sont au service de cette maison.

Aller en aide aux églises, aux temples spirituels

Il est dit qu’à saint François d’Assise, Dieu dit : « François, relève mon église qui tombe. » Comme collaborateurs ou coopérateurs de Dieu (cf. 1 Co 3, 9), nous sommes appelés à œuvrer pour la construction de l’Église en chantier, en ses pierres matérielles qu’en ses pierres vivantes. La meilleure manière de construire les pierres physiques est de construire les pierres vivantes que sont les personnes, surtout les pauvres, les marginaux, ceux et celles qui sont loin du Seigneur, et qui ne le connaissent pas encore. En effet, dans la première prière d’ouverture de la fête de ce jour, il est dit : « Seigneur Dieu, tu bâtis la demeure éternelle de ta gloire avec des pierres vivantes et choisies ; fais abonder dans ton Église cet esprit de grâce que tu lui as donné : que le peuple de tes fidèles ne cesse de grandir pour que s’édifie la Jérusalem céleste (*). »

Aider un pauvre à se relever c’est construire la Maison du Seigneur, c’est construire son Royaume. Prêcher à une personne, prier pour elle afin que Dieu touche son cœur et la ramène à la Maison c’est construire le Royaume, l’Église de Dieu. Nous avons besoin de ramener au Seigneur beaucoup d’autres personnes, d’autres temples spirituels qui ne Lui sont pas encore consacrés. La Maison de Dieu, son Sanctuaire est encore en chantier. Il manque beaucoup d’autres pierres vivantes pour sa construction totale. Par nos prières, nos paroles et nos actes, faisons entrer dans la construction tous ceux et celles qui sont encore en dehors.
Si les naissances peuvent faire entrer de nouvelles personnes à la construction, la mort fait partir physiquement certaines autres. Elle fait que certaines briques de constructions vieillissent et tombent, jusqu’à ce que le Christ ressuscite leurs corps et les restaure à la construction finale. Nous devons prier pour ces pierres décédées physiquement et absente de la construction.

Comment construisons-nous ?

Saint Paul, en grand architecte de la mission écrit : « Selon la grâce que Dieu m’a donnée, moi, comme un bon architecte, j’ai posé la pierre de fondation. Un autre construit dessus. Mais que chacun prenne garde à la façon dont il contribue à la construction. » (1 Co 3, 10) À son exemple, construisons bien nos maisons, nos églises, nos paroisses, nos sanctuaires. Évitons que les infrastructures que nous construisons deviennent des tombeaux, des cimetières face aux vents, aux tempêtes, aux éboulements de terrains et à bien d’autres intempéries. Évitons le désordre urbain. Construisons suivant les normes du génie civil. Car ceux et celles qui viendront y vivre sont des enfants de Dieu.

Au niveau urbain, on voit davantage comment les pouvoirs publics détruisent, sans indemnités ni dédommagements, les villages, les lieux de marchés ou d’habitation. Ils mettent ainsi des milliers de personnes sans abri, sans emploi. Permettons aussi aux pauvres de vivre et d’exister. N’exproprions pas leurs propriétés pour les vendre aux multinationales.

La terre est comme un sanctuaire, une maison dont le toit est le ciel. C’est la maison commune pour tous et pour toutes. Ce n’est pas normal qu’il y ait des sans-abris, des personnes qui n’ont où vivre, ni habiter. Tuer une personne, c’est tuer le sanctuaire de Dieu. L’affamer, la faire souffrir, la torturer c’est affamer le sanctuaire de Dieu, le faire souffrir ou le torturer. C’est pourquoi saint Paul écrit : Quiconque détruit la maison de Dieu qu’est le pauvre, Dieu le détruira aussi (cf. 1 Co 3, 17). À moins qu’il se convertisse.


Ezéchiel 47, 1-2.8-9.12 ou 1 Co 3, 9c-11.16-17; Ps 45 (46) ; Jn 2, 13-22
* Missel Romain, Paris, Desclée-Mame, 2021, p. 203.