Le Dieu des défunts et les défunts de Dieu

Paroisse Saint-Jean-Baptiste – Ottawa https://sjb-ottawa.org

Donne-leur, Seigneur, le repos éternel

Nous commémorons, ce jour, tous les fidèles défunts du Christ. Ceux et celles qui nous ont devancé dans l’autre monde, dans le monde invisible aux humains, dans l’Au-delà de Dieu. Certains des fidèles défunts étaient avec nous. C’étaient nos parents, nos frères, nos sœurs, nos enfants, nos amis, nos ennemis, nos époux, nos épouses. Ils ont partagé notre vie. Nous avons fait un bout de chemin ensemble, nous avons servi ensemble. Gardons un moment de silence pour leur mémoire et puis, après, disons : donne-leur, Seigneur, le Repos, le Sabbat éternel. Que la Lumière sans fin brille sur eux et qu’ils reposent en paix.

On commémore la Vie éternelle du Christ, le Défunt par excellence

En commémorant les fidèles défunts, ce n’est pas la mort ou leur mort qu’on commémore, comme telle. Quand on voit les défunts, on pense à la mort. Non. On commémore la Vie éternelle du Christ. Ils sont morts, certes, mais ils sont dans le Christ vivant. On commémore le Christ, le Défunt par excellence qui s’est fait péché pour nous sauver, qui a accepté de mourir pour nous sauver, qui a pris notre mort pour nous donner la Vie. Le Christ est le Fidèle défunt, non pas parce qu’Il a péché, mais parce qu’on l’a compté parmi les pécheurs.

Les défunts de Dieu

Certes, l’ambiance et l’atmosphère du monde est aujourd’hui mortifère. C’est une véritable nécropole. Il y a de la mort partout, alimentée par la pauvreté et la misère, les guerres et les violences multiples. Notre monde est habité par la mort. La guerre provoquée par les puissances de la mort entre l’Ukraine et la Russie a déjà fait plus d’un million de morts, dans les deux pays. Au Congo démocratique depuis plus de vingt ans, la guerre a déjà coûté plus de 10 millions de morts. Au Soudan, qui est une guerre oubliée, on ne compte plus les morts. Il suffit de dire le nombre tué récemment et en quelques jours, environ 5000 personnes, pour deviner les autres victimes de cette guerre fratricide depuis plus de dix ans. C’est un génocide oublié, mais planifié et organisé et financé.

Au Cameroun, la guerre civile dans les zones anglophones ont fait plus de 20000 morts. Ceci, sans compter les victimes de Boko Haram au Nord et à l’extrême Nord du Cameroun. L’Irak, on le sait, est un cimetière depuis 2003, lors de l’invasion de Georges Bush Junior. L’Irak n’est plus une terre de vie. Il est un cimetière quotidien. Je nous épargne la Syrie, le Liban, le Yémen, Gaza, la Lybie, le Tchad, le Nigéria avec la secte islamiste Boko Haram, les Etats du Sahel (Mali, Burkina Faso et Niger) qui lutte et saigne contre les terroristes. Toutes ces morts nous concernent. Car, quand il y a une larme de deuil quelque part, c’est tout le corps humain qui est en deuil.

Les défunts sont les défunts de Dieu. Paul, dans sa lettre aux Romains dit que si nous vivons, nous vivons pour le Seigneur et que si nous mourons, nous mourons pour le Seigneur. Selon qu’on soit vivant ou morts, nous appartenons donc au Seigneur.

Le Dieu des défunts

Dieu est le Dieu des défunts. Dieu ne nous a pas créés pour nous perdre. Il ne nous a pas créés pour la mort et le deuil. C’est pourquoi Il nous a envoyés son Fils, Jésus Christ, pour prendre notre chair de péché et de mort, prendre notre deuil et essuyer nos larmes. Pour le faire, Il est allé jusqu’au fond du trou. Malgré la venue du péché avec sa conséquence qu’est la mort, Dieu n’a pas abandonné ses créatures au péché, au deuil et la mort et à l’auteur de la mort, Satan. Malgré l’ampleur des décès, la puissance vitale que le Christ nous donne est surabondante. Elle surpasse de loin la puissance de la mort sur nous.

En Jésus, Il nous a offert un grand cadeau, le cadeau de la résurrection et de la vie. Ce cadeau contient la miséricorde. Il est le cadeau de la justification. La mort n’a plus la clé fermée. Sinon, le Christ l’a déverrouillée par la puissance de sa résurrection, afin que tous ceux qui sont morts suivent le Christ dans la Vie et sa résurrection bienheureuse. Il est le cadeau que Dieu n’ait jamais donné à l’humanité.

On peut comprendre pourquoi, reprenant Jn 6, 37-40, Grégoire de Nazianze dit: « Quel est autour de moi, ce mystère? Je suis petit et grand, humble et élevé, mortel et immortel, terrestre et céleste, mortel et immortel, terrestre et céleste. Il faut que je sois enseveli avec le Christ, que je ressuscite avec le Christ, que j’hérite avec Lui, que je devienne fils de Dieu et Dieu même (*). »

Les infidèles défunts

Nous parlons des fidèles défunts, ceux et celles qui sont morts étant fidèles au Christ. Mais, il y a aussi les infidèles défunts, les infidèles qui sont décédés. Nous devons aussi prier pour eux; Leur sort est entre les mains de Dieu. C’est pourquoi, dans la prière eucharistique II, l’Eglise prie disant: « Souviens-toi de nos frères et soeurs qui se sont endormis dans l’espérance de la résurrection. » En fait, c’est chaque jour que l’Église prie pour les fidèles défunts. En ce jour, 2 novembre, elle a voulu seulement solleniser et rendre cela spécifique. Après les frères et soeurs endormis dans l’espérance du Christ, l’Eglise ajoute: « Souviens-toi, dans ta miséricorde, de tous les défunts ». Tous les défunts connus ou inconnus, qu’ils aient été fidèles ou pas, croyants ou pas. Enfin, pour les frères et sœurs endormis dans l’espérance de la résurrection que pour tout autre défunt, la prière s’achève par: « Accueille-les dans la lumière de ton visage ».

Ce n’est pas à nous de donner la sentence de la vie éternelle, la sentence de qui ira au ciel ou pas. Même si la personne était, apparemment, une infidèle, une incroyante, une athée, ce n’est pas à nous de prononcer le jugement. On peut juger sa vie morale, bonne ou mauvaise, mais pas sa fin en Dieu. Dieu a certains canons d’appréciation et de salut qui dépassent ce que nous pouvons connaître. Prions seulement pour les défunts fidèles ou « infidèles » du Christ et de l’Eglise. Il est rapporté qu’une dame dont le mari s’était suicidé, en se jetant du haut du pont d’un cours d’eau, vint voir le curé d’Ars toute angoissée et convaincue que son mari était enfer pour avoir commis cet acte. Le curé d’Ars, éclairé par une lumière intérieure du Saint Esprit lui dit de ne plus s’angoisser, parce que son mari est au ciel. Entre le saut du pont et son suicide, lui disait-il, beaucoup de choses s’étaient passées entre lui et Dieu.

Prions seulement pour les défunts fidèles ou « infidèles » du Christ et de l’Eglise. Beaucoup de choses se passent entre Dieu et nous au moment de la mort. C’est comme s’il y avait une visitation mystérieuse de la grâce et du salut de Dieu. Cela se voit avec le Bon Larron sur la croix. Lui qu’on considérait larron, bandit perdu, a confessé le Christ et fut le premier à entrer au ciel avec Lui. Prions seulement pour les défunts fidèles ou « infidèles » du Christ et de l’Eglise.

Devoir de Vie et d’intercession

Cette commémoration nous rappelle notre devoir d’intercession dans ce merveilleux et bel échange qui existe entre l’Eglise du ciel, celle du purgatoire et celle de la terre. Les défunts ne peuvent rien pour eux-mêmes, mais ils peuvent beaucoup pour nous. Quant à nous, nous pouvons beaucoup pour eux et pour nous.

Cependant, pour commémorer les fidèles ou les « infidèles » défunts, il nous faut nous-mêmes avoir la vie, pas seulement la vie biologique mortelle, mais la vie de Jésus Christ, Seigneur et Sauveur. Pour vivre à jamais, nous sommes à jamais condamnés à suivre le chemin de la Vie, le chemin de la victoire du Christ. On combat la mort par la foi en Jésus Christ. Il a dit être la résurrection et la vie et que toute personne qui croit en Lui sera sauvé, même si elle meurt (cf. Jn 11, 25-26). Pour avoir la Vie du Christ, il nous faut croire en Lui, L’espérer et L’aimer.

Et comme c’est une fête de la Vie, nous sommes appelés à combattre toutes les structures de la mort dans notre monde : la pauvreté et la misère, les guerres, les pouvoirs politiques, économiques et sociaux qui tuent. Nous devons combattre les avortements, les injustices sociales. Bref, nous devons combattre tout ce qui peut conduire à la clinique. En effet, pour espérer la Vie éternelle, nous devons offrir la vie terrestre et la défendre contre toutes formes d’aliénation et d’oppression. Hommage aux soignants, aux pharmaciens de la vie, aux laborantins de la Vie, aux artisans de la vie et de la charité humaine sous toutes ses formes. Notre vie mortelle doit nous conduire à la Vie éternelle.

Prière de Vie

Que le Dieu de Vie te donne la Vie, si tu es mort ou es en train de mourir ! Que le Dieu de Vie te console si tu es endeuillé, si tu as perdu un ou des êtres chers. Que la Lumière sans fin brille sur les défunts. Confions au Seigneur tous les malades et tous les mourants. Nous-mêmes, avant d’implorer ou d’invoquer la Vie sur les autres, invoquant d’abord sur nous.


* Grégoire de Nazianze, Homélie 7, 24, in Grégoire de Nazianze. Panégyriques de Césaire et de Basile, éditions F. Boulanger, HemmerLejay, 1908, p. 50.