Ma première assignation, après mes études à Ottawa, fut le couvent de Québec. Il y avait alors beaucoup de frères coopérateurs, c’est-à-dire des frères non-prêtres, dans notre Province dominicaine du Canada.
L’un d’eux, assez âgé, voyant que j’arrivais, tout frais émoulu, de notre couvent d’études, voulut parfaire ma formation de jeune prêtre et il me donna un avis. Je le cite :
« Mon jeune père, si vous désirez aller au ciel, il vous faut deux dévotions : l’une à la Trinité du ciel – le Père, le Fils et le Saint Esprit – et l’autre à la trinité de la terre : Jésus, Marie et Joseph. »
Je vous avoue que ce vieux frère coopérateur ne m’a pas convaincu de m’intéresser beaucoup à cette trinité de la terre, en somme à la Sainte Famille, que nous fêtons aujourd’hui.
Le problème, pour moi, c’était la grande différence entre la sainte famille et nos familles humaines. D’une part, Jésus et Marie étaient sans péché, et Joseph avait peut-être commis quelques péchés véniels, mais il était quand même un grand saint. De fait, Jésus, Marie et Joseph ont beaucoup aidé les croyants dans leur relation avec Dieu, Providence et Trinité.
D’autre part, un grand nombre, hélas !, de nos familles catholiques ont été médiocres ou violentes, et leurs enfants ont découvert, une fois devenus adultes, qu’ils avaient subi bien des blessures. C’est pourquoi un grand nombre d’entre eux ont eu recours à du counselling ou à une thérapie.
Notons que François Mauriac, un grand écrivain catholique, un homme de foi et d’engagement social, avait écrit un roman dont le titre est « Le nœud de vipères ». Ce sont de telles vipères qui, à des degrés divers, ont causé – et causent encore – des séparations et des divorces. Des statisticiens ont prouvé qu’il y a au moins 40% de couples séparés ou divorcés, dans les pays occidentaux ; et des amis africains m’ont appris récemment que cette tendance, pas encore aussi grave, atteint également leurs pays.
Toutefois il faut reconnaître honnêtement que chez les religieux et religieuses, il y a aussi bien des erreurs, tant spirituelles que psychologiques, qui causent des souffrances pour eux-mêmes et pour leurs frères et sœurs dans leurs communautés. On ne doit pourtant pas s’en étonner, puisque ces communautés sont des rassemblements de pécheurs, qui à certains moments accueillent la grâce de Dieu, et à d’autres moments n’y coopèrent pas.
À cet égard, il me semble qu’il est sage d’éviter deux écueils. La première erreur est de réduire tous les problèmes conjugaux à leur dimension psychologique. La deuxième erreur est de tout ramener à la dimension religieuse, bien souvent de façon moralisatrice. Il y a beaucoup de gens qui ne veulent rien savoir de la religion, et beaucoup d’autres qui rejettent l’apport que la psychologie peut offrir.
Nous avons donc besoin de l’Esprit Saint pour nous éclairer et nous aider à sortir de nos aveuglements.
En ce dernier jour de l’année 2023, rendons grâce à Dieu pour tout ce que nous avons reçu de notre parenté, qui inclut d’ailleurs non seulement nos parents, nos frères et sœurs, mais aussi nos grands-parents et nos oncles et tantes, ainsi que nos cousins.
Pardonnons-nous les uns aux autres et préparons-nous à commencer une nouvelle année dans l’espérance.
Louis Roy, OP