Adventus : ce qui advient, ce qui va venir, ce qui est à-venir.
Un temps d’espérance, dont l’objet est quelque chose ou quelqu’un qui n’est pas advenu, c’est-à-dire qui n’est pas arrivé.
Nous pensons au retour du Christ en gloire à la fin de l’histoire humaine telle que nous la connaissons. Ce sera alors le début d’une nouvelle histoire, où l’humanité et le cosmos seront transfigurés.
C’est ce que les juifs, dont Jésus, attendaient et appelaient le Règne de Dieu ou le Royaume de Dieu.
Il s’agit ici de la grande espérance, l’espérance éternelle, à distinguer de nos espérances temporelles ou, si l’on veut, de nos espoirs.
Nous attendons les derniers temps, mais, d’une certaine façon, ces derniers temps ont pourtant commencé. Il s’agit d’un « pas encore » et d’un « déjà ».
Une définition. Saint Thomas d’Aquin définit la vertu d’espérance comme suit : la capacité de poursuivre un bien futur et ardu, c’est-à-dire difficile à acquérir. Donc trois composantes : un bien, futur, et ardu.
Comme toute vertu, l’espérance est dynamique ; elle nous permet d’avancer vers des biens futurs.
Nous sommes donc des voyageurs, en marche, comme les disciples en route vers Emmaüs, qui rencontrent Jésus et l’invitent à souper (Luc 24,13-350.
Rembrandt, peinture des disciples d’Emmaüs (1629).
Gabriel Marcel, livre sur l’espérance Homo Viator (1943).
Un mot sur la patience, qui fait partie de la vertu d’espérance.
La patience est nécessaire pour que nos désirs et nos espoirs ne nous rendent pas trop nerveux ou ne fassent pas de nous des gens exaspérés.
Saint Paul – et bien des théologiens après lui – ont parlé de l’endurance, qui est la capacité non seulement d’être patient, mais aussi d’accepter les souffrances liées aux obstacles qui surgissent, que ces obstacles nous viennent des autres, ou encore de nos maladresses, ou bien des deux. Patience envers les individus qui sont difficiles à supporter mais qui ont besoin de notre soutien et de notre aide.
Lettre aux Romains, 5,3-5 : « Nous mettons notre fierté dans nos épreuves mêmes, sachant que l’épreuve produit l’endurance, l’endurance la fidélité éprouvée, la fidélité éprouvée l’espérance; et l’espérance ne trompe pas, car l’amour de Dieu a été répandu dans nos cœurs par l’Esprit Saint qui nous a été donné. »
Un exemple d’endurance : L’une des encycliques du pape Benoît XVI s’intitule Spe salvi. Ce titre vient de saint Paul, qui écrivait : « dans l’espérance nous avons été sauvés » (Romains 8,24). Cette encyclique porte sur l’espérance.
Le pape y présente Joséphine Bakhita comme une femme qui savait espérer envers et contre tout. Née vers 1869 au Soudan, à l’âge de neuf ans elle fut enlevée par des trafiquants d’esclaves, vendue cinq fois et souvent battue, parfois jusqu’au sang. Or son dernier Maître était totalement différent de ses maîtres précédents : il était très bon envers elle, il l’amena dans son pays, l’Italie, et il la libéra légalement. Par la suite elle devint religieuse, mais certaines des religieuses s’opposèrent à son entrée dans leur congrégation, à cause de leurs préjugés racistes. Elle fut canonisée en l’an 2000.
Se méfier de deux attitudes opposées à l’espérance, c’est-à-dire de deux types de présomption, quand on dit : « Je présume que ».
- Nous imaginer que nous pourrions accomplir toutes choses par nos propres efforts, « par la force de nos poignets », comme on dit parfois.
- Nous dire : « Dieu est tellement miséricordieux que nous nous permettons d’être laxistes, c’est-à-dire de rechercher la facilité en toutes choses. »
Un autre danger : le désespoir ou, mieux le dés-espoir : je n’attends rien de bon dans ma vie, dans celle des autres et dans celle de l’humanité.
La présomption est un optimisme, tandis que le dés-espoir est un pessimisme. Voir la vie en rose ou voir la vie en noir.
Pauline Julien : « Le ciel est noir, le ciel est noir : c’est une pluie noire qui va tomber. »
L’espérance chrétienne n’est donc ni un optimisme ni un pessimisme ; elle est au-dessus de ces deux extrêmes.
Elle attend tout de Dieu et de la coopération humaine.
Conclusion.
L’espérance consiste à imiter le Christ.
Fidélité envers les personnes qui n’avancent pas ou qui ne font que de petits pas. « Disponibilité » envers les autres (Gabriel Marcel).
La fin du discours de Jésus sur la montagne (Matthieu 5,48) : « Vous serez parfaits comme votre Père céleste est parfait. »
L’espérance est aussi difficile que la foi et la charité.
Un psychologue chrétien faisait remarquer que le manque de foi et d’amour dépend très souvent d’un manque antérieur, à savoir le manque de confiance en soi-même, en les autres et en l’Esprit Saint.
En la saison liturgique de l’Avent, il importe de prier l’Esprit Saint pour qu’il nous donne un surcroît d’espérance.
Un extrait de Charles Péguy, « Le porche du mystère de la deuxième vertu ».
Louis Roy