Christ, roi?

Paroisse Saint-Jean-Baptiste – Ottawa https://sjb-ottawa.org

C’est saisissant. Le dernier acte de Jésus en temps que roi, ce sera de donner en héritage le Royaume préparé pour eux depuis la fondation du monde, à tous ceux, toutes celles en humanité qui auront été miséricordieux, car en cela, ils l’auront imité, fut-ce à leur insu. Ils auront imité la miséricorde du Père. Accomplissant ainsi l’unique commandement de notre loi judéo-chrétienne. C’est très saisissant.

Nous fêtons aujourd’hui, en ce dernier dimanche de l’année liturgique, le Christ, Roi de l’Univers. Il l’est bien, depuis sa résurrection. Mais encore faut-il qualifier sa royauté. De sa naissance à sa mort, il n’avait rien d’un roi, et il ne voulait surtout pas qu’on le prenne pour un roi. Il l’est devenu de par sa résurrection. Mais c’est une royauté en devenir. S. Paul dit bien que dans le temps actuel de l’économie du salut, le Christ ressuscité est en train d’anéantir, parmi les êtres célestes, toute principauté, toute souveraineté et puissance. Mais S. Paul précise que c’est Dieu le Père qui en fait est en train de mettre sous ses pieds tous ses ennemis, en terminant par le dernier à être anéanti, qui est la mort.

Et ce qui est tout aussi saisissant que le critère d’admission dans le Royaume, c’est la fin de l’histoire. Quand tout sera achevé, nous dit encore S. Paul, quand tout aura été mis sous le pouvoir du Fils, alors le Christ va remettre le pouvoir royal à Dieu son Père, il va lui-même se mettre sous le pouvoir du Père qui lui aura tout soumis, et ainsi, Dieu sera tout en tous.

C’est saisissant. Le Fils de Dieu, deuxième personne de la Trinité, ne passera pas l’éternité bienheureuse à la droite de son Père. Il va passer l’éternité de notre côté de la table. Il s’est tellement fait l’un de nous, l’un avec nous, qu’il veut, pour toute éternité être avec nous, soumis à la royauté de Dieu le Père. Sa royauté n’aura été que pour le temps de l’Église. Au ciel ce sera lui et nous ensemble, devant Dieu le Père, pour toujours.

Il se trouve que la royauté du Christ, elle est tout comme la foi et l’espérance, et tout ce qui fait notre vie en Église, tout ce que nous aimons tant dans notre vie en Église mais qui ne durera que le temps de l’histoire, en commençant par les sacrements et la prière du Notre Père. Tout cela va passer, et avec tout cela, la royauté du Christ. Il sera pour toujours dans nos cœurs, Christ et Seigneur, mais il ne sera plus roi. Il veut être, pour toujours, simplement, humblement, le premier ressuscité d’entre les fils et les filles de Dieu, simple frère aîné.

Toutes ces réalités qui ne sont que pour le temps de l’Église, leur valeur n’est-elle pas décuplée, du fait qu’elles ne sont que pour le temps de l’Église.

S. Paul, dans un autre passage de la même lettre aux Corinthiens résume de façon encore une fois saisissante, l’ensemble de l’économie du salut, et son terme. S’adressant aux chrétiens, il écrit : ‘’Tout est à vous, Paul, Apollos, Céphas, le monde, la vie, la mort, le présent, l’avenir; tout est à vous. Mais vous, vous êtes au Christ, et le Christ est à Dieu.’’ 1 Co 3,21-23

Une parole devant laquelle il faut résister à la tentation d’essayer en vain de la redire pour qu’elle passe. Une parole devant laquelle il vaut mieux se taire, et la laisser résonner en soi. Tout est à vous. Mais vous, vous êtes au Christ et le Christ est à Dieu.