Veillez!

Paroisse Saint-Jean-Baptiste – Ottawa https://sjb-ottawa.org

Cette année liturgique commence comme celle qui précède a terminé. Hier, dernier jour de l’année liturgique A, l’évangile de Luc faisait dire à Jésus : ‘’Tenez-vous sur vos gardes…restez éveillés et priez en tout temps’’. Aujourd’hui, 1ier dimanche d’une nouvelle année liturgique, l’évangile de Marc que nous allons lire pendant toute cette année, fait encore dire à Jésus :

‘’Prenez garde, restez éveillés…veillez donc, car vous ne savez pas quand vient le maître de la maison… il ne faudrait pas qu’il vous trouve endormis. Ce que je vous dis là, je le dis à tous. Veillez!’’

La consigne me paraît extrêmement juste et importante. Car je me rends compte que le cri vers Dieu pour demander le salut, ça ne va pas de soi. S’il est une chose que j’ai découverte pendant la pandémie, c’est cette chose qu’on a nommée mille fois tout au long de cette pandémie : la résilience de l’humanité. Elle est vraiment incroyable. On s’ajuste à tout, on s’accommode de tout, y compris Zoom, on accepte tout, on s’habitue à tout, y compris la misère, l’épreuve. Le réflexe de recourir à Dieu pour un secours, ça ne va pas de soi. On s’assoupit, même dans la détresse, peut-être surtout dans la détresse. Bref, on se résigne à tout, et de la résignation à la cessation de l’espérance en Dieu comme source de salut, la distance n’est pas longue.

Je trouve que le texte d’Isaïe que nous avons entendu en première lecture rend bien cette réalité, en termes concrets : ‘’Pourquoi Seigneur nous laisses-tu errer hors de tes chemins?’’ N’est-ce pas cela souvent notre réalité? ‘’Pourquoi laisser nos cœurs s’endurcir et ne plus te craindre?’’ Ah si tu déchirais les cieux, si tu descendais, les montagnes seraient ébranlées. Pourtant, tu es bel et bien descendu, et les montagnes furent ébranlées. Mais ça n’a rien changé. Tu viens rencontrer celui qui pratique avec joie la justice, qui se souvient de toi en suivant tes chemins. Mais il s’en trouve peu qui soient en attente de ta venue, qui espèrent ta venue.

Encore et toujours nous nous égarons. Nous avons beau être desséchés comme des feuilles, emportés par nos fautes, comme par le vent, personne n’invoque plus ton nom, nul ne se réveille pour prendre appui sur toi.

Ça rappelle la question terrible de Jésus dans l’évangile de Luc : ‘’Le fils de l’homme, quand il viendra, trouvera-t-il la foi sur la terre?‘’

Et le prophète Isaïe en propose la raison : ‘’tu nous caches ton visage, tu nous livres au pouvoir de nos fautes. ‘’

Et pourtant, devant cette rude réalité qu’il exprime si bien, le prophète ne désespère pas. Son évocation de notre tendance à ne pas nous tourner vers Dieu est entremêlée de pointes d’espérance : C’est toi notre Père, notre rédempteur depuis toujours, tel est ton nom. Pourquoi laisser nos cœurs s’endurcir et ne plus te craindre? Reviens, à cause de tes serviteurs. C’est bien toi notre Père. Nous sommes l’argile, c’est toi qui nous façonnes; nous sommes tous l’ouvrage de tes mains.

Isaïe, avant Jésus, nous a montré le chemin. Il ne faut jamais lâcher. Même la prise de conscience de notre résistance à Dieu comme source de salut, tout au mieux notre indifférence à Dieu comme source de salut ne doit-elle pas nous décourager. Ne faut-il pas se dire au contraire que du fait de notre lucidité sur nous-mêmes, notre cri de secours vers Dieu sera plus vrai, et par conséquent, notre prière sera plus apte à être entendue et exaucée. Comme a dit Marguerite Bourgeois, il ne faut jamais, jamais désespérer de la miséricorde de Dieu.

Je prends donc bien à cœur l’exhortation de Jésus : ‘’Prenez garde, restez éveillés, car vous ne savez pas quand ce sera le moment… Veillez donc, il ne faudrait pas que le maître de la maison vous trouve endormis. Veillez!’’

Mais comme je me fais peu confiance, mon espérance que nous saurons nous tenir en état de veille, d’attente, d’espérance jusqu’au retour du Christ se fonde surtout sur les paroles de Paul aux Corinthiens dans la deuxième lecture de ce dimanche : ‘’En définitive, c’est lui-même, notre Seigneur Jésus-Christ qui vous fera tenir fermement jusqu’au bout… Car Dieu est fidèle, lui qui vous a appelés à vivre en communion avec son Fils, Jésus-Christ notre Seigneur.’’ Voilà bien, en définitive, le fondement, le roc de notre espérance. Faisons confiance. Quelle que soit notre tiédeur à nous tenir en état de veille et d’attente du salut de Dieu, c’est lui qui agit. Au terme, nous pourrons dire d’un seul cœur les paroles d’Isaïe, ‘’tout ce que nous aurons fait de bien, c’est lui qui l’aura fait pour nous’’. Cf Is 26,12 Reposons-nous dans cette conviction : c’est lui qui nous a choisis et appelés. Il ne nous lâchera pas.