Que d’évangile, que de consolations dans les textes de ce dimanche. J’en vois quatre, en m’en tenant à l’évangile que nous venons d’entendre.
Je pars vous préparer une place. Quand je serai parti vous préparer une place, je reviendrai et je vous emmènerai auprès de moi, afin que là où je suis, vous soyez, vous aussi, avec moi.
Disons-le-nous donc haut et fort. Devant le décès de ceux et celles qui nous sont chers, disons-nous bien que s’ils sont partis, c’est que la place que Jésus préparait pour eux était prête, et qu’il est venu les chercher et les emmener auprès de lui, afin que là où il est pour l’éternité, ils soient, eux aussi, avec lui.
Et disons-nous bien que lorsque notre heure sera venue, lorsque notre place sera prête, il viendra nous chercher et nous emmener avec lui, afin que nous aussi, nous soyons avec lui, et avec ceux et celles qui nous ont précédés auprès de lui, pour toujours.
Je suis, moi, le chemin, la vérité, et la vie. Personne ne va vers le Père sans passer par moi. N’y a-t-il pas plus rien à craindre pour ceux et celles qui prêtent l’obéissance de la foi dont parle les Actes des Apôtres et la lettre de Pierre, pour ceux et celles qui prêtent l’obéissance de la foi à cette parole?
J’aime beaucoup cette formule, l’obéissance de la foi. Car la foi, c’est souvent analogue à une obéissance. Nous prêtons foi, nous consentons à croire à des enseignements de Jésus qui sont beaux mais qui en même temps ne sont pas parfaitement clairs. Nous y prêtons foi parce que nous avons accumulé des raisons pour croire que nous pouvons faire confiance à ses enseignements, même ceux qui ne sont pas complètement clairs. Nous croyons parce que ses enseignements sont beaux. Nous croyons parce notre expérience de croyant a tendance, avec le temps, à en confirmer la justesse. Nous croyons parce que Dieu le Père a ressuscité celui qui nous a partagé ces enseignements. Et nous croyons en définitive, parce que l’Esprit de Dieu nous en accorde la grâce. Rendons grâce à Dieu de nous avoir accordé à nous, la grâce de l’obéissance de la foi, et demandons cette même grâce pour tous ceux, toutes celles qui nous sont chers, mais qui ne partagent pas notre foi.
Celui qui m’a vu a vu le Père. Je suis dans le Père et le Père est en moi. Le Père et moi, nous sommes un. Voilà encore une consolation non-négligeable, du moins pour ceux et celles pour qui, pour toutes sortes de raisons, la relation au Père devient problématique. Je suis de ce nombre. Pendant ma jeunesse, ma relation en était essentiellement une avec le Père. Je nous croyais très chums, très familiers, très intimes. Mais il y avait en moi une supposition non-dite : il ne toucherait jamais à ma sainte mère. Mais voilà qu’il a permis que ma mère vive l’agonie de l’Alzheimer pendant 19 ans. Je l’ai supplié, j’ai eu recours à toutes les consignes de Jésus relatives au genre de prière que Dieu exauce. Jusqu’au bout. J’ai eu pour toute réponse qu’un silence absolu. Et j’ai appris de cette épreuve que Dieu ne répond jamais à la question ‘’pourquoi’’. Après la mort de ma mère, j’étais comme réduit au silence, moi aussi, devant le Père. Je n’avais plus rien à lui dire. Je crois qu’il est amour. Je vois bien, in hindsight, qu’il s’occupait de ma mère pendant son agonie. Dieu merci, je lui parle en Église, car toutes nos prières communes sont une prière adressée au Père. Mais dans le seul à seul avec lui, ça va pas loin.
Mais pendant cette même période de l’agonie de ma mère, j’ai découvert, peu à peu, en Jésus, le Serviteur Souffrant, celui qui a vécu la condition humaine en toute chose, sauf le péché. Celui qui ne nous délivre pas, lui non plus, de nos détresses, mais qui les a vécues avant nous, et qui les vit avec nous. J’avais donc un nouveau vis-à-vis. Jésus. Et je suis comblé dans cette relation. Mais il y a eu pour un temps un malaise. Oui, j’ai trouvé en Jésus celui qui m’accompagne et me console en permanence, mais qu’en est-il alors de ma relation au Père? Voilà que l’affirmation de Jésus vient me consoler. Qui m’a vu a vu le Père.
Le Père et moi, nous sommes un. Puisque c’est le cas, je me console en me disant que ma relation au Fils est en même temps ma relation au Père. Je serai en pleine communion avec lui au dernier jour, mais pour le temps de cette vie, ma communion avec lui doit passer, semble-t-il, par ma communion avec son Fils. Si c’est correct avec lui, et je suis pas mal sûr que ce l’est, c’est correct avec moi.
Enfin : celui qui croit en moi fera les œuvres que je fais; il en fera même de plus grandes, parce que je pars, moi, vers le Père.
Quel beau rêve, quelle belle ambition cette promesse suscite en nous : le rêve de faire, dans sa vie, les œuvres que Jésus a faites, et d’en faire même de plus grandes. Et ce n’est pas qu’un rêve, c’est une réalité, du moins pour l’Église prise dans son ensemble. N’a-t-elle pas accompli, au fil des siècles, des œuvres plus grandes, sinon en qualité, du moins en quantité, que celles de son maître? N’est-il pas merveilleux, l’accomplissement de cette parole de Jésus?
Rendons grâce à Dieu pour tant d’évangiles (au pluriel) dans 12 petits versets de l’évangile de Jean.