Une occasion de chute

Paroisse Saint-Jean-Baptiste – Ottawa https://sjb-ottawa.org

Dans cet évangile, que nous venons d’entendre, les disciples de Jean le Baptiste posent à Jésus cette question : « Es-tu celui qui doit venir, ou devons-nous en attendre un autre ? » Jésus leur répond en les invitant à réfléchir aux nombreux miracles qu’il fait et qui peuvent tenir lieu de signes pour réfléchir sur le sens de sa mission. Et il ajoute : « Heureux celui pour qui je ne suis pas une occasion de chute ! »

En ces temps où l’humanité subit des malheurs souvent écrasants, et où beaucoup sont consternés devant leurs épreuves personnelles et devant celles des autres, comment ne sommes-nous pas être tentés, un peu malgré nous, par ce que Jésus appelle « une occasion de chute » ?

De plus, d’après Jésus, Jean est « plus qu’un prophète », mais pour tant de nos contemporains et parfois certains de nos proches, Jésus est seulement un prophète, et il n’est surtout pas le Fils de Dieu incarné. À cet égard, nos contemporains sont sceptiques. Mais parmi nous, croyants, plusieurs ne partagent-ils pas une certaine dose de ce scepticisme et ne se demandent-ils pas parfois s’ils ont raison de considérer Jésus comme le Fils de Dieu incarné ?

En énonçant cette façon sceptique de voir la vie humaine, je ne désire pas suggérer qu’on ait le droit de regarder de haut les individus qui ont accepté cette philosophie, soit à la suite d’une réflexion personnelle, soit en acceptant spontanément ce que d’autres avaient dit.

Malheureusement il y a plusieurs individus et groupes qui nous regardent de haut, nous qui croyons en un Dieu personnel ; face à ce dédain, il nous faut certainement de l’humilité, cette humilité chrétienne qui nous aide à comprendre la nécessité de ne pas imiter ces gens qui nous considèrent dépassés. Rendre dédain pour dédain n’est certes pas une attitude évangélique.

Je pense toutefois que cette vision sceptique de la vie n’est pas ce qu’il y a de mieux en fait de philosophie, car on la trouve très répandue dans des époques décadentes qui remontent fréquemment très loin dans le passé.

Je vous confie qu’ayant rencontré le dominicain Charles Morerod, d’abord professeur à l’Université Saint-Thomas à Rome, puis devenu évêque de Lausanne, Genève et Fribourg, j’ai pris conscience, en lisant ses écrits, du fait que bien des hérésies sont en bonne partie dues à des erreurs philosophiques.

Bien sûr, si notre raison peut nous aider à croire, il reste que notre foi se base sur la parole de Dieu. Revenons donc à cet admirable prophète et poète qu’est Isaïe, qui écrivait : « On verra la gloire du Seigneur, la splendeur de notre Dieu. » Devant cette splendeur de Dieu manifesté de tant de manières, Isaïe conclut : « Soyez forts, ne craignez pas. Voici votre Dieu. » Et saint Jacques va dans le même sens lorsqu’il recommande : « Prenez patience, vous aussi, et tenez ferme, car la venue du Seigneur est proche. » Il s’agit, bien sûr, d’une patience et d’une fermeté qui exigent une grande foi.

Cette foi prête attention, non pas à une venue spectaculaire de Dieu, comme le pensait Isaïe, mais à de modestes événements qui sont positifs et qu’on peut légitimement interpréter comme des signes pour revitaliser notre foi. Ce temps de l’Avent nous invite à réfléchir sur ces modestes événements, qui constituent une venue du Seigneur dans nos vies. Quant à sa venue spectaculaire, elle s’effectuera au Jugement dernier, quand Jésus, le Messie, reviendra dans sa gloire et dans la gloire des croyants qui auront opté pour lui.

Ouvrons donc nos yeux, pour discerner la présence active de Dieu en nous et autour de nous.

Frère Louis Roy, OP
Église Saint-Jean-Baptiste
Ottawa, 2025