Cet extrait de l’Évangile selon saint Matthieu, que nous venons d’entendre, nous apprend que Jésus fut saisi de compassion pour les foules auxquelles il s’adressait, « parce qu’elles étaient désemparées et abattues comme des brebis sans berger ». Nous remarquons ici l’attitude du bon berger, qui caractérisait sa compassion pour les foules.
En même temps, Jésus commandait à ses douze apôtres : « Ne prenez pas le chemin qui mène vers les nations païennes et n’entrez dans aucune ville des Samaritains. » Comme nous le savons, les Samaritains constituaient une secte juive que les autres juifs, pharisiens et sadducéens, considéraient comme hérétique.
Ce phénomène n’était pas nouveau dans le judaïsme. En effet, selon notre première lecture, tirée du livre de l’Exode, le Seigneur avait dit à Moïse : « Si vous écoutez ma voix et gardez mon alliance, vous serez mon domaine particulier parmi tous les peuples. »
Parmi les gens d’aujourd’hui qui s’intéressent aux religions non-chrétiennes, cette préférence de Dieu pour un seul peuple, auquel l’alliance serait restreinte, fait problème. De fait, il s’agit de deux problèmes.
Le premier de ces problèmes concerne le judaïsme ; on s’étonne de l’apparente prétention des juifs à s’accaparer l’alliance avec Dieu. Il y a pourtant dans la Bible hébraïque une ouverture à l’association des craignant-Dieu avec les israélites ; en fait, la première alliance, celle avec le juste, mais non-juif, Noé après le déluge, vint avant l’alliance avec Abraham.
Or c’est dans l’alliance avec Abraham, Moïse et d’autres prophètes juifs que l’Église catholique voit une première révélation ; pour qu’elle soit comprise, il fallait d’abord une révélation particulière et ensuite une universalisation de la révélation. En d’autres termes, il était nécessaire qu’il y ait une révélation particulière ; autrement comment la conception d’une révélation universelle adressée à toutes les nations, aurait-elle pu être comprise ?
Le deuxième problème est l’interdiction que Jésus lui-même avait faite à ses apôtres d’annoncer la Bonne Nouvelle aux nations païennes. Et ici, il faut reconnaître que le Christ, avec les limites dues à son intelligence humaine, avait tenu cet enseignement au cours de sa vie terrestre. Ce n’est toutefois qu’après sa résurrection, plus précisément entre Pâques et la Pentecôte, que l’incorporation des non-juifs dans l’Église s’est faite. Ceci est clair dans les Actes des apôtres et les lettres de saint Paul.
Il importe donc, ce dimanche-ci, de rendre grâce au Père pour son plan d’amour envers toute l’humanité.
Louis Roy, OP
Église Saint-Jean-Baptiste
Ottawa, 2026
Matthieu 9,36—10,8