L’évangéliste Luc nous apprend que lors de cette première apparition de Jésus à ses disciples, « ils furent saisis de frayeur et de crainte, ils croyaient voir un esprit. » Pourtant Jésus venait de les saluer avec ces mots : « La paix soit avec vous ! » C’est peut-être ici un bref résumé de notre vie de foi : une alternance de crainte et de paix.
Cependant, avant de parler de notre vie de foi, parlons un peu de la vie de foi de Jésus, notre modèle. Dans notre première lecture, tirée des Actes des apôtres, Pierre dit ceci aux juifs :
Cet homme, livré selon le dessein bien arrêté et la prescience de Dieu, vous l’avez supprimé en le clouant sur le bois par la main des impies. Mais Dieu l’a ressuscité en le délivrant des douleurs de la mort, car il n’était pas possible qu’elle le retienne en son pouvoir. […] Ce Jésus, Dieu l’a ressuscité ; nous tous, nous en sommes témoins.
Jésus fit donc l’expérience non seulement des douleurs atroces du crucifiement, mais aussi l’expérience de la pénible humiliation d’être tenu comme faux prophète, d’être ridiculisé et d’être rejeté. C’est un peu ce qui se produit actuellement dans la vie et la mission de notre pape Léon XIV : certes, il n’a pas été arrêté et torturé, mais aux yeux de millions d’Occidentaux, il est considéré comme un faux prophète. Par ailleurs, tout semble indiquer qu’il vit cette expérience avec calme et paix, en union avec Jésus, son modèle.
De même, comment ne pas être frappé par l’étonnante paix de Jésus, qui explique son silence quasi-total pendant sa passion. À Gethsémani, ayant accepté la volonté de Dieu, il crut que son sacrifice aurait un sens – un sens presqu’insaisissable à ses yeux, mais un sens favorable à son peuple. C’était alors le triomphe de l’amour, d’un amour souffrant ; et c’est encore aujourd’hui le même triomphe, pour nous et pour les non-croyants qui souffrent par amour.
Dans sa première lettre, dont nous avons entendu un extrait ce matin, Pierre écrivait :
Dès avant la fondation du monde, Dieu avait désigné d’avance le Christ et il l’a manifesté à la fin des temps à cause de vous. C’est bien par lui que vous croyez en Dieu, qui l’a ressuscité d’entre les morts et qui lui a donné la gloire ; ainsi vous mettez votre foi et votre espérance en Dieu.
Le Temps pascal nous permet de ressentir la joie qui découle de ce triomphe de l’amour. Cependant, pour goûter cet amour et cette paix, il nous a été nécessaire de vivre notre Carême en union avec Jésus. Car à sa suite, nos épreuves, suivies de moments de répit, prennent un sens ; elles correspondent au plan de Dieu.
C’est pourquoi Jésus avait dit aux disciples d’Emmaüs : « Ne fallait-il pas que le Christ souffrît cela pour entrer dans sa gloire ? Et, partant de Moïse et de tous les Prophètes, il leur interpréta, dans toute l’Écriture, ce qui le concernait. » Ce « Ne fallait-il pas », Luc l’a répété dans son évangile, car il possédait une ferme compréhension du dessein de Dieu pour nos vies ou, en d’autres mots, une admirable conception de l’histoire sainte. Or cette histoire sainte s’est réalisée en Jésus et elle se réalise également en nous, ses disciples.
Le Carême et le Temps pascal, avec leurs souffrances et leurs joies, sont donc deux constituantes de notre expérience chrétienne – deux constituantes qu’on ne doit pas séparer. En plus de nos souffrances à nous, nous compatissons aux souffrances de nos proches et même de nos moins proches. Ces souffrances, nous pouvons les accepter dans la paix et dans l’espérance. Si, avec l’aide de l’Esprit Saint, nous les endurons paisiblement et dans l’espérance, notre témoignage touchera des personnes de bonne volonté.
Frère Louis Roy, OP
Église Saint-Jean-Baptiste
Ottawa, 19 avril 2024
Luc 24,13-35 Troisième dimanche de Pâques, année A