Pour tous les peuples

Paroisse Saint-Jean-Baptiste – Ottawa https://sjb-ottawa.org

Isaïe avait rêvé d’un temps où les étrangers seraient conduits par le Seigneur à sa sainte montagne, où ils seraient comblés de joie, où sa maison s’appellerait ‘’maison de prière pour tous les peuples’’. Le geste de Jésus en faveur de la fille de la cananéenne en est un petit accomplissement. Ce faisant, il faisait une entorse aux paramètres de son ministère, tel qu’il les comprenait. ‘’Je n’ai été envoyé, dit-il, qu’aux brebis perdues de la maison d’Israël.’’ Et ce n’est pas la seule fois qu’il le fait. Il y a eu aussi le fils du centurion romain. Et avant Jésus, il y a eu la veuve de Sarepta, elle aussi de la région de Tyr et de Sidon, qu’Élie a secourue en un temps de famine. Il y a eu Naaman, le Syrien, purifié de sa lèpre par Élisée. Tous ces gestes de salut et de délivrance en faveur de gens qui ne sont pas de la maison d’Israël maintiennent vivante l’espérance, la conviction que la compassion de Dieu, et par conséquent le salut de Dieu, ils ne sont pas seulement pour Israël. Ils sont pour tous les peuples.

Mais revenons à la cananéenne. Jésus change d’idée. Au départ, il ne veut pas accorder sa demande. Mais au terme, il lui dit, ‘’que tout se passe pour toi comme tu le veux.’’ Il semble bien que c’est en raison de la foi de cette femme que Jésus change d’idée. Mais je ne pense que c’est en raison de la foi qu’elle manifeste, en tant que telle. Elle a manifesté sa foi en lui disant ‘’Prends pitié de moi… ma fille est tourmentée par un démon’’. C’est dire, implicitement, qu’elle a foi en la capacité de Jésus d’expulser les démons. Mais à sa demande, Jésus répond qu’il n’a été envoyé qu’aux brebis perdues de la maison d’Israël. N’est-ce pas plutôt ce qui suit qui fait que Jésus change d’idée? N’est-il pas ému, mu par l’audace de cette femme, par sa ténacité, et par son ingéniosité dans la foi. Cette audace, cette ténacité, cette ingéniosité sont simplement le fait de l’amour féroce d’une mère pour son enfant. Jésus est ému devant la force de l’amour maternel. C’est cela qui le pousse à faire un miracle qu’il n’est pas censé faire. Révélant ainsi encore une fois sa compassion. Il a du cœur. Il est un homme de cœur. Et dans ce cas précis, il révèle que sa compassion fait fi de la frontière entre la maison d’Israël et les gentils.

Notre situation, 2000 ans plus tard, ressemble à celle de Jésus. La plénitude du Royaume, avec en lui des gens de toutes les nations, n’est pas encore venu complètement. Il est très partiel. Nous sommes, nous, l’Église, la nouvelle maison d’Israël, et il y a encore plein de monde qui ne sont pas dans notre maison. Plaise à Dieu que jaillisse dans notre vie en tant qu’Église, dans nos vies en tant que disciples, la compassion de Jésus envers des gens qui ne sont pas de notre maison, mais qui ont besoin de salut. Plaise à Dieu que nous soyons le prolongement dans notre temps de la compassion de Dieu, de son Fils Jésus. De cette compassion qui s’étend à toute personne, quelle qu’elle soit, qui est en état de besoin de salut, de rédemption, de délivrance, de quelque façon. Pour que les souffrants soient délivrés, mais aussi pour que le monde en vienne à comprendre, nos gestes de compassion et de miséricorde aidant, la compassion et la miséricorde de ce Dieu dont nous ne sommes que de simples instruments.