Nuit de l’Enfant de Lumière
Frères et sœurs bien aimée, bienvenus à cette nuit de Noël ! La prière d’ouverture de la célébration de cette messe de nuit dit : « Seigneur Dieu, tu as fait resplendir cette nuit très sainte des clartés de la vraie lumière ; nous t’en prions, puisque nous reconnaissons la splendeur des mystères du Christ sur la terre, accorde-nous aussi de goûter pleinement sa joie dans le ciel. » Bienvenus donc à cette nuit du Seigneur, cette Nuit de l’Enfant de Lumière, le Christ. Cette Nuit de la Nativité, cette Nuit de l’Incarnation. On ne sait pas justement à quelle heure de la nuit cette Naissance mystérieuse du Christ eut lieu mais, suivant le récit de Luc et l’annonce des Anges aux bergers veillant sur leur troupeau, on sait que cette Nativité eut lieu la nuit. Bienvenus à cette Nuit de l’Emmanuel, l’Enfant de Lumière au cœur de la Nuit, naît dans une maternité de fortune, une mangeoire, une étable.
Il s’agit d’une Nuit tant attendue, depuis Adam, l’ancêtre lointain de Jésus. Il s’agit d’une Nuit du recommencement, de la recréation de l’humanité. Nuit de la grâce et de la Vie manifestées en Jésus Christ, comme écrit Paul à Tite et à nous (cf. Tt 2, 11). Nuit où, effectivement, le salut des hommes et femmes depuis Adam commença pour se conclure un jour à la Croix. Luisa Piccarreta, une tertiaire dominicaine du siècle passé, parlait du Fiat de la recréation ou de la rédemption, le Fiat de l’Incarnation. Fiat parce que c’est comme si, des siècles après la chute de l’humanité, Dieu avait dit : recréons l’homme et la femme à notre image et à notre ressemblance, par le Christ Jésus, le Verbe, la Parole de Dieu faite chair.
Nuit pèlerine, Noël des pèlerins
Je me demandais bien sur quel thème nous entretenir. Nous avons déjà passé tant de messes de Noël, bien que chacune d’elle soit unique en son genre. Voyant notre sœur Lise, répéter avec les enfants les séquences de la scène de la crèche vivante, j’ai donc pensé au pèlerinage. Noël, comme le pèlerinage du Christ, du ciel à la terre, en passant par Marie. C’est donc une nuit pèlerine, un Noël pèlerin et des pèlerins marquant cette année des pèlerins d’espérance qui s’achève.
Pour venir jusqu’à nous et naître parmi nous à travers Marie, sa Mère et désormais notre Mère à nous, le Christ a fait un pèlerinage mystérieux du ciel à la terre. Il Lui a fallu du temps pour parvenir parmi nous : le temps d’Adam et Ève, le temps des patriarches, des Juges, des Rois et des prophètes. Pourquoi est-il venu en pèlerinage ? Il est venu en pèlerinage de salut. Il est venu éclairer et sauver ce peuple qui, depuis et pendant des siècles, marchait dans les ténèbres attendant une Lumière de salut. Il est venu pour se donner, afin de nous racheter de toutes nos fautes et nous en purifier (cf. Tt 2, 14). Son pèlerinage porte donc une mission de salut.
Il est venu du ciel en Pèlerin de Lumière pour nous porter la Lumière. Sa Lumière nous affranchit de nos ténèbres. Il est venu en pèlerinage pour la Justice et la Paix, pour la Vérité et l’amour. Les quatre bougies de l’Avent étaient des bougies d’espérance, de paix, de joie et d’amour. Il nous vient comme le Grand Pèlerin de Joie, car Il sera notre Joie. Il vient comme grand Pèlerin de Justice, car Il est notre Justice. Il vient comme Pèlerin de Paix et d’Amour, car Il est notre Paix et notre Amour. C’est avec cet accent que le prophète Isaïe nous exhorte :
« Oui, un enfant nous est né, un fils nous a été donné ! Sur son épaule est le signe du pouvoir ; son nom est proclamé : « Conseiller-merveilleux, Dieu-Fort, Père-à-jamais, Prince-de-la-Paix ». 06Et le pouvoir s’étendra, et la paix sera sans fin pour le trône de David et pour son règne qu’il établira, qu’il affermira sur le droit et la justice dès maintenant et pour toujours. Il fera cela, l’amour jaloux du Seigneur de l’univers !»
-Is 9, 5-6 LIT
Pèlerin, migrant, sans refuge
Le Christ, notre Grand Pèlerin vient chez nous. Il vient nous visiter comme un Migrant. Mais, il n’y avait pas de place pour Lui, dans la Maison ou la salle commune (cf. Lc 2, 7). Ceci veut dire qu’on n’a pas pu le compter, ses parents et Lui, dans le grand recensement. Quel paradoxe ! Celui à qui appartient toute chose, Celui qui a créé tout et qui est le Propriétaire de tout, vient, mais, il n’y a pas de place pour Lui auprès de ses semblables, au point où Il trouve cette place de fortune dans l’étable des animaux où Marie sa Mère L’a emmailloté et placé (cf. Lc 2, 8). Vous le savez, depuis la création, l’être humain est le Premier choix de Dieu, ce pourquoi Il a créé tout ce qu’Il a créé. Mais, Il n’a pas encore de reconnaissance.
Avec toutes les tensions et les violences, toutes les guerres et ses conséquences dans le monde, j’ai donc pensé au Dieu migrant, au Christ migrant, déplacé et refugié. J’ai pensé au Christ exilé, affamé, assoiffé de Paix et d’amour, de Vérité et de Justice. Qui donc pour L’accueillir ?
Crèche sans bergers et lumière
Les frères, cette année, ont fait une crèche plus simple qu’avant. Une Crèche sans bergers et lumières, qu’ils ont voulu au pied de l’autel pour montrer le lien entre la Crèche c’est-à-dire entre la Mangeoire, l’Eucharistie et la Croix. Nous y avons des fleurs. Fleurs riment avec cœurs. Apportons au Christ-Enfant des « cœurs » ou des « likes » comme on dit dans le langage numérique, aujourd’hui. Mais, surtout, offrons-Lui nos cœurs, nos vies, nos familles et toute l’humanité, comme des guirlandes. Bien plus, les frères ont voulu sans bergers pour qu’on soit ses bergers et ses lumières vivants, pour Le contempler et L’annoncer au monde, comme ont fait les Anges et les Bergers de la Nativité. Comme je l’ai dit, dans mon message passé, ne sommes-nous pas, tous toutes, des bergers et bergères de la Crèche, de la Nativité, du Christ ?
Faisons que le Christ trouve, chaque jour, une place dans nos cœurs. Si tu n’as pas d’enfant, prends avec toi comme ton enfant. Car, Il devenu, par son Incarnation l’Enfant de Dieu, de Marie et tous ceux et celles qui n’ont pas d’enfant. Il est en de même, pour toi, qui cherche un ami, un compagnon, prends-Le avec toi, lis sa vie pour donner sens à ta vie. Allons dans les maternités de nos cœurs voir et accueillir l’Enfant Jésus. Allons dans les maternités des rues et des hôpitaux, dans les foyers de pauvreté et de misère, de faim et de soif, de la guerre et de la violence, écouter le cri l’Enfant Jésus dans les cris de ces personnes. Soyons ses rois mages, ses visiteurs ! Offrons-Lui, à travers elles, des guirlandes d’amour. Aimons et nous aurons passé(e) un beau Noël ! Joyeux Noël à tous et à toutes !
Is 9, 1-6 ; Ps 95(96) ; Tt 2, 11-14 ; Lc 2, 1-14