Êtes-vous inquiets ? — Au flot quotidien des mauvaises nouvelles, la fragilité de notre monde devient palpable. Notre foi et notre espérance sont mises à rude épreuve. Nos inquiétudes paraissent tout proche de celle qui habite le gars qui interroge Jésus. N’y aurait-il qu’un petit nombre de sauvés ? En d’autres mots : Qui pourra l’être ?
Le prophète Isaïe et l’évangile selon saint Luc offrent des réponses convergentes à ces questions. Ils s’appuient sur une conviction fondamentale. Le salut, la vie heureuse et en paix, la vie parfaitement réussie est d’abord l’affaire de Dieu. L’affaire de son honneur, de sa gloire, de son règne.
Voilà la Bonne Nouvelle ! Le salut ne se calcule pas en plus ou moins. Il est promis et donné. Selon Luc : On viendra du levant au couchant, du nord et du midi prendre place au festin dans le Royaume de Dieu. Selon Isaïe le troisième du nom : Parole du Seigneur. Je viens rassembler toutes les nations de toute langue, elles viendront et verront ma gloire.
Que savons-nous de la gloire de Dieu ? — Pour Paul, dans sa lettre aux Éphésiens, elle est objet de prière. Que le Père à qui appartient toute gloire vous donne un esprit de sagesse… Que vous sachiez quelle espérance vous ouvre son appel… Quelle immense puissance il a déployée pour nous dans le Christ en le ressuscitant d’entre les morts.1)
Un peu plus loin il ajoute : Je fléchis les genoux devant le Père… Qu’il daigne, selon la richesse de sa gloire vous armer de puissance… Vous donne de comprendre avec tous les saints, la largeur, la longueur, la hauteur, la profondeur… De connaître l’amour du Christ… D’en être comblés jusqu’à recevoir toute la plénitude de de Dieu.2)
Irénée de Lyon, disciple de l’apôtre Jean, résume ça en un mot : la gloire de Dieu, c’est l’homme vivant, la vie de l’homme c’est la vision de Dieu. Voilà le signe promis par Dieu en Isaïe. Le Christ Jésus, le Fils unique, amour de Dieu donné au monde pour qu’il ait la vie en abondance. Au verset de l’alléluia, Jésus proclame : Moi, je suis le chemin, la vérité, la vie ; moi seul conduit sers le Père.
Jésus vient en humanité. Il se fait frère de tous. Il rassemble en lui petits, pauvres et pécheurs. Il se livre jusqu’à la croix par fidélité à l’amour du Père. Il passe la porte étroite. Il est lui-même la porte étroite, mais toute grande ouverte. Par le baptême dans la foi, nous y sommes passés. Passés avec lui, en lui et par lui de la mort à la vie.
C’est déjà beaucoup de pouvoir dire : Seigneur, nous avons entendu ta parole, mangé et bu à ta table. C’est déjà bien, sans doute, d’avoir communié à la source. C’est un bien beau, un bien grand cadeau. Mais il nous faut encore rendre aux autres l’amour et la vie que nous avons reçu.
En Jésus, dans le Christ ressuscité, nous sommes ces rescapés, envoyés, selon le prophète Isaïe, vers leurs frères et sœurs de toute langue pour annoncer la Bonne Nouvelle. Où ça ? Comment ? — Dans la vie ordinaire de tous les jours. À la maison, au travail, à l’école. Par des paroles, des actes, qui montrent le Christ vivant en nous. Qui nous montrent vivants en lui, par lui, avec lui.
Souffrances et misères, ont partie de notre condition humaine. Autant celles qui bouleversent le monde que celles qui nous angoissent personnellement et menacent de nous abattre. Notre foi, notre espérance sont mises à rude épreuve dans le chaos apparemment sans issue qui nous entoure.
La lettre aux Hébreux s’adresse à des gens qui ont déjà beaucoup souffert. Qui iront probablement jusqu’au sang pour témoigner du don de Dieu reçu dans le Christ. Juste avant le passage que nous avons entendu, elle invite à fixer le regard sur Jésus. En lui se trouve le commencement de notre foi. Il a connu la souffrance, passé l’épreuve. C’est lui qui donne à notre foi d’accomplir ce qu’elle promet.
Vécue en communion avec lui, que notre foi se purifie, se redresse, qu’elle trouve courage par l’Amour de Dieu répandu en nos cœurs. Qu’ainsi, notre foi éprouvée, persévérante, nous fasse devenir pleinement ce que nous sommes, enfants, fils et filles de Dieu dans le Fils unique, dans le parfait amour.
F. Jean-Marc Perreault O.P.
1) Éphésiens 1,17-26
2) Éphésiens 3,14-19
Isaïe 66,18-21 ; Hébreux 12,5-7.11-13 ; (Jean 14,6) Luc 13,22-30