Le beau rêve d’Isaïe

Paroisse Saint-Jean-Baptiste – Ottawa https://sjb-ottawa.org

Le prophète Isaïe a le don d’inventer des scénarios qui sont à ce point beau que nous n’aurions jamais pu, de nous-mêmes, les inventer, des scénarios que nous ne sommes pas portés naturellement à espérer. Des scénarios comme le monde qu’il évoque dans la première lecture de ce dimanche. Un monde si beau, tout en concorde, en cohabitation pacifique de toutes les espèces d’animaux. Et les humains en cohabitation pacifique avec toutes ces espèces. Un monde où les espèces ne sont plus les prédateurs les uns des autres, car toutes seront devenues herbivores. Un monde où il n’y aura plus ni mal, ni corruption, car la connaissance du Seigneur remplira le pays comme les eaux recouvrent le fond de la mer.

Quel beau rêve. Oui, ce n’est qu’un rêve, du moins, relativement au temps de l’histoire. Nous le savons. Ce monde irénique ne verra pas le jour dans le temps de l’histoire. Et pourtant, n’adviendra-t-il pas au dernier jour? Et n’a-t-il pas pris racine sur notre terre, ne serait-ce, dirions-nous, que de façon symbolique? Je crois que oui.

Je crois qu’il ne faut pas écarter le beau rêve d’Isaïe, parce qu’il va venir un jour. Il faut le tenir bien vivant dans nos esprits et dans nos cœurs. Il faut être de ceux et celles qui le font advenir dans leur monde, du mieux qu’ils peuvent. Et il faut savoir se réjouir, chaque fois qu’on en voit une petite parcelle, ici et là dans notre monde, dans notre temps. Jésus nous a enseigné à demander sans cesse que vienne le Règne de Dieu. Le Règne de Dieu, ce n’est pas autre chose que le rêve d’Isaïe. Il faut y croire, il faut l’espérer, le faire advenir, et en rendre grâce à Dieu, chaque fois que nous en apercevons une parcelle.

Le Règne de Dieu a été inauguré sur notre terre avec la naissance de Jésus, que nous allons célébrer sous peu. Depuis la naissance de Jésus, il subsiste au petit feu dans notre monde, tel un feu de racines que rien ne peut éteindre. Il éclatera au grand jour et pour toujours, au dernier jour.

Saint Jean-Baptiste disait vrai : des pierres que nous sommes, Dieu a fait surgir des enfants à Abraham. Celui qui allait venir après Jean nous a baptisé dans l’Esprit-Saint et le feu, ce feu du Royaume qui brûle de façon largement secrète dans le temps de l’histoire, mais qui fera irruption dans sa plénitude au dernier jour.

Confions-nous, confions nos vies chrétiennes à l’intercession de notre patron, Saint-Jean-Baptiste, et confions à Dieu d’assurer en nous par sa grâce, la foi au Règne qui vient, l’espérance et la joyeuse attente de ce Règne, la grâce de savoir contribuer à la présence de ce Règne dans notre monde et dans notre temps. La grâce de contribuer à ce que ce monde, notre monde, en soit un, dans la mesure du possible, où le loup habite avec l’agneau, où le léopard et le chevreau dorment côte à côte, où le veau et le lionceau sont nourris ensemble, conduits par un petit garçon. Un monde où il y a moins de mal et de corruption, parce que la connaissance de Dieu remplit les esprits et les cœurs de ses élus, si bien qu’ils sont transfigurés en artisans du Royaume.