La force d’aimer

Paroisse Saint-Jean-Baptiste – Ottawa https://sjb-ottawa.org

J’aime marcher en ville. Pas vraiment au coin de Bank et Laurier, face au Shopper’s. Été hiver, il y a toujours des quêteux. Vous comprenez… ? — Qui n’a jamais changé de côté pour éviter une rencontre ? Fermé les yeux, négligé de s’informer pour n’être pas dérangé ?

Pas besoin d’insister davantage. C’est sûr que la parabole du bon samaritain nous rejoint. Comme le docteur de la Loi nous voulons certainement faire ce qu’il faut pour avoir la Vie, être en communion avec Dieu. C’est même ce qui nous rassemble ici. Nous savons déjà la réponse autant que lui : aimer.

L’amour ne peut jamais être théorique… D’ailleurs, nous n’avons même pas l’excuse du prêtre ou du lévite. Nous savons depuis longtemps qu’amour de Dieu et amour du prochain vont ensemble, inséparablement. Mais reste toujours à voir : qui est mon prochain ?

S’il y a du prochain, c’est parce qu’il y a du lointain. J’ai mes proches, il y a les autres ! Et, que pensez-vous que dit la charité bien ordonnée… ? — Jésus chambarde la question : de qui te fais-tu le prochain ? Le prochain ne peut se limiter par une définition. Il est, sera toujours de ma prochaine rencontre qu’elle soit désirée, planifiée ou surprise du hasard.

Le prochain, ce n’est pas une affaire d’obligation ou de devoir, de loi ou de principe, ni même de religion. C’est d’abord une affaire d’humanité, de compassion, de miséricorde. L’autre, qui a vraiment besoin me renvoie à la décision de me faire son prochain.

Voilà la lecture obvie de la parabole. Un appel exigeant à la conversion. Le Seigneur nous presse d’écouter sa voix. D’observer, de voir où et comment mettre son commandement en pratique. Il nous presse de venir à lui de tout entier, coeur et âme. La réponse est dans nos rencontres, nos partages, nos pardons…

Est-ce tout ? — Regardez bien celui qui descend de Jérusalem à Jéricho. Il va d’en haut, du sommet, du Lieu saint, de Dieu lui-même au plus bas. De 800 mètres au-dessus du niveau de la mer à 300 mètres dessous. Il descend à Jéricho, là où on entre en Terre promise, la Terre de communion à Dieu, mais où on en sort aussi.

Qui est donc cet homme dépouillé, brisé par le mal, laissé pour mort ? — Cet homme, les anciens l’ont vu à l’image de notre dissemblance. À l’image de tout pécheur défiguré par sa pauvreté. À l’image du pécheur que nous sommes, fragilisé par le mal qui le détourne du bien qu’il voudrait, qui le détourne de Dieu.

Du coup, l’étranger en voyage, le samaritain, prend le visage de Jésus en qui Dieu se fait proche de nous. C’est la page couverture de votre Prions. Jésus qui panse les plaies , porte les misères humaines, conduit à la maison du Père. Jésus, image du Dieu invisible, tendresse et amour de Dieu pour le monde. Le Christ qui réconcilie tout par le sang de sa croix.

Alors, qui donc est mon prochain ? — La réponse a une tout autre allure. L’appel aussi. Aimez comme, parce que je vous ai aimés. Dieu s’est fait mon prochain. L’autre dont je m’approche conduit à Dieu. Ce que vous faites au plus petit, c’est à moi… La conversion exigeante devient réponse d’amour à l’amour reçu.

Regardez bien celui qui descend. Il va du Dieu de l’Alliance, du plus haut au plus bas. Dans cet homme-là, on a aussi vu Jésus qui s’abaisse, se dépouille, se livre… Lui, par qui tout a été créé, se fait prochain, semblable à nous jusque dans la mort. Pour être le 1er-né d’entre les morts. Jésus, amour de Dieu donné au monde pour que nous ayons la vie en plénitude.

Fais ça et tu vivras. La conversion est-elle moins exigeante parce qu’inspirée par l’amour ? — Bien sûr que non. Mais elle n’est plus le fruit de notre seul vouloir peureux, chancelant. La parabole révèle la source inépuisable de l’amour. Le Christ, Tête de l’Église en qui habite toute plénitude. Sa parole nous rassemble, nous guide, nous redit le pardon inconditionnel du Père. Ses paroles sont esprit et elles sont vie.

L’Esprit du Seigneur nous rappelle la parole, il la met sur nos lèvres, il l’enracine en nos coeurs. C’est lui qui nous appelle sans cesse à dépasser nos égoïsmes, nos échecs, à n’être pas esclaves de nos déceptions. Il nous apprend à aimer. Il est notre espérance, la force d’aimer qui nous relève sans cesse. Puisse-t-il être de toutes nos rencontres cet été !

0 Comments

Add a Comment

Votre adresse courriel ne sera pas publiée.