Il fallait festoyer

Paroisse Saint-Jean-Baptiste – Ottawa https://sjb-ottawa.org

Toute ma vie, autant je trouvais cet évangile beau, autant je le trouvais difficile, parce que j’achoppais toujours sur la sympathie que j’éprouve envers le frère aîné, ce fils fidèle qui voit son père organiser une grande fête et un traitement d’honneur pour son fils cadet qui revient d’une tentative ratée d’indépendance.

Mais nous avons eu encore une fois cette semaine un partage d’évangile en communauté, et on nous a fait remarquer que la parabole s’adresse non pas à un auditoire universel, mais d’abord et avant tout aux scribes et aux pharisiens. Je l’ai relu sous cette lumière, et ça change tout.

Écoutons donc Dieu le Père qui s’adresse aux scribes et aux pharisiens par le biais de la parabole de Jésus.

Mes chers fils, vous, scribes et pharisiens. Vous aurez reconnu les publicains et les pécheurs dans le fils cadet qui part avec la moitié de la fortune de son père, et qui la dilapide en menant une vie de désordre. Commençons par eux. Que voulez-vous, ils sont mes fils, au même titre que vous. Je les aime, comme je vous aime. Il faut se réjouir de ce qu’ils viennent à mon Fils, comme le fils cadet est revenu vers son père. Ils étaient morts et ils sont revenus à la vie. Ils étaient perdus et ils sont retrouvés. Comment ne pas fêter? Oui, leur retour vers le père n’est pas le fait d’une vraie contrition, mais d’un calcul. Pour être honnête, je m’en foue. Je ne peux que me réjouir de ce qu’ils soient revenus. C’est comme ça. Je suis un père. Ils sont mes enfants.

Et maintenant, parlons de vous, scribes et pharisiens. Car vous vous serez reconnus, sans doute, dans le fils aîné. Parlons de vous. Je comprends votre indignation. Elle n’est pas d’ailleurs sans fondements. Il est écrit, très souvent et de bien des façons, surtout dans le livre des psaumes, que le juste est censé aimer les justes et détester les pécheurs. Mais voilà que le moment est venu dépasser cela. De dévoiler au monde, comme j’ai choisi de le faire par la prédication de mon fils, que moi, Dieu, j’aime tous mes enfants, les pécheurs comme les justes. L’amour que j’ai pour les pécheurs vous choque peut-être. Je ne peux répondre à votre indignation qu’en vous le redisant. Je suis un père. Ils sont mes enfants. Tout comme vous. Il se trouve que ce sont eux qui se sont éloignés de moi. Si ça avait été vous, votre sort aurait été le même. Je me réjouirais de votre retour, comme je me réjouis du leur. Je ne peux que vous supplier d’entrer dans le mouvement de mon amour.

Hélas, nous savons la fin de l’histoire. Ils ne sont pas entrés dans le mouvement de l’amour universel du Père pour tous ses enfants. Ils ont réservé à son fils le même traitement qu’ils ont fait à tous les messagers que le Père avait envoyés avant lui.

Il reste nous. Nous sommes un peu comme les petits chiens qui mangent les miettes qui tombent de la table des enfants. Cette parabole ne nous était pas destinée. Mais nous en tirons profit.

Nous y apprenons que Dieu est Père, et qu’il aime d’un amour de père tous ses enfants, les pécheurs comme les justes, les scribes et les pharisiens.

Nous sommes témoins du Père, disant aux scribes et aux pharisiens, archi-ennemis de son fils Jésus, ces paroles aussi tendres envers les scribes et les pharisiens qu’envers les pécheurs et les publicains : toi mon enfant, tu es toujours avec moi, et tout ce qui est à moi est à toi. Il fallait festoyer et se réjouir, car ton frère que voilà était mort, et il est revenu à la vie; il était perdu, et il est retrouvé.

Me voilà donc réconcilié enfin avec la parabole de l’enfant prodigue! Merci frère Jean-Marc!