Des larmes de deuil et de la vie
Le 3ème dimanche de Carême, le Christ avait guéri la Samaritaine de sa soif d’eau vive, de sa foi et de son cœur blessé d’amour. À elle, Il s’était défini comme étant l’Eau vive qui étanche toute soif et donne la Vie éternelle (cf. Jn 4, 10.14). On pouvait l’appeler le dimanche de l’eau, le dimanche du Puits de vie qu’est le Christ. Dimanche passé, le 4ème de Carême, guérissant l’aveugle-né, le Christ s’est défini comme la Lumière du monde (cf. Jn 9, 34). Nous l’avons appelé le dimanche de la Lumière. Ce dimanche, au deuil de son ami Lazare de Béthanie, le Christ fait une révélation forte avant de ramener Lazare à la vie, à savoir : « Je suis la résurrection et la vie. » (Jn 11, 25)
S’étant révélé ainsi, Il versa quelques larmes que saint Jean prit soin de rapporter : « Et Jésus pleura. » (Jn 11, 35) Nous pouvons l’appeler à la fois comme dimanche des larmes du Fils de Dieu dans la chair et comme dimanche de la vie, car des larmes du Christ, la vie à jailli, le retour à la vie de Lazare. Pour ce septième signe rapporté par Jean, en théologie et en spiritualité de la fin, on préfère plus parler de retour à la vie que de résurrection. On lie résurrection à la vie, la vie éternelle, la vie qui ne meurt plus comme celle du Christ. Or, Lazare, bien que revenu à la vie aura à mourir, afin d’entrer dans la gloire éternelle comme Jésus.
Pourquoi pleurer, toi le Fils de l’Homme ?
« Et Jésus pleura. » (Jn 11, 35) Pourquoi pleurait-il, alors qu’Il est la résurrection et la vie ? Quelle est la signification humaine, théologique et spirituelle de ses larmes pour nous, aujourd’hui ? Ses larmes sont les larmes de compassion et d’amour, dans la détresse et la finitude humaine. Lui, le Christ, le Verbe, la Parole de Dieu, s’est fait profondément chair. Il ne s’est pas fait homme à moitié, comme un surhomme, insensible aux douleurs et aux détresses humaines. Il s’est fait homme jusqu’au bout, jusqu’à nos faims, jusqu’à nos soifs, nos fatigues, nos douleurs, nos deuils. L’Écriture dit qu’il a été semblable à nous, en tout, excepté le péché. Ses larmes disent son amour et son attachement pour l’humanité. Ce sont des larmes d’amour (He 4, 15).
Si un jour, tu as un deuil à porter, ne manque pas d’y inviter Jésus, de l’appeler par la prière. Il sait porter nos deuils. Il est le Christ des endeuillés. Il est le Dieu des endeuillés. Personne, jamais personne ne pourra faire le deuil, faire les funérailles des hommes et des femmes comme le Christ. La Croix est le lieu du plus grand service funéraire pour l’humanité. Elle donne Vie. Pour que tes larmes aient un sens, il faut les unir à celles du Christ. Pour que ton deuil et ta mort aient un sens, il faut les unir au deuil de la Croix, c’est-à-dire à la mort du Christ. Car elle donne résurrection et Vie. C’est donc à juste titre que
Victor Hugo écrivait au bas d’un crucifix :
« Vous qui pleurez, venez à ce Dieu, car Il pleure.
Vous qui souffrez, venez à Lui, car Il guérit.
Vous qui tremblez, venez à Lui, car Il sourit.
Vous qui passez, venez à Lui, car Il demeure. »(Victor Hugo, Les contemplations)
« Lazare, viens sors ! » : le cri de la vie
« Et Jésus pleura. » (Jn 11, 35) Mais, Il ne s’arrêta pas aux larmes. Nos larmes s’arrêtent souvent au tombeau où on n’y peut rien. Les larmes du Christ vont plus loin que le tombeau. Elles se transforment en cri de vie, cri de victoire sur la mort : « Lazare, sors ! » Après avoir pleuré, Il s’avança vers la tombe de son ami Lazare, mort depuis quatre jours (cf. Jn 11, 39). Il le réveilla et le ramena à la vie par un cri, un cri de vie : « Lazare, viens dehors ! » (Jn 11, 43). Il s’agit, ici, d’un cri de vie et de Celui qui est la Vie. La Parole est vie et créatrice de vie. En Lui, le Verbe, la Parole de Dieu faite chair était la vie et la vie était la lumière des hommes et des femmes (cf. Jn 1, 4). En Lui, était l’eau des hommes et des femmes comme la Samaritaine.
Seul Celui qui est la Vie et la Vie en abondance (cf. Jn 10, 10), pouvait opérer un tel miracle pour éveiller ou réveiller notre foi souvent morte et enterrée, au fait qu’Il est, réellement, notre résurrection et notre vie envoyée par Dieu. « Père, priait-Il, je te rends grâce parce que tu m’as exaucé. 42Je le savais bien, moi, que tu m’exauces toujours ; mais je le dis à cause de la foule qui m’entoure, afin qu’ils croient que c’est toi qui m’as envoyé. » (Jn 11, 41-42) À l’évidence, le récit de la mort et du retour à la vie de Lazare est un crédo. C’est pour réveiller notre foi en la résurrection de la chair et la vie éternelle.
La clé de nos tombeaux, le Christ
Mort et vie sont liées. Notre vie terrestre est liée à la mort terrestre ou clinique. Et notre mort sur terre est liée à la Vie éternelle, la Vie du Christ, si, du moins, nous croyons qu’Il est la résurrection et la vie. N’ayons pas peur de la mort ! Nous avons, désormais, une clé pour nos tombeaux : le Christ. Ézéchiel promet que le Christ ouvrira nos tombeaux (cf. Éz 37, 12) comme Il a fait pour Lazare. Lazare représente l’humanité des défunts appelés à revivre dans le Christ. C’est pourquoi la prière pour les défunts est importante. Tout comme le psalmiste, des profondeurs, crions vers le Seigneur pour les vivants pécheurs que nous sommes et pour les morts. Nous devons apporter aux défunts le cri du Christ qui est la Vie des vivants et des morts. Paul nous donne une assurance à propos lorsqu’il écrit :
« Si Christ est en vous, votre corps, il est vrai, est voué à la mort à cause du péché, mais l’Esprit est votre vie à cause de la justice. 11Et si l’Esprit de Celui qui a ressuscité Jésus d’entre les morts habite en vous, Celui qui a ressuscité Jésus Christ d’entre les morts donnera aussi la vie à vos corps mortels, par son Esprit qui habite en vous. »
(Rm 8, 10-11)
De Lazare au Christ : deux deuils, deux tombeaux vides
Pourtant, au-delà de Lazare, le texte doit avoir une autre perspective cachée : celle du Christ même. Sa passion et sa mort se profilent à l’horizon. Tous les actes de son ministère manifestent son identité de Messie (cf. Jn 7, 26.31.41). Ce que les Pharisiens ne veulent croire ni accepter. Sa mort est donc décidée. Le récit du deuil de Lazare cache celui du Christ. Du moins, il est une prophétie pascale. Il nous fait entrevoir deux morts, deux deuils, deux tombeaux vides : celui de Lazare ramené à la vie et celui du Christ qui prendra sa place, pour trois jours, après sa Passion et crucifixion. Il est la résurrection et la vie, pour Lui-même aussi. On le comprendra le matin de Pâques, avec son tombeau vide (Jn 20,1-8). L’Eucharistie est le Pain de la mort et de la vie du Christ. C’est le Pain de la résurrection et de la vie. Chaque fois que nous communions, nous entrons dans la mort et la résurrection du Christ.
Ez 37, 12-14 ; Ps 129 (130) ; Rm 8, 8-11 ; Jn 11, 1-45