Jésus avait des prédications hautement théologiques, en vue du Royaume. Il avait aussi des paraboles. Il était un paraboliste. Les paraboles sont des histoires qui rapportent des faits dont le but n’est pas ces faits-mêmes, mais la conversion en vue du Royaume, en vue de l’amour de Dieu et du prochain. Aussi sévère qu’elle soit ou puisse être, la parabole vise la conversion, la sainteté. Nous venons d’écouter une de ces paraboles de Jésus, la parabole dite du pauvre Lazare et l’homme riche.
L’évangéliste Luc est le seul à la rapporter. Deux hommes, dont un riche et un pauvre. Vous comprenez pourquoi le titre de ma méditation est : deux hommes, deux pauvres, deux vies sur la route du Royaume. Je dis « deux » parce que dans le texte, il y a comme une dialectique, deux choses mises en opposition.
Deux hommes avec deux situations de vie différentes
L’homme riche est anonyme. Jésus ne lui a pas donné un nom. Jésus l’appelle l’homme riche (cf. Lc 16, 19) et plus loin le riche (cf. Lc 16, 21.22.27). Le pauvre, lui, a un nom : Lazare, Al’azar : veut dire Dieu aide. Son nom est répété plusieurs fois dans le texte, environ 5 fois (cf. Lc 16, 20.23.24.25.27). Autrement dit, le pauvre a une identité chez Dieu. Il est ignoré du monde et des hommes. Mais, il est connu et même reconnu par Dieu. Il n’a pas de face, il comme est invisible aux yeux du monde, mais visible aux yeux de Dieu, il a une face.
L’homme riche a une situation économique bien. Il vit bien. Il organise des fêtes somptueuses, chaque jour (cf. Lc 16, 19). Ce n’est pas le cas pour Lazare, son voisin ignoré par lui. Le Christ l’appelle pauvre (cf. Lc 16, 20.22). Il est un pauvre en quête des miettes de table qu’il ne pouvait avoir (cf. Lc 16, 21). C’est comme si même la poubelle du riche lui était cachée ou interdite. De fait, certains ont pour réfectoire et restaurant les poubelles. Ce n’était pas le cas pour Lazare. À la pauvreté de Lazare, s’ajoute sa maladie. Il avait des ulcères (cf. Lc 16, 20-21). Les deux hommes ont donc deux situations de vie différente. La souffrance et la misère de l’un fait face à l’indifférence et à l’opulence de l’autre. L’homme riche est vêtu de pourpre et de lin fin (cf. Lc 16, 19), tandis que Lazare a pour vêtement les ulcères dont le Christ dit qu’il était couvert (cf. Lc 16, 20). Le même reproche d’indifférence, Amos le fait à certains riches de son temps (cf. Am 6, 4-6).
Deux lieux et deux barrières, deux souffrances et deux bonheurs
Le texte laisse voir également deux oppositions de lieux : la terre et le ciel. Ces deux lieux laissent paraître aussi deux barrières, deux séparations qui cachent deux souffrances et deux bonheurs. Sur terre, l’homme riche vit dans l’opulence et le bonheur. Lazare, lui, vit dans la souffrance et le malheur. Mais, après leur mort, il y a comme un retournement de situation : L’homme riche, celui qui était heureux sur terre devient pauvre et malheureux après sa vie sur terre. Il est en proie d’une soif terrible dans la fournaise où il se trouve (cf. Lc 16, 21). Il est malade, il souffre de la chaleur. Sa soif est comparée à la faim de Lazare sur terre, la faim des miettes. Il avait mis une barrière entre sa vie opulente et le pauvre Lazare couché devant son portail (cf. Lc 16, 19).
Lazare, qui était malheureux sur terre, devient heureux au ciel, dans le sein d’Abraham. On comprend alors la réponse d’Abraham : « Mon enfant, répondit Abraham, rappelle-toi : tu as reçu le bonheur pendant ta vie, et Lazare, le malheur pendant la sienne. Maintenant, lui, il trouve ici la consolation, et toi, la souffrance. » (Lc 16, 22) Lazare n’a plus faim. Il n’a plus d’ulcères. Il est guéri. Il est riche de Dieu, il est béni parce qu’Abraham est le patriarche de la bénédiction, suivant la promesse de Dieu à lui faite (cf. Gn 12, 2-3). De fait après la mort de l’homme riche, il a été enterré (cf. Lc 16, 22). Pas d’élévation pour lui. Or, Lazare a été emporté par les Anges dans le sein d’Abraham (cf. Lc 16, 22). Il existe un abîme qui sépare Lazare de l’homme riche, tout comme sur terre, le portail le séparait du riche homme (cf. Lc 16, 20) : le portail de l’égoïsme, de l’indifférence fraternelle.
Faisons comme Abraham, le père de l’hospitalité et de la charité
On se rappelle, vers la fin de l’Évangile de dimanche passé, le Christ a dit : « Faites-vous des amis avec l’argent malhonnête, afin que, le jour où il ne sera plus là, ces amis vous accueillent dans les demeures éternelles. » (Lc 16, 9) Cette parabole du pauvre Lazare et du mauvais riche nous apprend comment se faire des amis avec l’argent trompeur. Si l’homme riche avait aidé le pauvre Lazare pendant sa souffrance et sa maladie, il serait devenu son ami après cette vie.
Qui sont les Lazare d’aujourd’hui ? Qui sont les riches d’aujourd’hui ? Ils sont nombreux, les Lazares de notre monde. C’est comme si Lazare en mourant nous avait laissé beaucoup d’enfants et de petits enfants afin d’éprouver notre hospitalité et notre charité. Jean Chrysostome présente Abraham comme le père de l’hospitalité et de la charité. C’est pourquoi une fois mort, Lazare est emporté dans son sein. Nous sommes les enfants d’Abraham par la foi. Faisons comme lui. Chaque pays a ses Lazares et des hommes riches, son paradis et son enfer. Entraidons-nous.
L’Eucharistie, Pain et Vin pour les pauvres offerts par le riche Homme
L’Eucharistie est le Festin divin, le Pain et le Vin pour les pauvres offerts par le Christ, l’Homme riche en miséricorde. Ayons la spiritualité de l’Eucharistie qui est une spiritualité du partage et de la charité. Le Christ avait brisé les distances, l’abîme entre le ciel et la terre pour venir nous l’offrir. Imitons-Le ! Faisons comme Lui. Brisons toutes les barrières entre les riches et les pauvres. La charité emporte, elle élève. La haine abaisse, elle enterre. Elevons-nous, par la charité. Brisons les barrières, les murs de Berlin de nos cœurs, les murs de Berlin invisibles de l’égoïsme, de l’indifférence, le manque de compassion.
Ne restons pas indifférents aux souffrances et aux guerres de par le monde. Ne restons pas sur nos divans, nos lits en ivoires, sans penser à cela. C’est l’avertissement que nous donne encore, ce jour, le prophète Amos (cf. Am 6, 4-6). Les guerres, la misère et la pauvreté font encore beaucoup de Lazare dans notre monde. Pensons à eux ! Prêtons attention à leurs cris, par nos prières, nos paroles et nos actes. Le monde entier se mobilise davantage pour la guerre à Gaza en train d’être exterminé. Il en est de même pour la guerre entre l’Ukraine et la Russie. Au Kongo et dans certains autres pays d’Afrique, le monde se mobilise pas autant contre les atrocités qui s’y commettent. Mais, le monde est tout de même au courant. Levons-nous de nos divans et fauteuils pour prier et intercéder, agir et parler pour la vérité et l’amour, la justice et la paix.
Paul demande à Timothée de rechercher la justice, la foi, la douceur, la persévérance et la charité en vue de la vie éternelle qui est notre vocation (cf. 1 Tm 6, 11.12). Aider les pauvres de notre monde n’est pas seulement leur offrir un abri ou leur donner du pain et les soigner. Venir en aide aux pays-Lazares de notre monde c’est permettre une gouvernance politique, sociale et économique qui favorise le bien commun et le bien-être de tous. C’est cesser l’exploitation économique, politique, sociale et même culturelle qui existe entre les peuples. Aider les Lazares de notre monde est plus par la justice et la paix, la vérité et l’amour que par une quelconque philanthropie des ONG et autres organisations.
Am 6, 1.4-7 : Ps 145(146); 1 Tm 6, 11-16 ; Lc 16, 19-31