Avez-vous hâte au printemps ? — L’hiver persiste, n’en finit pas de finir. Dans la grisaille qui nous environne, il y a pourtant des signes qui ne trompent pas. Les jours rallongent. Ils répondent de mieux en mieux à notre soif de lumière. Nous sommes en chemin et montons vers Pâques à la suite de Jésus. Pour ressaisir, pour être ressaisis, par notre baptême. Sa Bonne Nouvelle nous appelle, nous guide et nous rassure. La belle histoire que raconte Jean ce matin nous ouvre bien des pites en ce sens. J’en retiens trois.
D’abord, le signe. — L’aveugle-né n’a rien demandé, sinon une petite obole. Jésus prend l’initiative en pure gratuité. Il s’approche, crache sur le sol, lui oint les yeux avec cette boue. Son geste reprend, pour l’aveugle, celui du Créateur. L’homme était prison-nier des ténèbres, mort à la vie. Jésus travaille aux oeuvres du Père qui l’a envoyé. Il fait une création nouvelle de l’aveugle-né qui va renaitre et devenir enfant de lumière. Ce signe, vous y avez pensé, dit l’essentiel du baptême qui fait plonger dans la mort avec le Christ pour ressusciter avec lui. Pour être animé par l’onction, par le souffle, de l’Esprit Saint. Les 1ers chrétiens disaient le baptême, illumination. La lettre aux Éphésiens en a gardé ce refrain : Réveil-le-toi, ô toi qui dors, relève-toi d’entre les morts, et le Christ t’illuminera.
D’abord le signe, ensuite, le chemin. — Il me semble que ce qui est arrivé aurait mérité toute une fête. L’ancien aveugle aurait dû au moins crier, danser de joie. Vous pensez-pas ? — Or, il n’est rien… L’homme ne sait que répéter son histoire. J’étais aveugle, il a mis de la boue sur mes yeux, je me suis lavé, à présent je vois. Rien de plus… Il ne sait pas encore à quelle profondeur cette rencontre a changé et va changer sa vie. En dia-logue de sourds avec ses voisins, lâché par ses parents apeurés, confronté, voire persécuté par les pharisiens, jeté dehors, il persiste et signe. Au départ, il ne connaissait qu’un homme appelé Jésus. Il va le dire homme de Dieu. Un prophète, quelqu’un qui honore Dieu et fait sa volonté. Dans un face à face saisissant, il en vient à reconnaitre en lui le Fils de l’homme. Celui que le grand amour du Père donne monde. Pour rassembler tous les humains de bonne volonté, les unir Dieu et les conduire vers une communion parfaite de vie.
Le signe, puis le chemin, enfin les ténèbres sur le chemin. — C’est étonnant : le récit de Jean commence et se termine par des questions sur le péché qui aveugle. Au fond, nous n’avons rien à envier à l’aveugle-né. C’est d’autant évident que nous tous ici, sauf de rares exceptions, avons été baptisés tout jeune enfant. Alors, comme lui, nous n’avons rien demandé… Sans aucun mérite de notre part, le baptême dans l’amour de Dieu, nous a été donné en pure grâce. C’est en faisant un chemin semblable à celui de l’ancien aveugle qu’il nous faut aller, à la découverte de celui qui nous a fait renaitre. Au coeur des vicissitudes de notre existence personnelle, au-delà des peurs et des doutes, des échecs et des bêtises, des injustices et des tra-hisons… Devenir ce que nous sommes, des enfants de lumière et, au jour de son jour, en le voyant tel qu’il est, lui devenir semblable comme dira la 1re lettre de Jean *.
Rendons grâce pour le souffle de l’Esprit qui nous apprend à discerner ce qui plait au Seigneur. Prions pour que, reconnaissant notre cécité, nous nous laissions conduire par lui, notre vrai berger. Pour passer les ravins de la mort. Pour mieux dire par toute notre vie la lumière de vie éternelle qui déjà nous habite. Prions aussi pour notre monde, plongé dans les ténèbres de la guerre et de la violence, fasciné par les apparences de puissance, de bonheur et de gloire que donne l’accumulation du pouvoir et des richesses. Que s’ouvrent les coeurs ! “Pour découvrir que l’amour est plus fort que la haine, l’accueil plus beau que le refus, la justice plus riche que l’oppression, la communion plus humaine que l’isolement et la vie meilleure au gout que la mort” **.
Fr. Jean-Marc Perreault O.P.
* 1 Jean 3, 2c-d
** Dans, André Gignac O.P., Quand l’espoir se fait parole.
1Samuel 16,1b.6-7.10-13a ; Psaume 22 ; Ephésiens 5,8-14 (Jean 8,12) Jeann 9,1-44