L’Ascension est un départ

Paroisse Saint-Jean-Baptiste – Ottawa https://sjb-ottawa.org

Les départs sont fréquents, arrivent à tout âge, marquent des étapes importantes.    Ils sont inévitables, on les voit même venir de loin.    Est-ce qu’on s’y habitue ?    Est-ce que ça les rend faciles ? — Même les plus joyeux portent une inquiétude ou une peine.    Le vie tourne à l’inconnu.    Elle ne sera plus jamais la même.

L’Ascension est un départ.    Jésus s’élève, est enlevé, s’en va, se perd dans la nuée le récit des Actes laisse entendre le vide ressenti, le désarroi des Galiléens, leurs regards fixés au ciel.    Il relève leur question inquiète : est-ce maintenant le temps de ton règne ? — Matthieu évoque l’ultime rencontre des onze disciples avec le Ressuscité.    L’expérience est semblable : ils se prosternent, mais certains ont des doutes.

Vous connaissez cette expérience-là ? — C’est l’expérience de la confiance, de l’amour, de la foi dans sa face humaine, sa face obscure.    C’est l’expérience des disciples de toujours.    La fête de l’Ascension ne la cache pas, mais invite à un autre regard.    Vers la vraie lumière de la foi, la sagesse de l’Esprit, vers la mission du Christ pleinement accomplie, l’espérance que nous donne l’appel de Dieu.

L’Ascension est bien autre chose qu’une anecdote, un fait divers.    Elle est Parole, Évangile de Dieu.    Les mots des Actes des apôtres, s’élever, être enlevé, le ciel, la nuée, cherchent à nous y introduire.    Jésus passe du côté de Dieu, il est, il vit en Dieu.    Le Psaume 46, un chant pour l’intronisation pour un roi en Israël, et la Lettre aux Éphéseins poursuivent la révélation.    Battez des mains, acclamez notre roi !    Le Ressuscité est Seigneur, au-dessus de tout, il règne dans la gloire du Père.

Le Christ est en Dieu, en pleine communion avec le Père, assis à sa droite dans les cieux, soulignent les Actes et Éphésiens.    Matthieu et les Actes le disent aussi avec nous jusqu’à la fin du monde, par la force de son Esprit.    Il n’y a pas de contradiction là-dedans.    Ressuscité, le Fils de Dieu venu en notre humanité fait le pont entre ciel et terre, entre Dieu et le monde qu’il aime.    Tantôt, la préface dira du Christ Jésus qu’il est le médiateur que le Père nous a donné.    Sa Parole vive, notre chemin, notre véritable guide vers lui.

La prière d’ouverture a annoncé en quoi l’Ascension, le départ du Christ, concerne notre foi.    Le Christ Jésus nous a précédés, il nous introduit auprès de son Père.    Actes et Éphésiens creusent cette révélation.    Par le baptême dans l’Esprit, Dieu déploie en nous la même force qu’il a mise en œuvre en ressuscitant Jésus d’entre les morts.    Devenus membres du corps du Christ, nous sommes, en lui, victorieux de la mort et de tout mal.    Avec lui, nous vivons déjà près de Dieu en espérance, héritiers de la vie en plénitude.

En Église, unis au Fils de Dieu, Seigneur et Chef de notre foi, nous voulons ce matin rendre grâce pour l’espérance que nous ouvre l’appel du Père.    —    Mais comment rendre grâce pour un héritage si sublime qu’il dépasse tout ce que nous pouvons voir ou même imaginer ?    Comment rendre grâce quand déjà notre être de chair tombe en ruine ?    Comment croire, avec Paul dans Éphésiens, que l’Église est l’accomplissement total du Christ.    Elle qui parait, autour de nous, si faible et si blessée par nos misères humaines?

Selon ce que le Seigneur Jésus dit aux apôtres, c’est par la force de l’Esprit que nous pouvons rendre compte de l’espérance qui est en nous. — Que l’Esprit ouvre encore les yeux de notre cœur à sa lumière.    Qu’il nous apprenne à dépasser nos craintes, nos doutes et nos intérêts personnels.    Si ce n’est en paroles, qu’il donne à nos actes d’être au service l’Évangile de la grâce de Dieu.

Que l’Esprit de notre baptême nous transforme à l’image du Christ.    Qu’il convertisse et guide nos manières d’être et d’agir dans l’amour, resserre nos liens de communion en Église.    Qu’il nous fasse solidaires des besoins des autres, sensibles à leurs tristesses, à leurs angoisses.    Qu’il ranime chaque jour notre prière pour le monde que Dieu aime… sans jamais nous laisser baisser les bras devant l’impossible justice, devant l’improbable paix.

F. Jean-Marc Perreault o.p.


Actes des apôtres 1,1-11 ; Psaume 43 ; Éphésiens 1, 17-23 ; Matthieu 28, 16-20