Si tout s’est passé comme Luc le raconte, la prédiction de Jésus (Lc 21,5-6) a dû laisser les disciples estomaqués, voire incrédules. Comment croire que le beau Temple d’Hérode, encore étincelant comme un sou neuf, puisse être détruit? S’il existait un bâtiment solide et impressionnant, c’était bien celui-là, avec ses pierres de fondation gigantesques que des fouilles ont dégagées du côté sud-est. D’une hauteur d’un mètre au moins, certains blocs atteignaient 12 mètres de longueur et pesaient chacun 50 tonnes.
À l’autre extrémité du même chapitre, Luc rapporte encore une autre prédiction de Jésus. Elle ne concerne plus une catastrophe prochaine comme la destruction de Jérusalem et de son Temple. Il s’agit plutôt d’un mystère de foi associé à la fin du monde tel que nous le connaissons : « On verra alors le Fils de l’homme venir dans une nuée, avec puissance et grande gloire » (21,27). Cette fois, c’est plutôt nous que cette annonce plonge dans la perplexité. Faut-il persister à attendre un avènement qui a déjà tant tardé?
La ruine de Jérusalem se présente comme un événement du passé ancien, survenu juste après le règne de Néron, et qui se prête à la vérification historique. Tandis que l’évocation de la fin appartient à un futur indéterminé et possède des contours inconnus. La difficulté d’en représenter le comment peut entraîner le risque de n’en pas attendre l’occurrence.
La foi, pourtant, nous dit que Dieu est déjà intervenu une première fois dans le Christ et que cette intervention a marqué l’histoire de façon décisive. Cela, du moins, peut être vérifié. Même quelqu’un qui n’a pas la foi peut constater que, deux millénaires plus tard, il existe toujours des millions de personnes dont la vie trouve sens en relation avec ce qui s’est passé alors.
Or, la même foi nous dit : Dieu interviendra dans le Christ, mais cette fois de façon définitive. De même qu’il y eut une manifestation du Christ dans la chair, il y aura, en langage biblique, une manifestation du Christ dans la gloire. Jamais personne n’aurait pu imaginer la façon totalement imprévue dont Dieu est intervenu la première fois. Même les attentes les plus audacieuses furent alors déjouées : « Ah! si tu déchirais les cieux et si tu descendais! » (Is 63,19). Comment pourrions-nous prévoir ou concevoir la façon dont Dieu interviendra une dernière fois? Pour des croyants, est-ce bien nécessaire? N’en savons-nous pas assez : « Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique » (Jn 3,16)? La seconde intervention, comme la première, se fera à travers le Fils unique et elle découlera, elle aussi, de l’amour.
Dans l’attente d’une manifestation décisive, les prophètes anciens, déjà, en appelaient, pour rendre compte de leur attente, à « ce que l’œil n’a pas vu et que l’oreille n’a pas entendu, ce qui n’est pas monté au cœur humain (Is 64,3; Jr 3,16). À quoi Paul, après avoir cité librement ces passages, ajoutera: « ce que Dieu a préparé pour ceux qui l’aiment » (1 Co 2,9). Dès lors, croyants et croyantes ne peuvent-ils pas faire leur la certitude du psaume : « Mon âme attend le Seigneur, je suis sûr de sa parole. Mon âme attend plus sûrement le Seigneur qu’un veilleur n’attend l’aurore » (Ps 130,5-6).