De toute évidence, dans la tradition judéo-chrétienne, l’action-de-grâce en général, et en particulier l’action-de-grâce envers Dieu, c’est important. Nous avons aujourd’hui un passage du 2e livre des Rois qui fait état de la reconnaissance de Naaman, le Syrien, envers le prophète Élisée. Et nous avons le passage de l’évangile de Luc dans lequel Jésus qui loue le Samaritain guéri qui revient vers lui pour lui rendre grâce pour sa guérison.
Oui, l’action-de-grâce, c’est important, et je dirais que le premier bénéficiaire en est celui qui est reconnaissant. En effet, toutes choses étant égales, une vie humaine marquée par une forte disposition envers l’action-de-grâce est pas mal plus belle qu’une vie humaine qui en est dénuée.
Mais comment y arriver, à cette vertu d’action-de-grâce? C’est sûr que d’être exposé de façon habituelle à quelqu’un qui possède cette vertu est une grande aide. Nous avons eu la chance, dans notre famille de grandir auprès d’une mère qui avait cette disposition ‘’in spades’’ comme on dit en anglais. Ma mère éprouvait, et formulait sans cesse son admiration et son action-de-grâce devant tout ce qu’il y avait de beau et de bon. Elle nous a dit une fois : ‘’Le Bon Dieu est bon. Il aurait pu créer le monde en noir et blanc et nous n’aurions jamais su la différence.’’ Elle dit encore une autre fois : ‘’Le Bon Dieu est bon. Quand les humains créent quelque chose de beau, ils nous font payer pour le voir. Mais toutes les merveilles du Bon Dieu sont gratuites.’’ Tous n’ont pas la chance de vivre auprès de quelqu’un comme ma mère.
Il y a pourtant une autre façon d’en arriver à une disposition permanente et aisée envers la reconnaissance. Lorsqu’on est reconnaissant, c’est parce qu’on est en présence de quelque chose qui est beau et bon. Lorsque cela se produit et que nous sommes croyants, il me semble que l’admiration du bon se meut elle-même, spontanément, en action-de-grâce. L’art est donc de cultiver, de développer cette habitude à voir le beau, le bien, le bon, partout où il se trouve. Et cela, ça se fait. Le beau, le vrai, le bien, le bon, ils ne sont pas toujours évidents, soit parce qu’il sont trop visibles, trop évidents, et alors on ne les voit plus, soit parce qu’ils sont cachés, voilés, et alors il faut y accéder par la réflexion. Mais c’est un exercice tout-à-fait faisable, et qui porte de très bons fruits. Il s’agit d’être en tout temps à la recherche du bien, du beau, du vrai, du bon. Quand on vit dans cet état, on finit par voir le bon, partout où il se trouve. Et l’admiration, du moins pour le croyant, se meut en action-de-grâce, assortie de joie, d’une sorte de soulagement.
Je le redis, c’est une bien bonne chose que de vivre sa vie dans une disposition permanente à l’action-de-grâce. Cultivons l’art de voir le bien partout où il se trouve, et nous parviendrons tout naturellement à un état permanent d’action-de-grâce. Mais aussi et surtout, puisque tout ce qui est bon est don de Dieu, dont cette disposition à l’action-de-grâce et à l’émerveillement devant tout ce qui est beau, bon, vrai, grand, eh bien, demandons-en la grâce, le don, à Dieu.