L’astuce du mauvais gérant

Paroisse Saint-Jean-Baptiste – Ottawa https://sjb-ottawa.org

‘’Les fils de ce monde sont plus habiles entre eux que les fils de la lumière.’’ Dit Jésus. Nous en avons en effet un bel exemple dans l’habilité dont fait preuve le mauvais gérant dans l’évangile d’aujourd’hui. Pas fou, ce gérant. Il vient de perdre son emploi comme gérant. Quoi faire? Travailler manuellement? Il n’en a pas la force. Mendier? Il aurait honte. Puis lui vient alors cette brillante idée. À celui qui devait cent barils d’huile à son maître, il en réclame 50. À celui qui lui devait cent sacs de blé, il lui en fait payer seulement 80. Il gagne ainsi la faveur des débiteurs de son maître, et en fait ses amis pour l’avenir. Il gagne aussi la faveur même de son maître. Car pour le maître, l’alternative était peut-être de ne rien recevoir du tout de ses débiteurs. En plus, il admire l’astuce de son mauvais gérant.

Quelle leçon tirer pour nous-mêmes de l’astuce du mauvais gérant? Peut-être l’habilité dont il fait preuve en sachant voir les choses telles qu’elles sont, et en trouvant rapidement une issue à son dilemme.
Ne sommes-nous pas, en effet, en tant qu’Église, dans un prédicament un peu semblable? Notre situation n’est plus ce qu’elle était. Ce qu’elle était n’est plus. L’Église peine à s’ajuster dans cette situation un peu celle de s’être tirer le tapis de sous nos pieds. Depuis 1960, disons, tout a changé : les mentalités, les pratiques, les façons de voir et de vivre, tout a changé radicalement. Impossible de vivre la vie écclésiale, la foi, comme avant. Pas possible de répéter et simplement de maintenir le passé de notre Église. L’Église est appelée à se faire inventive, à s’adapter aux temps nouveaux tout en demeurant fidèle à l’évangile et à la tradition. Pas facile. Le défi est colossal, à la limite décourageant. Quand on considère le défi qui est devant nous en tant qu’Église ancienne dans un monde nouveau qui ne se tourne plus vers elle pour être inspiré, on admet assez volontiers qu’on est moins habiles que les fils de ce monde entre eux, du moins, quant à l’Église prise collectivement. On sent que l’Église tâtonne sans trop savoir, dans l’ensemble, dans quel sens aller.

Notre espoir doit rester ancrer encore et toujours dans cette vérité fondamentale : ce n’est pas nous qui assurons, en définitive, la figure nouvelle, adaptée de l’Église, et par conséquent son avenir. C’est l’Esprit-Saint, œuvrant en nous et à travers nous. Nous en avons un beau rappel dans la canonisation de Pier Giorgio Frassati et Carlo Acutis qui a eu lieu récemment. Nous voyons en eux deux jeunes hommes infiniment sympathiques, tout-à-fait de leur temps. Pier Giorgio, au moment de sa mort, achevait ses études en génie minier. Carlo, mort à l’âge tendre de 15 ans, était déjà rompu à l’informatique, ayant créé un site web présentant les miracles eucharistiques.

Ces deux jeunes hommes ont spontanément vécu leur foi et leur appartenance à l’Église d’une façon adaptée à leur temps. Pour Pier Giorgio, c’était le dé but du 20e siècle. Pour Carlo Acutis, c’était le début du 21e. La preuve qu’ils ont réussi, c’est qu’ils inspirent grandement un très grand nombre de jeunes gens dans l’Église.

Oui, nous avons beau être un peu lent, peu inventif, peu débrouillard dans l’ensemble, qu’importe, l’Esprit suscite, là où il faut, les astuces et les forces vives qui donnent un élan nouveau à l’Église et à l’évangile. Rendons-en grâce à Dieu, et demandons la grâce, si telle est sa volonté, et il y a tout lieu de croire que ce l’est, que nous soyons dotés, nous, de l’habileté du mauvais gérant, de la fraîcheur et de l’adaptation de Pier Giorgio et de Carlo au monde dans lequel ils vivait leur foi. Que l’Esprit de Dieu, créateur, nous donne à nous aussi, pour le bien de l’Église dans notre temps, un esprit créateur.