De la honte à la gloire

Paroisse Saint-Jean-Baptiste – Ottawa https://sjb-ottawa.org

Solennité de la Croix glorieuse (1)

La vie chrétienne est christiforme et cruciforme

Comme chrétiens et chrétiennes, chaque jour, nous nous signons. Nous faisons le signe de la Croix sur nous. À la messe, on le fait au début pour commencer la célébration et à la fin, lors de la bénédiction. Le faisant, nous nous signons du Christ, de sa souffrance sur nous et de sa mort. Le faisant, nous nous christifions davantage, nous confessons le Christ par ce geste. Nous proclamons qu’Il est Seigneur, comme dit Paul (cf. Ph 2, 11) Car la Croix est d’abord l’Homme de la Croix, mort et ressuscité avant d’être le bois, l’instrument de supplice.

La Croix est le plus grand emblème du christianisme. Si la Bible peut être pour les chrétiens ce que la Constitution est pour une nation, si le crédo peut être pour nous ce qu’est l’hymne nationale pour une nation, la Croix est, pour les chrétiens, comme le drapeau d’une nation. Au cœur du Royaume, se trouve la Croix. Elle est le drapeau du Royaume. Elle refait notre identité. C’est par elle qu’on est des christiens, c’est-à-dire ceux et celles qui sont du Christ, qui Lui appartiennent et qui L’imitent. La vie chrétienne est christiforme et cruciforme. Elle est christiforme à cause du Christ qu’on imite. Elle est cruciforme à cause de la Croix du Christ qui est l’ultime lieu de la mission du Christ sur terre.

La Croix, échelle de la glorification du Christ

Le signe de la Croix est le signe du Christ, de sa souffrance et de sa mort. Mais, c’est aussi le signe de sa résurrection et de sa glorification. Chez Jean, rappelons-nous, la Croix est bénédiction, élévation et glorification pour le Christ (cf. Jn 12, 23.32), et non pas seulement un lieu de malédiction comme le pensent ses bourreaux. Elle est chemin de passage et de glorification. Le Christ s’y est abaissé jusqu’à la mort et la mort de la Croix, comme dit Paul (cf. Ph 2, 6-8), mais Dieu l’a élevé par la résurrection.

La Croix est comme une échelle pour la glorification du Christ. On peut comprendre alors l’image de la descente et de la montée dont parle Jésus. « …nul n’est monté au ciel sinon celui qui est descendu du ciel, le Fils de l’homme. » (Jn 3, 13 LIT) Il est descendu par l’Incarnation, en se faisant homme parmi les êtres humains. Mais, Il est remonté par la résurrection. Le Christ est monté sur la Croix pour mourir et Il en est descendu par la résurrection.

La Croix : lieu de la recréation et chemin de la vie éternelle

La Croix est le chemin de la transfiguration, là où le Christ s’est laissé défigurer afin de nous ré-figurer, de nous recréer. C’est là, à la Croix, que tout recommence : la création et le salut de l’humanité. La Croix est devenue le nouveau chemin d’éternité. L’éternité promise passe par elle. Il n’y en a pas d’autre voie. Hors de la Croix, pas de salut chrétien. Être chrétien c’est donc être crucifié. Si nos péchés ne crucifient pas, le monde avec toutes ses souffrances, le monde où on est appelé à vivre et à servir, nous crucifiera. La pastorale, le service des âmes est une croix silencieuse. En cette crucifixion consiste, en fait, notre transformation.

C’est pourquoi Jésus disait à sœur Lucie : « La Croix n’est pas là pour t’écraser, mais pour t’élever vers le Ciel (2). » Elle est comme la Porte étroite de l’amour de Dieu et du prochain. Elle nous purifie de tout ce qui n’est pas de Dieu et de l’amour, afin qu’on y passe sans gêne. Que la face douloureuse de la Croix ne nous fasse pas oublier sa face glorieuse et lumineuse. Car, elle a deux faces qui nous rappellent la souffrance, la mort mais aussi et surtout la glorification du Christ. La Croix, en le Christ, est le résumé des béatitudes (cf. Mt 5, 1-12). À chaque souffrance et épreuve des Béatitudes est liée une promesse bienheureuse. De même, la face douloureuse de la Croix rappelle sa face glorieuse et béatifique.

La Croix signature de l’amour de Dieu et autoroute du Royaume

La Préface de la Croix glorieuse en dit plus. Il y est dit : Seigneur, Père éternel et tout-puissant, « tu as attaché au bois de la Croix le salut du genre humain, pour que la vie surgisse à nouveau là où la mort avait pris naissance, et que l’ennemi, victorieux par le bois, fût à son tour vaincu sur le bois, par le Christ, notre Seigneur ». La Croix glorieuse dit la victoire du Christ. Le Christ a vaincu Satan à la Croix (cf. Jn 16, 33). La Croix est un exorcisme. On peut comprendre l’analogie avec le serpent d’airain qui, au désert, préfigurait la Croix du Christ (cf. Nb 21, : Jn 3, 14). Tout comme Dieu guérissait par le serpent de bronze, de même, le Christ nous guérit des péchés et de la mort ; Il nous sauve par sa Croix.

Le Christ donne le sens de sa Croix en affirmant : « Dieu a tellement aimé le monde qu’il a donné son Fils unique, afin que quiconque croit en lui ne se perde pas, mais obtienne la vie éternelle. » (Jn 3, 16) Au fait, ce qui fait vraiment la gloire de la Croix du Christ c’est l’amour, son amour pour nous, un amour qui sauve. La Croix est glorieuse par l’amour de Dieu pour le monde entier. Elle est le cachet du salut de l’humanité. Elle est le sceau d’amour de Dieu, son amour ultime, son amour jusqu’au bout, jusqu’à l’extrême comme dit Jean (cf. Jn 13, 1). À travers elle, Dieu nous exprime son amour.

Au bas de chaque vie, en haut de chaque vie, au début, pendant son développement comme à la fin, il y a cette signature d’amour de Dieu. Il y a ce JE T’AIME particulier signé par l’encre du Royaume, à savoir le Sang du Christ. La Croix est l’autoroute du Royaume, le GPS du Ciel, l’Échelle ou, si vous voulez, l’Ascenseur vers le Royaume. Tout comme chez le Christ, elle est le lieu d’exode vers le ciel, elle est l’Exit vers la gloire.

L’Eucharistie est le Sacrifice de la Croix

L’Eucharistie est le Repas, le Sacrifice de la Croix. C’est pourquoi on l’appelle le Saint Sacrifice. La Croix était le lieu de la vraie Cène, le lieu d’Offrande du Corps et du Sang du Christ que préfigurait le Jeudi Saint et que rappelle le Dimanche de la Résurrection. L’Eucharistie est le Repas du Christ crucifié et glorifié. Offrons-nous à Lui et pour Lui, comme Il s’est offert à nous et pour nous. Offrons-Lui nos fardeaux, nos croix. Abreuvons-Le et nourrissons-Le par notre amour. Adorons-Le et glorifions-Le par notre conversion, nos prières et notre sainteté de vie.


(1) Méditation du 14 septembre 2022. Revue et prêchée le 14 septembre 2025.
(2) Lucie, Viens Esprit-Saint, Paris, Diffusion la Colombe, 1992, p. 297.

Nb 21, 4b-9 ; Ph 2, 6-11 ; Ps 77 (78) ; Jn 3, 13-17