En janvier dernier, le pape François annonçait le début d’une année jubilaire consacrée à l’espérance. Cette annonce, proclamée dans sa bulle Spes non Confundit (« L’espérance ne déçoit pas »), qu’on trouve très facilement en ligne, détaille les nombreuses difficultés d’espérer dont toutes sortes de gens font l’expérience : jeunes et vieux, personnes en santé et personnes malades, travailleurs et chômeurs, familles sédentaires et familles déplacées, et bien d’autres. En français, il existe une distinction utile entre de tes espoirs, qui relèvent de l’ordre naturel, et l’espérance, qui relève de l’ordre surnaturel.
Quelle est cette espérance surnaturelle, qui ne déçoit pas ? Pour le pape François et pour tout chrétien, c’est évidemment la grande espérance que Jésus nous a promise. Certes nos espoirs terrestres sont importants et ils ne sont pas éliminés par la grande espérance chrétienne. Pourtant ces espoirs terrestres sont limités et, à la longue, ils ne sont pas capables de tenir le coup suite à nos inévitables déceptions.
D’ailleurs, même quand nous réussissons très bien, une certaine insatisfaction demeure, au moins si nous sommes lucides. Il ne faut pas nier nos succès ; il faut, au contraire, s’en réjouir et en remercier l’Esprit Saint. Toutefois nos espoirs et nos réussites sont ambigus. S’ils ne sont pas subordonnés à la grande espérance que Jésus nous offre, ils deviennent des idoles, car ils empêchent Dieu d’occuper la place centrale dans notre vie.
Dans notre première lecture d’aujourd’hui, nous entendons les apôtres demander à Jésus : « Seigneur est-ce maintenant le temps où tu vas rétablir le royaume pour Israël ? » Et Jésus de répondre : « Il ne vous appartient pas de connaître les temps et les moments que le Père a fixés de sa propre autorité. » Le Royaume de Dieu annoncé par Jésus se réalise modestement et lentement, pour la simple raison que Dieu veut respecter la liberté humaine, la liberté d’accepter ou de refuser les exigences de ce Royaume.
La question posée à Jésus par les apôtres était la suivante : « Seigneur est-ce maintenant le temps où tu vas rétablir le royaume pour Israël ? » Pour Israël ! Malheureusement il y a présentement beaucoup d’israéliens qui ont fait de leur nation un absolu, au détriment des palestiniens. Bien sûr, je reconnais que tout peuple a le droit de se défendre. Or les leaders de l’État d’Israël ne connaissent probablement pas la pensée catholique traditionnelle selon laquelle il ne peut y avoir une guerre juste que selon des conditions très précises.
Pour prendre un autre exemple : aux États-Unis, beaucoup d’américains ont mis leur foi et leur espérance en un président qui leur avait dit : « Make America Great ». Un bon nombre de ces américains ont d’ailleurs commencé à déchanter. Quand on poursuit l’idéal d’un nationalisme excessif et abusif, on sacrifie inévitablement la justice qu’on doit exercer envers les autres peuples, et ce manque de justice finit par diminuer la justice à l’intérieur des nations dominatrices elles-mêmes. En d’autres termes, il y a là un phénomène de nemesis : le péché des pécheurs les rend injustes entre eux.
Qu’est-ce donc que Jésus nous promet à nous ses disciples ? Il nous dit : « Vous allez recevoir une force quand l’Esprit Saint viendra sur vous. » Et à quoi cette force sert-elle ? Jésus ajoute : « Vous serez alors mes témoins. » Témoins de quoi ? Témoins d’une espérance véritable pour un monde de peur et de violence dans lequel un très grand nombre désespèrent.
Je conclus cette homélie avec la recommandation de la Lettre aux Hébreux : « Continuons sans fléchir d’affirmer notre espérance, car il est fidèle, celui qui a promis. »
Louis Roy, OP
Église Saint-Jean-Baptiste
Ottawa, juin 2025