Le commandement nouveau

Paroisse Saint-Jean-Baptiste – Ottawa https://sjb-ottawa.org

Vous avez entendu ça ? — Et dire qu’il y en a qui pensent que le commandement nouveau de l’amour est un chemin vers la médiocrité.    Il parait, qu’à 92 ans, le vieux barde du pays chante encore : il est difficile d’aimer… Ça, c’est pour l’amour tout court, l’amour ordinaire, l’amour de tous les jours.    En comparaison, ce qu’on en dit ce matin a bien l’air d’un sport extrême.    Vous croyez pas ?

Conjuguer ensemble, aimer et haïr, faire du bien et maudire, faire le bien calomnier ou voler, c’est évidemment un tour de force.    Comment penser que ça peut être un idéal de donner sa chemise à qui prend son manteau ?    Un mode de vie, de tendre l’autre joue à celui, à celle qui insulte ou qui blesse ?

Le récit de Samuel offre une 1re piste de lecture.    La situation est très violente.    Fou de jalousie, le roi a juré de tuer David.    Il le traque avec 3000 soldats d’élite.    Les forces sont disproportionnées.    David n’a avec lui que quelques amis de sa parentèle.    Pourtant, quand Abishaï propose de clouer Saül au sol avec sa propre lance, David refuse cette violence.

Dans la vie de tous les jours, vous savez certainement combien, des mots même petits, de petits gestes, peuvent dégénérer, quand on se met à répondre de la même façon.    L’enjeu de la déclaration solennelle de Jésus aux disciples qui l’écoutent est précisément là.    Stopper l’escalade.    Répondre à la violence par l’amour.    C’est bien loin du sentimental.

Aujourd’hui, la Parole offre en plus toute une gamme de raisons et moyens pour y arriver.    D’abord des motivations tout humaines, mais en nette progression.    1- La règle d’or : Faire aux autres ce qu’on veut pour soi-même.    2- Mériter une récompense…, la récompense.    3- Faire mieux que les pécheurs.    Et encore : Ne pas juger pour ne pas l’être, Donner abondamment pour recevoir de même, etc.

Jusque-là, il n’y a rien de bien nouveau dans le commandement de s’aimer les uns les autres.    Sa nouveauté vient de ce que le Seigneur Jésus nous donne avec lui.    La possibilité de devenir enfants de Dieu, et de l’être vraiment.    Par lui, avec lui et en lui, la possibilité de se laisser prendre par le dynamisme de la tendresse, de la miséricorde du Père, et d’en vivre.

La source et la force du commandement nouveau c’est l’Évangile de notre Seigneur, en qui nous croyons.    En Jésus, nous croyons, non seulement, que l’amour de Dieu pardonne nos péchés, pour guérir nos violences.    Nous croyons que son amour nous ressuscite avec Jésus.    Il nous recrée à l’image du Christ et nous destine à lui devenir semblables.

Le récit du livre de Samuel insiste.    David confesse par deux fois la raison pour laquelle il refuse de laisser tuer Saül, son ennemi mortel, et c’est plus qu’un geste chevaleresque.    Il voit en lui l’invisible qui échappe au regard d’Abishaï et de ses autres compagnons.    David reconnaît en Saül la présence de l’esprit de Dieu qui l’a marqué de son onction.    Il remet sort aux mains de la justice et de la fidélité de Dieu.

L’amour reçu du Père en son Fils change bien davantage encore notre regard.    Il fait voir en tout être humain un frère, une sœur, en qui l’Esprit Saint agit pour nous sauver.    Il fait voir en toute personne qui souffre et qui peine, le Christ qui tend la main vers nous : Ce que vous faites à l’un de ces petits, c’est à moi que vous le faites !

Rendons grâce pour le Christ qui nous appelle à traduire dans nos gestes et dans nos paroles la tendresse et la miséricorde que nous avons reçues du Père.    Rendons grâce et prions pour que nos paroles et nos gestes nous conduisent vers la miséricorde finale.    Vers l’accomplissement de notre bienheureuse espérance, quand sera révélée notre vie déjà cachée au Ciel, en Dieu, avec le Christ.

F.    Jean-Marc Perreault OP


1Samuel 26,2…23 ; Psaume 102 ; 1Corinthiens 15,45-49 ; (Jean 13,34) Luc 6,27-38