Un si grand trésor d’amour !

Paroisse Saint-Jean-Baptiste – Ottawa https://sjb-ottawa.org

Les paraboles du Royaume se ressemblent. Leurs images se recoupent. Matthieu a déjà parlé d’un champ où l’ivraie et le bon grain sont laissés ensemble. Il y ajoute l’image du filet jeté à la mer et qui en tire à la fois de bons poissons et d’autres sans valeur. Les comparaisons sont semblables, mais leur accent est différent.

Celle de l’ivraie prône la patience pour sauver le grain. Celle du filet dit qu’il y a du tri à faire. Dans l’une et l’autre, l’annonce du jugement final souligne la gravité de la situa-tion. Les paraboles du trésor au champ et de la perle de grande valeur insistent. Il faut faire le ménage dans nos attachements… tout de suite, sans attendre !

À l’appui, la liturgie cite Salomon qui demande un coeur attentif à discerner le bien et le mal. Bref, le royaume des Cieux ne s’impose pas, mais impose de choisir. À la vue du trésor et de la per-le, le choix d’ailleurs ne pèse pas, au contraire ! — Quel est donc ce trésor, pour lequel on va tout abandonner joyeusement ?

Les deux petites paraboles ont l’air pareilles. Leurs différences sont parlantes. Le trésor caché se trouve en travaillant la terre. Tout jardinier sait que la terre bien travaillée est un vrai trésor, elle donne même du 100/1. Tel n’est pas l’objet de la parabole. Elle vise un trésor inopiné, donné par surcroit, gratis.

L’autre parabole pointe sur l’homme qui cherche. Qui parait même avoir beaucoup, longtemps cherché, désiré. Les images se croisent. Quand les évangiles mettent en scène une personne pour dire le Royaume, il s’agit toujours de Dieu et du Christ. De son amour, de son plan, de son désir de sauver. Rappelez-vous…

N’est-ce pas Dieu qui sème la Parole à tout vent, qui refuse de séparer l’ivraie du bon grain tant que dure la croissance ? Lui qui se fait humble semence, emmêlée à la condition humaine, serviteur jusqu’à la croix ? Lui qui s’enfouit comme un levain dans le monde pour l’élever, pour l’attirer à lui ?.

Vous voyez où est, quel est, le trésor ? — La parabole de la perle parle d’abord de Dieu qui cherche, vient au-devant, s’engage, se donne. Dans les mots souvent entendus de saint Jean : Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique pour que celui qui croit ait la vie éternelle. Voilà le trésor, le mystère que révèle le Père.

La lettre aux Romains traduit la même réalité : Dieu prédestine. Le mot a fait couler beaucoup d’encre, semé bien des inquiétudes. Il dit ceci. Non pas que Dieu exclut d’avance, mais qu’il est le premier à aimer. Il choisit, appelle, ajuste à lui, donne part à sa plénitude de vie et de bonheur. Tout est don, tout est grâce ! Tout ce que nous sommes et serons, tout ce que nous avons et aurons vient de lui.

L’Évangile, qu’il soit selon Matthieu, Paul ou Jean, dit le mystère, le dessein d’amour de Dieu. — Nous cherchons, nous passons notre vie à chercher, à désirer. Bien avant, mieux qu’en un improbable, un impossible rêve, l’Esprit du Seigneur ressuscité nous montre le Père. Bien avant nous, pour que nous puissions le chercher, c’est lui qui nous cherche avec patience et tendresse.

Ainsi, peu à peu, par son Esprit, le Père travaille les coeurs de bonne volonté comme on fait pour une bonne une terre. Par son Esprit il les ensemence mystérieusement de sa loi d’amour. Il les appelle, pour les conformer à l’image de son Fils afin qu’aucun ne se perde.

Que cette bienheureuse espérance nous rende capables de discerner, ce qui il faut être et faire, pour bien ser-vir l’Évangile de la grâce de Dieu . Qu’elle nous rende capables d’infini respect et d’action de grâce pour le trésor de l’amour du Père caché au coeur de toute personne.

Fr. Jean-Marc Perreault O.P.