Au départ, une note chronologique banale, mais non moins importante. Le même jour, le 1er de la semaine. Autant dire aujourd’hui, comme Luc le répète souvent. Notre aujourd’hui, ce jour même, où nous nous sommes mis en route et rassemblés ici.
Cette fois-là, ils étaient deux à marcher. Deux inconnus, l’un dénommé Cléophas, l’autre sans nom. Ils fuient un lieu de douleur. Ressassent leur vie, s’interrogent, discutent en marchant. Ils pensaient avoir trouvé… Ils espéraient être libérés par lui.
Nous voici de pair avec eux. Cherchant le sens de ce que nous sommes, faisons et endurons. Ce qui nous libérera du superficiel, donnera du poids, de la solidité à notre vie. Plus le temps passe…, plus la route s’allonge…, plus lourdes sont nos questions.
Comme les leurs, nos yeux s’aveuglent. Chargés de peines et d’inquiétudes pour l’avenir du monde, de l’Église, de nos familles. Chargées peut-être de déceptions et d’amertumes, d’échecs, de misères et de fuites. Enfermés dans la mort, fermés à la vie.
Voilà pourquoi nous prenons ensemble la route de Pâques semaine après semaine. Pour nous éveiller à la présence du Vivant qui marche avec nous. Il prend sur lui nos fragilités. Qui nous porte, quand ce qui arrive menace d’épuiser ou d’écraser notre peu foi.
Aujourd’hui encore, il nous ouvre la Parole. D’aussi loin que Moïse et les Prophètes, elle nous redit la tendresse du Père, la force de sa miséricorde impartiale. Elle nous montre le Fils, l’Agneau sans tache, amour donné sans mesure pour guérir notre vie, la rendre féconde, l’élargir jusqu’en vie éternelle.
Par l’Esprit qu’il nous donne, le Ressuscité nous fait non seulement redire avec Pierre le psaume qui chante sa victoire sur le mal et la mort. Lui-même, il le prie en nous, pour nous délivrer de toute tristesse. « Garde moi mon Dieu… avec toi, je suis inébranlable… tu m’apprends le chemin de vie… joie éternelle ! »
Non seulement le Seigneur réchauffe notre cœur par la Parole que son Esprit interprète. Il vient à notre table, refait pour nous les gestes de la Cène. Nous y reconnaissons son offrande accomplie une fois pour toutes. La rémission des péchés qui nous relève et remet en route, renouvelés dans la grâce baptismale.
Nous le reconnaissons en rendant grâce… Tandis que nous sommes là, sans le voir encore, sa parole nous brule, purifie, soude comme un feu de creuset. Le pain vivant réunit les grains dispersés que nous sommes. La coupe du sang versé nous rachète mieux que tout or et argent.
Le Ressuscité nous fait ainsi membres de son corps. D’un dimanche à l’autre, il nous apprend à nous reconnaître en lui. Prions que, par l’Esprit Saint répandu en nos cœurs, il nous apprenne à le reconnaître toujours mieux dans nos frères et sœurs, et en toute personne. À devenir plus attentifs à leurs espoirs et à leurs besoins. À les servir en son nom, étant témoins de l’invincible espérance.
Amen !