À ma relecture de l’évangile du Jeudi Saint, mon attention est retenue toute entière cette année par le geste et l’enseignement de Jésus dans cet évangile. Il me semble d’abord que le fait qu’il réserve ce geste et cet enseignement pour la dernière cène montre à quel point il était important pour lui. En bon pédagogue, il commence par poser un geste. Un geste très éloquent, même étonnant, gênant, à la limite choquant pour les disciples. Ils leur lave les pieds. Et ensuite il explique le sens du geste en des termes on ne peut plus clairs : ‘’Si donc moi, le Seigneur et le maître, je vous ai lavé les pieds, vous aussi, vous devez vous lavez les pieds les uns aux autres. C’est un exemple que je vous ai donné afin que vous fassiez les uns pour les autres, ce que j’ai fait pour vous.’’
On est tenté d’ajouter ‘’C’est-tu assez clair!?’’
À bien y penser, il n’y pas à s’en étonner. Dans les mots d’un beau texte que nous avons entendu ce-matin à notre prière du matin, un texte du cardinal Walter Kasper, Jésus, le soir avant sa mort, résume encore une fois le contenu et le sens de son message et de toute sa vie. En effet, tout son ministère a été un service de miséricorde et de prédication. Toutes les guérisons, toutes les délivrances, tout l’enseignement, c’était un service auprès de ceux, celles qu’il aimait, ceux et celles que le Père lui avait confiés. En vertu de l’amour qu’il partage avec le Père, il se fait serviteur. Sa vie active n’a été rien d’autre que cela. Amour qui se traduit en service.
On aurait pu en déduire peut-être, que puisqu’il a agi ainsi, nous sommes appelés en tant que ses disciples, au même comportement. À une attitude, et à une vie de service. Mais pour que ce soit parfaitement clair, il le dit la veille de sa mort : Faites comme j’ai fait pour vous.
Mais ce qui me frappe encore, c’est aussi l’insistance sur le service mutuel. Lavez-vous les pieds les uns aux autres. Encore une fois, il n’y a pas lieu de s’en étonner outre mesure. Jésus ne fait que réaffirmer ici un principe qu’on retrouve un peu partout dans l’évangile de S. Jean et dans les lettres johanniques, celui de l’amour mutuel entre chrétiens. Nous savons de l’ensemble du Nouveau Testament que nous sommes appelés à un amour, et surtout à une miséricorde universelle, mais dans Jean, nous découvrons avec netteté que nous sommes appelés à l’amour les uns des autres, en tant que chrétiens. Une des plus belles expressions de cet appel à nous aimer les uns les autres est la parole de Jésus : Ils sauront que vous êtes mes disciples à l’amour que vous aurez les uns pour les autres. Plus j’y pense, plus je suis ému à la pensée que notre religion chrétienne en est une, parmi autres choses, de service mutuel, motivé par l’amour mutuel. C’est un bien beau mystère. Rendons grâce à Dieu aujourd’hui de ce qu’il nous ait été donné de vivre nos vies sous un si bel horizon, et prions pour que notre vie en Église soit vraiment, à la suite et à la manière de Jésus, un lavement mutuel des pieds.
Et plaise à Dieu enfin, que notre lavement mutuel des pieds en Église attire les gens qui en sont témoins, vers notre maître et notre Seigneur.