Dimanche dernier, les saintes écritures nous ont présenté un Jean Baptiste triomphant, entouré d’une foule qu’il baptisait, lui adressant un message de conversion et qui lui demandait : « “Que devons-nous faire” ? » Bref, c’était le succès. On l’écoutait comme un grand prophète. Aujourd’hui, nous retrouvons un Jean-Baptiste, seul, en prison, parce qu’il avait osé critiquer la situation conjugale d’Hérode. Fini le prestige, finies les prédications. Au fond de son cachot, il médite : ce Messie qu’il a annoncé comme le Tout-Puissant ne correspond pas du tout à la manière de Jésus ! Jésus ne juge pas sévèrement : loin de condamner le pécheur à des supplices éternels, il pardonne les pécheurs. Il va de village en village, ouvrant les bras à toutes les détresses. Il n’est pas un juge redoutable : il se présente plutôt comme un serviteur discret. « Il ne brise pas le roseau froissé et n’éteint pas la mèche qui fume encore ».
Jean-Baptiste est dérouté : aussi envoie-t-il une délégation de disciples poser la question qui lui brûle les lèvres : « Es-tu celui qui doit venir ou devons-nous en attendre un autre ? » Autant la question de Jean est claire et précise, autant celle de Jésus est ambiguë : « Allez rapporter à Jean : ce que vous voyez et entendez : les aveugles voient, les boiteux marchent, les lépreux sont purifiés, les sourds entendent, les morts ressuscitent et la Bonne Nouvelle est annoncée aux pauvres ».
En fait, Jésus renvoie Jean, aux annonces prophétiques du prophète Isaïe : la 1ère lecture de notre liturgie. Au lieu du juge redoutable qu’il annonçait, il lui faut accueillir, en Jésus, une nouvelle révélation de Dieu : un Dieu amour, un Dieu père, mère non pas puissant dans sa vengeance mais manifestant sa tendresse et son pardon : « Heureux, conclut Jésus, celui qui ne tombera pas à cause de moi ». Et nous, frères et sœurs, quelle idée nous faisons-nous de Dieu ? Un justicier abattant les arbres, brûlant la paille, triomphateur, délivrant Israël de tous ses ennemis ? Déception ! Jésus est décevant ! Oui, il faut se l’avouer. Dieu nous déçoit souvent ! Il n’est pas comme nous l’imaginions ! Il ne répond pas à nos attentes ni à nos désirs. Nous continuons, comme Jean-Baptiste à désirer que Dieu exauce nos volontés et ressemble à l’image que nous nous faisons de lui. Pourquoi, dites-moi, Dieu laisse-t-il son précurseur en prison ? Pourquoi Dieu ne défend-il pas ses amis, ceux qui travaillent pour lui ? Pourquoi Dieu ne libère-t-il pas les prisonniers qui sont injustement emprisonnés ? Pourquoi Dieu semble-t-il toujours vaincu par ses ennemis ? Pourquoi Dieu, te taire quand tant d’hommes et de femmes t’accusent ? Pourquoi tant de malheurs et tant de mal dans notre monde ? Es-tu vraiment celui que nous attendons ?
« Devons-nous te faire confiance ou devons-nous en attendre un autre ? » Crise de la foi : Dieu est décevant ! Et à nous qui cherchons Dieu et sa présence, même au milieu de nos situations décevantes ou désespérantes, Jésus répond encore aujourd’hui : « Les aveugles voient, les boiteux marchent ». Le salut du monde avance chaque fois que le mal recule quelque part. Dieu est à l’œuvre dans notre monde chaque fois que des gestes de bonté et de justice sont faits envers les souffrants, les défavorisés, les pauvres. Le vrai Dieu, celui de Jésus Christ, ne se manifeste pas par des gestes justiciers ou triomphants mais par des gestes de sauveur et ceci nous renvoie à nous-mêmes. « Toi, qui accuses Dieu, toi, que fais-tu dans le monde pour aider ceux et celles qui souffrent, ceux celles qui sont écrasés, pour améliorer le sort de tes frères, de tes sœurs ? » Le véritable signe que Dieu est là, que son règne a commencé, c’est quand il y a de l’amour.
Fr. Donatien, op