Ouverture du Synode amazonien

Le Synode pour l’Amazonie a commencé ses trois semaines de travaux par une prière dans la basilique Saint-Pierre, lundi 7 octobre.

Faisant une large part aux rites amazoniens, celle-ci a souligné le souci du Synode de promouvoir les cultures des peuples de l’Amazonie et de mettre en avant le « visage amazonien » de l’Église.

L’Amazonie est donc arrivée au cœur de l’Église. Pour la première prière du Synode amazonien, lundi 7 octobre dans la basilique Saint-Pierre, Indiens et évêques ont chanté et dansé aux rythmes du continent sud-américain, main dans la main au plus près de la tombe de Pierre.

On a même pu voir le cardinal péruvien Pedro Barreto, archevêque de Huancayo et président délégué du Synode, se saisir d’un instrument de musique, bientôt rejoint par l’évêque de Cayenne (Guyane), Mgr Emmanuel Lafont.

Portant une pirogue, souvent seul moyen de circuler sur les rivières d’Amazonie, une procession colorée a alors emmené un pape visiblement ravi jusqu’à la salle du Synode, mais aussi des images des missionnaires tués à cause de leur engagement.

Profondément ancrée dans les cultures de l’Amazonie, cette première prière du Synode tranchait avec l’extrême romanité de la messe de la veille, où la présence amazonienne se résumait aux Indiens apportant les offrandes, certains en coiffure traditionnelle à plumes.

« Un synode n’est pas un parlement »

Une inculturation minime, mais déjà exagérée pour certains, prompts à voir dans toute présence des cultures et spiritualités amazoniennes des rites païens.

« J’ai été très peiné, hier, d’entendre un commentaire moqueur sur cet homme pieux qui apportait les offrandes avec des plumes sur la tête, a d’ailleurs confié le pape, lundi matin en ouverture des travaux. Je me suis dit : quelle différence y a-t-il entre porter des plumes sur la tête et la barrette utilisée par certains officiels de nos dicastères ? »

Dans son discours, François s’est au contraire livré à une vigoureuse défense des peuples indigènes et de leurs cultures, mettant en garde contre « les programmes préfabriqués » visant à les « discipliner ». « Le centralisme homogénéisant et homogénéisateur ne laisse pas surgir la culture des peuples », a-t-il prévenu, soulignant la quadruple dimension « pastorale, culturelle, sociale et écologique » de ce Synode.

Pour autant, a-t-il aussi souligné, pas question que cette assemblée vienne « inventer des programmes de développement social ou de sauvegarde des cultures » plaqués sur les réalités amazoniennes. « Un synode n’est pas un parlement », a-t-il une nouvelle fois répété.

« Ne laissons pas l’Esprit Saint hors de la salle »

« Il ne s’agit pas de montrer qui a plus de pouvoir sur les médias ou qui a plus de pouvoir dans les réseaux pour imposer une idée ou un plan », a-t-il prévenu, mettant aussi en garde ceux d’entre eux qui se taisent en assemblée mais se répandent dans les médias. Il faut « parler avec courage, dire ce que l’on ressent », a-t-il insisté, et faire attention à ce que l’on dit à l’extérieur par « délicatesse et prudence » et pour « protéger l’atmosphère fraternelle ».

D’où une invitation à se mettre à l’écoute de l’Esprit Saint. « C’est l’acteur principal : s’il vous plaît, ne le laissons pas hors de la salle », a souri le pape, invitant les pères synodaux à « beaucoup prier ». « Je vous invite tous à vous laisser guider par l’Esprit Saint », a renchéri le cardinal Claudio Hummes, rapporteur général du Synode, dans son rapport introduisant les débats de l’assemblée.

« N’ayons pas peur du neuf »

Un long texte où, rappelant que « la mission de l’Église aujourd’hui en Amazonie est le nœud central de ce Synode », il a identifié de nombreuses pistes de travail pour les trois semaines de discussion, insistant lui aussi, en plus des défis sociaux et écologiques, sur la nécessaire inculturation de l’Église vers un « visage amazonien » et sur la question des ministères.

« N’ayons pas peur du neuf », a-t-il appuyé, appelant à une « Église fidèle à la tradition » : « Non le traditionalisme qui reste lié au passé mais la vraie tradition (…) où chaque génération accueille ce qui a été fait par les générations précédentes (et) l’enrichit de ses propres expériences et compréhension de la foi en Jésus dans les temps actuels. »

Comme le souligne l’évêque de Cayenne, Mgr Lafont, ce Synode peut être « une occasion pour le monde romain et européen d’apprendre que d’autres cultures sont capables de parler de vie, de bien être, d’un rapport plus sain à la consommation effrénée ». « Autrefois, on regardait leurs manières comme de l’idolâtrie, reconnaît-il. Mais je crois que ce Synode rendra un grand service aux peuples qui se croient plus civilisés que les autres. »


SOURCE : JOURNAL LA CROIX

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