Une sainte famille normale

Paroisse Saint-Jean-Baptiste – Ottawa https://sjb-ottawa.org

Un père qui n’est pas vraiment le père, une mère qui est toujours vierge, une conception hors-mariage et un enfant roi, sans aucun frère et sœur : voilà la famille qui est donnée en exemple à toutes les familles du monde. L’Église n’aurait-elle pas pu choisir une famille un peu plus normale ? En plus, Joseph est saint, Marie est sainte, et Jésus est Dieu. Pour eux, c’était trop facile d’être une sainte famille. Mais cela semble tellement loin de ce que vivent les familles aujourd’hui.

Quand on pense à notre propre famille, peut-être nous sentons-nous loin, voire très très loin, de ce schéma idyllique. Quand on pense à notre famille, on pense à celle dans laquelle nous avons grandi et avons été heureux. Peut-être que certains pensent aussi à cette famille dans laquelle ils auraient préféré ne pas naître, à cette famille dans laquelle ils ont souffert et parfois pris des coups, à cette famille qui n’en était pas une, une famille déchirée, éclatée, une mère possessive, un père absent, à cette famille qui leur a manqué, à cette famille qu’ils n’ont jamais eue ou à cette famille qu’ils ont rêvé de fonder et dont le rêve s’est parfois transformé en cauchemar. L’idéal est par définition très loin de la réalité. Reconnaissons-le, nos familles peuvent être source des plus grandes joies comme des plus grandes souffrances. Non, toutes les familles ne sont pas saintes, ni même idéales, ni même toujours heureuses.

La Sainte Famille de Jésus, Marie et Joseph peut paraître bien loin de la réalité, de ce que nous vivons ou avons vécu au sein de notre famille. Mais il ne faudrait pas non plus trop idéaliser la Sainte Famille.

Comme toutes les familles du monde, la Sainte Famille a traversé les épreuves de la vie, et même de grosses épreuves : la fuite en Égypte avec un nouveau-né dans les bras, l’angoisse de perdre un ado de 12 ans dans la foule de Jérusalem pendant trois jours, la mort d’un fils sur une croix. Marie et Joseph, comme toutes les mamans et tous les papas du monde, ont connu des difficultés, des doutes, et ont atteints leurs limites humaines. Ils n’étaient pas formés à l’avance pour leur métier de parents, et comme tout le monde, ils l’ont découvert et appris sur le tas.

Comme toutes les familles du monde, la Sainte Famille a été une vraie famille : il fallait préparer les repas, travailler pour gagner son pain, manger, faire le ménage et le lavage, étudier, apprendre, parler, jouer et s’amuser, mais aussi pleurer et même prier. Jésus fût un nouveau-né normal, puis un enfant normal, et il avait encore besoin de ses parents pour devenir un homme. Marie n’a pas été une maman à moitié, et Joseph n’a pas été un papa à moitié, tout simplement parce que Jésus était entièrement un enfant. Alors Marie et Joseph ont dû l’éduquer, l’aimer, l’accompagner tout au long de son enfance, de son adolescence et de sa jeunesse, pour qu’il se développe et grandisse jusqu’à ce qu’il quitte un jour la maison familiale.

C’est donc dans une famille normale que Jésus est né. Et n’allez pas croire que la sainteté de Marie et de Joseph a préservé la famille. La sainteté n’a dispensé personne de vivre ce que toutes les familles du monde connaissent : les difficultés, les épreuves, les souffrances, mais aussi les joies et le bonheur de vivre en famille. Mais ce que la Sainte Famille a vécu en propre, c’est ce que devraient vivre toutes les familles du monde, c’est-à-dire être un lieu où chacun de ses membres grandit, les uns par les autres et les uns pour les autres.

Jésus s’est mis à l’école de ses parents pour grandir en humanité, et pendant ce temps, ses parents grandissaient en sainteté en se mettant à l’école de Dieu. Marie et Joseph ont joué leur rôle de parents pour que Jésus grandisse en humanité et devienne l’adulte qui allait sauver le monde. Marie et Joseph se sont mis au service du plus grand projet de Dieu, le salut du monde. C’est justement ce salut que Syméon attendait, et c’est ce salut qu’il a vu. Marie et Joseph ont reçu la grâce de la sainteté pour qu’ils puissent être les parents du Fils unique du Père, l’accueillir, l’aimer, l’éduquer pour que Jésus grandisse, se développe et se fortifie en vue du salut du monde. Marie et Joseph se sont aussi laissé éduquer par leur fils car il était la présence de Dieu au milieu de la famille. Marie et Joseph ont grandi en sainteté en se laissant façonner par Dieu fait chair, sauveur du monde.

Voilà pourquoi la Sainte Famille est un exemple pour toutes les familles d’aujourd’hui. Toutes les familles doivent être des lieux où chacun grandit pour les autres et par les autres. Toutes les familles sont appelées à accueillir la présence de Dieu au milieu d’elles et à se laisser transformer par lui.

Et si vous pensez que votre famille est bien loin de cet idéal, alors réjouissez-vous ! Les familles parfaites n’existent pas : la perfection n’est que façade et apparence, juste pour faire bonne figure. Au contraire, montrez à Dieu vos défaillances familiales, vos pauvretés, vos séparations, vos manques d’amour, les violences, vos jalousies, votre ressentiment. Toutes ces misères de nos familles doivent être habitées par Dieu lui-même afin que sa présence fasse grandir chacun dans la sainteté.

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