Une loi nouvelle pour un monde nouveau

Paroisse Saint-Jean-Baptiste – Ottawa https://sjb-ottawa.org

Toutes les lectures de ce dimanche ont un point commun : l’annonce de la nouveauté. Elles nous disent : ne reste pas prisonnier du passé, va de l’avant, avance plus loin!

Dans la première lecture, Dieu proclame un monde nouveau : « Ne faites plus mémoire des événements passés, ne songez plus aux choses d’autrefois. Voici que je fais une chose nouvelle … ». La deuxième lecture nous montre l’apôtre Paul entièrement tendu vers la vie nouvelle : « Une seule chose compte : oubliant ce qui est en arrière, et lancé vers l’avant, je cours vers but … ». Et dans l’évangile, Jésus ouvre un tout nouvel avenir à une femme condamnée : « Va, et désormais ne pèche plus. ».

Pourtant, dans les trois situations évoquées, l’accueil de la nouveauté ne va pas de soi : un peuple captif; un apôtre qui dit lui-même avoir tout perdu et qui est prêt à éprouver les souffrances de la Passion; une femme blessée, humiliée, que la Loi accuse et que des hommes de loi veulent mettre à mort.

Évoquer un avenir fait de liberté et de vie nouvelle, transformée, est donc loin d’être évident. Cela demande une attitude de fond : la confiance, la foi, en un Dieu qui se présente comme l’auteur de cette nouveauté. Une foi qui se prolonge et se projette en espérance de pouvoir bel et bien atteindre ce nouvel avenir promis, car Dieu en est aussi le garant.

La foi est également essentielle pour que notre regard puisse déceler cette nouveauté déjà en travail dans le présent, comme le semeur qui voit la plante dans la graine qu’il a semé. « Voici que je fais une chose nouvelle : elle germe déjà. » Germination lente, quelque fois laborieuse, mais qui mène assurément à l’éclosion : « Qui sème dans les larmes moissonne dans la joie », chante le psalmiste. Grand cri de joie d’un peuple en exil pour qui retentit l’annonce inouïe d’un retour prochain à Sion, grâce à Dieu.

Une foi qui nous permet de reconnaître que Dieu fait des choses nouvelles dans nos vies. Une espérance qui nous met en marche et nous fait tendre de tout notre élan vers lui avec l’assurance que cette nouveauté ne sera rien de moins que source de vraie joie.

Quelle formidable évocation alors même que nous entrons dans la dernière semaine du Carême, et que nous franchirons dès dimanche prochain le seuil de la Semaine Sainte!

Fatigué par ce long temps de désert, un peu à bout de souffle, guetté par la lassitude et peut-être même par le doute, voilà que nous recevons l’assurance que cette marche ne sera pas vaine car elle mène à la joie, que toutes nos marches, aussi difficiles soient elles, ne sont pas sans issue lorsque nous mettons notre confiance en Dieu. Car notre marche s’ouvre sur la participation à la Résurrection, comme l’anticipe et le désire Saint Paul. Il a tout perdu, pour pouvoir gagner cela. Quelle grande espérance!

Monde nouveau, avenir neuf, vie nouvelle. Mais comment cela est-il possible, alors même que notre vie est souvent marquée par des errances, des infidélités, des manquements de toutes sortes.

Mais qui donc est ce Dieu pour nous aimer ainsi au point de vouloir nous donner une vie nouvelle ? Nous qui sommes, comme cette femme pécheresse, bien souvent en écart avec sa Loi, bien souvent infidèles à son alliance. Nous qui sommes comme ces hommes au cœur endurci, jugeant et condamnant si facilement les autres.

La réponse à cette question est bien mystérieuse, et pourtant si simple : Dieu est miséricordieux, il est entièrement marqué par sa nature la plus profonde : l’amour. L’amour le plus abouti, le plus pur, le plus parfait : celui qui se donne et qui pardonne. Celui qui s’exprime par l’attitude profonde du Père prodigue de la parabole entendue dimanche dernier. Celui qui s’exprimera de manière éclatante et définitive sur la Croix.

Et c’est cette même miséricorde que Jésus exprime dans la scène de l’évangile d’aujourd’hui. Quelle expérience inouïe a dû vivre cette femme, rejetée et humiliée, lorsque Jésus a posé son regard sur elle et lorsqu’elle a entendu cette parole : « Moi non plus, je ne te condamne pas. Va, et désormais ne pèche plus »!

Elle qui était accusée devant la Loi ancienne, la voici désormais libre, relevée et remise en marche par les mots d’une Loi nouvelle, celle de la miséricorde qui transforme au plus profond son cœur.

Elle était jugée sur une loi écrite, gravée dans la pierre. Loi de Dieu certes, qui à l’origine traduisait son grand projet d’alliance et de vie avec ce peuple choisi et aimé. Mais aussi loi durcie, falsifiée et souvent détournée à d’autres fins par ceux-là même qui s’en prétendent les gardiens.

Que pouvait donc bien écrire Jésus avec son doigt sur le sol dans la scène que nous décrit l’évangile ? Peut-être les mots de cette Loi nouvelle, la loi de l’amour, de la miséricorde. Loi qui n’est plus prescrite de l’extérieur, mais inscrite à l’intérieur même du cœur. Loi inscrite par le Verbe de Dieu sur ce même sol aride dont l’homme est fait; terre adamique sur laquelle il trace une fois pour toutes les mots de sa loi d’amour.

Voilà la Loi nouvelle qui régit cette nouveauté que nous voyons déjà par la foi et vers laquelle nous tendons par l’espérance. La loi de l’amour.

La liturgie d’aujourd’hui, dernière étape du Carême, nous rappelle que nous avons été marqués à notre baptême par une empreinte théologale, par l’empreinte de Dieu qui nous met et nous remet continuellement en capacité de croire, d’espérer et d’aimer.

Ce monde nouveau, ce nouvel avenir, cette loi nouvelle, nous sommes déjà invités à en vivre aujourd’hui. Car cette nouveauté a été rendue possible par le pardon de Dieu, une fois pour toute, à travers ce don ultime que son propre Fils a fait sur la Croix.

Frères et sœurs, nous sommes conviés à déceler ce monde nouveau déjà en germination tout autour de nous, en nous, et à vivre dès aujourd’hui de la loi nouvelle qui le gouverne.

Plus encore, nous sommes appelés à participer, chacun et chacune, à ce travail d’éclosion, à devenir à notre tour des semeurs de joie, à partager ce que nous avons reçu et qui nous fait revivre, pour que d’autres puissent aussi en vivre.

Appelés à pardonner, appelés à manifester par notre regard, notre écoute, notre présence à la sœur ou au frère blessé que nous croisons, la miséricorde, celle-là même que nous avons reçue. Car la nouveauté qui nous est promise est aussi celle que nous sommes invités à faire advenir, dès aujourd’hui, dans la vie de toute personne que nous rencontrons dans notre marche vers Pâques.

Fr Didier, o.p.

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